_(Voir notre gravure, page 399.)_
Quels souvenirs ces mots «baptême de la ligne» éveilleront dans les
mémoires des hommes qui prirent le goût de lire avant l'invention du
roman policier! Mais les enfants d'à présent ont-ils seulement feuilleté
_Robert-Robert_, et connurent-ils les frissons de Toussaint Lavenette au
passage de la ligne? Sinon, ils ne savent pas de quelles émotions ils
sont privés. Les pittoresques, les amusants récits que c'étaient, dans
les romans d'aventure de notre jeunesse, ceux qui décrivaient cette
burlesque cérémonie: la descente des hunes du courrier, la veille du
grand jour; l'arrivée, par le même chemin du ciel, du «père Trois
Piques» et de sa jeune épouse,--et puis, le bain, dans la baille
aménagée à cet usage, des passagers et des matelots qui passaient pour
la première fois l'Equateur... Or, tout cela, on est heureusement
surpris de le constater, a été conservé scrupuleusement dans notre
marine de guerre, gardienne fidèle des bonnes traditions, et l'on peut
voir par cette photographie prise il y a quelque temps sur la
_Jeanne-d'Arc_, croiseur-école des aspirants, au cours d'un voyage,
entre Madère et Rio de Janeiro, que les novices de la mer sont baptisés
selon tous les rites que subirent, de bonne humeur, leurs devanciers.
C'est une journée de repos, de détente au milieu des occupations sévères
du bord. Le lendemain, la discipline reprend ses droits et chacun se
remet à son devoir.