Carabanchel, 11 septembre 1853.
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En arrivant ici, j'ai trouvé que tout se préparait pour la fête de
la maîtresse de la maison. On devait jouer une comédie et réciter et
chanter une _loa_[1] en son honneur et celui de sa fille. J'ai été
mis en réquisition pour fabriquer des ciels, réparer des décorations,
dessiner des costumes, etc., sans parler des répétitions que je
donnais à cinq déesses mythologiques dont une seule avait déjà monté
sur un théâtre de société. Mes déesses se sont trouvées très-jolies
hier, jour fatal, mais mourantes de peur; cependant, tout a fort bien
été. On a fort applaudi, sans comprendre les vers très-amphigouriques
du poète auteur de la _Loa._ Sa comédie, qui était une traduction
de _Bonsoir, monsieur Pantalon_, a encore mieux été, et j'admire la
facilité avec laquelle les jeunes filles de la société se transforment
en actrices passables. Après la comédie, bal et souper au milieu duquel
un jeune protégé de la comtesse a improvisé des vers assez jolis, qui
ont fait pleurer l'héroïne de la fête et boire tout le monde un peu
vertement. Ce matin, j'ai un mal de tête de chien et je trouve le
soleil diablement chaud. Je vais aller à Madrid voir les taureaux, et
j'abandonne mes déesses pour deux ou trois jours afin de faire mes
visites et de travailler à la bibliothèque. Comme il y a neuf dames ici
sans un homme, on m'appelle à Madrid «Apollon». Des neuf muses, il y en
a malheureusement cinq qui sont mères ou tantes des quatre autres; mais
ces quatre-là sont des Andalouses de race, avec des petits airs féroces
qui leur vont à ravir, surtout quand elles sont dans leur costume
olympien avec des péplum qu'elles s'obstinent par amour pour l'euphonie
à appeler _peplo._
Vous avez sans doute un moins beau temps que nous.
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[1] Loa, espèce de dithyrambe dialogué en l'honneur de la personne que
l'on veut fêter.