Pour sa première visite officielle aux provinces françaises, M. Raymond
Poincaré a reçu, dimanche dernier, à Montpellier, un accueil
inoubliable. On ne vit jamais, de mémoire de Méridional, et sous la
pluie, un pareil enthousiasme, de plus chaleureuses ni de plus unanimes
acclamations. Ajoutons aussi que rarement, un chef de l'État eut des
gestes et des mots plus opportuns, plus heureux, et ne sut s'adresser
avec plus de tact au coeur de la foule.
M. Poincaré s'était rendu à Montpellier pour clôturer le congrès
national de la mutualité française. Son voyage, au programme très
chargé, fut cependant très court et l'on peut dire qu'il battit le
record de la célérité. Alors, en effet, que les rapides ordinaires
mettent une quinzaine d'heures pour couvrir les 850 kilomètres qui
séparent Paris de l'Hérault, en moins de trente-quatre heures, M.
Poincaré, accompagné de M. Louis Barthou, président du Conseil, et de M.
Chéron, ministre du Travail, a effectué le trajet d'aller et retour,
entendu vingt harangues, répondu autant de fois, prononcé deux beaux
discours, présidé une séance solennelle et un banquet, assisté à une
fête champêtre et visité une clinique et un hôpital.
Les journaux quotidiens ont donné un compte rendu détaillé de ces fêtes
et cérémonies auxquelles avait voulu assister un éminent ami de la
mutualité et de tout ce qui est français, le prince de Monaco. L'une de
nos photographies donne une vision de la foule massée devant le théâtre
à l'instant où le président de la République, qui venait de clôturer le
congrès mutualiste, sortait pour se rendre au manège d'artillerie où
avait lieu le banquet de 2.500 couverts. La fête champêtre eut pour
cadre la fameuse promenade du Peyrou, dominée par le château d'eau,
d'où, lorsque le temps est clair, on aperçoit la mer. Des grisettes
montpelliéraines, soeurs des midinettes de Paris, récitèrent un
compliment en languedocien, et, sous des arceaux de verdure et de fleurs
entrelacés, des groupes de jeunes garçons et de fillettes, de jolies
_pitchounettes_ en costume traditionnel, exécutèrent les danses locales
de la Treille. M. Raymond Poincaré complimenta avec esprit, serra des
mains, embrassa des enfants, entendit quarante fois _la Marseillaise_
et, au bout de sa journée, salué par une dernière formidable
acclamation, reprit, à 7 heures, le train de la capitale.