Une Lorraine de grand coeur, qui fut l'une des premières à honorer la
mémoire de nos soldats tués sur les champs de bataille de 1870, Mme
veuve Adolphe Bezanson, née de Viville, belle-soeur de Paul Bezanson qui
fut maire de Metz en des temps difficiles, de 1871 à 1877, vient de
disparaître, à un âge très avancé. Sa mort a été vivement ressentie dans
tout le pays annexé, où elle était entourée d'une touchante vénération.
[Illustration: Mme Adolphe Bezanson.--_Phot. Prillot._]
Bien avant que fût fondée l'Association des Dames de Metz, Mme Bezanson
s'était donné la noble tâche d'entretenir et de parer les tombes des
Français tombés, pendant la guerre, autour de la grande ville lorraine.
Chaque année, à la Toussaint, et quand revenaient les douloureux
anniversaires, elle se rendait secrètement au cimetière Chambière,
dissimulant sous ses vêtements des fleurs et de petits outils de
jardinage, avec lesquels elle nettoyait pieusement les tertres. Plus
tard, on osa rendre ostensiblement hommage à nos morts. L'honneur lui
reste d'avoir commencé cette oeuvre du Souvenir, à laquelle les
Alsaciens-Lorrains sont restés, malgré les obstacles, si fidèles.
Mme Bezanson était titulaire de la médaille des anciens combattants de
Gravelotte et de la médaille en or de la Société pour l'encouragement au
bien. Cette distinction, qui ne se décerne qu'une fois par an, lui avait
été remise solennellement par le président de la République en 1908.
Metz a fait à cette grande Lorraine des obsèques émouvantes.
[Illustration: Le célèbre banquier américain, John Pierpont. Morgan.]