CLVIII

Carabanchel, 11 septembre 1853.

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En arrivant ici, j'ai trouvé que tout se préparait pour la fête de

la maîtresse de la maison. On devait jouer une comédie et réciter et

chanter une _loa_[1] en son honneur et celui de sa fille. J'ai été

mis en réquisition pour fabriquer des ciels, réparer des décorations,

dessiner des costumes, etc., sans parler des répétitions que je

donnais à cinq déesses mythologiques dont une seule avait déjà monté

sur un théâtre de société. Mes déesses se sont trouvées très-jolies

hier, jour fatal, mais mourantes de peur; cependant, tout a fort bien

été. On a fort applaudi, sans comprendre les vers très-amphigouriques

du poète auteur de la _Loa._ Sa comédie, qui était une traduction

de _Bonsoir, monsieur Pantalon_, a encore mieux été, et j'admire la

facilité avec laquelle les jeunes filles de la société se transforment

en actrices passables. Après la comédie, bal et souper au milieu duquel

un jeune protégé de la comtesse a improvisé des vers assez jolis, qui

ont fait pleurer l'héroïne de la fête et boire tout le monde un peu

vertement. Ce matin, j'ai un mal de tête de chien et je trouve le

soleil diablement chaud. Je vais aller à Madrid voir les taureaux, et

j'abandonne mes déesses pour deux ou trois jours afin de faire mes

visites et de travailler à la bibliothèque. Comme il y a neuf dames ici

sans un homme, on m'appelle à Madrid «Apollon». Des neuf muses, il y en

a malheureusement cinq qui sont mères ou tantes des quatre autres; mais

ces quatre-là sont des Andalouses de race, avec des petits airs féroces

qui leur vont à ravir, surtout quand elles sont dans leur costume

olympien avec des péplum qu'elles s'obstinent par amour pour l'euphonie

à appeler _peplo._

Vous avez sans doute un moins beau temps que nous.

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[1] Loa, espèce de dithyrambe dialogué en l'honneur de la personne que

l'on veut fêter.

Lettres à une inconnue, Tome Premier Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 181 / 198 题