MAUVAIS BON

4. Je n'ai presque plus 4. Mais il y en a beaucoup, à la

d'argent. Banque.

5. Oui, mais je ne peux pas 5. Mais... Au fait, cela paraît

toucher l'argent qui est à malheureusement incontestable.

la Banque.

6. J'ai laissé dans la poche 6. Mais, pour peu que Pitman soit

de l'oncle Joseph le chèque un malhonnête homme, la découverte

de huit cent livres. de ce chèque le décidera à garder la

chose secrète et à jeter le corps à

l'égout.

7. Oui, mais si Pitman est 7. Oui, mais si je ne me trompe pas

un malhonnête homme et qu'il dans ma conjecture au sujet de

découvre le chèque, il saura l'oncle Masterman, je pourrai, à mon

qui est l'oncle Joseph, et tour, faire chanter mon cousin

pourra me faire chanter. Michel.

8. Mais je ne puis pas faire 8. Tant pis!

chanter Michel avant d'avoir

des preuves de la mort de son

père. (Et puis, faire chanter

Michel ne laisse pas d'être

une entreprise assez

dangereuse.)

9. La maison de cuirs aura 9. Mais la maison de cuirs est un

bientôt besoin d'argent pour bateau qui se noie.

les dépenses courantes, et

je n'en ai pas à donner.

10. Oui, mais ce n'en est pas 10. Exact.

moins le seul bateau qui

me reste.

11. Jean aura bientôt besoin 11.

d'argent, et je n'en ai pas

à lui donner.

12. Et le médecin vénal voudra 12.

se faire payer d'avance.

13. Et si Pitman est malhonnête 13.

et ne m'envoie pas en prison,

il exigera de moi des sommes

énormes.

--Oh! mais je vois que l'affaire est bien unilatérale! s'écria Maurice.

Décidément, cette méthode n'a pas autant de valeur que j'avais supposé!

Il chiffonna la feuille de papier et la mit dans sa poche: puis,

aussitôt, il la retira de sa poche, la déplia, et la relut d'un bout à

l'autre.

--D'après ce résumé des faits, se dit-il, je vois que c'est au point de

vue financier que ma position est le plus faible. N'y aurait-il donc

vraiment aucun moyen de trouver des fonds? Dans une grande ville comme

Londres, et entouré de toutes les ressources de la civilisation, on ne

me fera pas croire qu'une chose aussi simple me soit impossible. Allons!

allons! pas tant de précipitation! D'abord, n'y a-t-il rien que je

puisse vendre? Ma collection de bagues à cachets?

Mais à la pensée de se séparer de ces chers trésors, Maurice sentit que

le sang lui affluait aux joues.

--Non! j'aimerais mieux mourir! se dit-il.

Et, jetant sur la table une pièce d'un shilling, il s'enfuit dans la

rue.

--Il faut absolument que je trouve des fonds! reprit-il. Mon oncle étant

mort, l'argent déposé à la banque est à moi: je veux dire qu'il devrait

être à moi, sans cette maudite fatalité qui me poursuit depuis que

j'étais un orphelin en tutelle! Je sais bien ce que ferait, à ma place,

tout autre homme dans la chrétienté! Tout autre homme, à ma place,

ferait des faux: excepté que, dans mon cas, cela ne pourrait pas

s'appeler des faux, puisque l'oncle Joseph est mort, et que l'argent

m'appartient. Quand je pense à cela, quand je pense que mon oncle est

mort sous mes yeux, et que je ne peux pas prouver qu'il est mort, ma

gorge se serre en présence d'une telle injustice! Autrefois, je me

sentais rempli d'amertume au souvenir de mes 7.800 livres: qu'était-ce

que cette misérable somme, en comparaison de ce que je perds à présent?

C'est-à-dire que, jusqu'au jour d'avant-hier, j'étais parfaitement

heureux!»

Et Maurice arpentait les trottoirs, avec de profonds soupirs.

«Et puis ce n'est pas tout! songeait-il. Mais pourrai-je faire ces faux?

Arriverai-je à contrefaire l'écriture de mon oncle? En serai-je capable?

Pourquoi n'ai-je pas pris plus de leçons d'écriture, quand j'étais

enfant? Ah! comme je comprends maintenant les admonitions de mes

professeurs, nous prédisant que nous regretterions plus tard de n'avoir

pas mieux profité de leurs enseignements! Ma seule consolation est que,

même si j'échoue, je n'aurai rien à craindre,--de la part de ma

conscience, du moins. Et si je réussis, et que Pitman soit le noir

coquin que je suppose, eh bien! je n'aurais plus qu'à essayer de

découvrir un médecin vénal, chose qui ne doit pas être difficile à

découvrir dans une ville comme Londres. La ville doit en être remplie,

c'est bien certain! Je ne vais pas, bien sûr! mettre une annonce dans

les journaux pour demander un médecin à corrompre: non, je n'aurai qu'à

entrer tour à tour chez différents médecins, à les juger d'après leur

accueil, et puis, quand j'en aurai trouvé un qui me paraîtra pouvoir me

convenir, à lui exposer simplement mon affaire... Encore que, même cela,

au fond, ce soit une démarche assez délicate!»

Après de longs détours, il se trouvait aux environs de John Street; il

s'en aperçut tout à coup et résolut de rentrer chez lui. Mais, pendant

qu'il faisait tourner la clef dans la serrure, une nouvelle réflexion

mortifiante lui vint à l'esprit: «Cette maison même n'est pas à moi,

tant que je ne pourrai pas prouver la mort de mon oncle!» se dit-il. Et

il referma si violemment la porte, derrière lui, que tous les

contrevents des fenêtres claquèrent.

Dans les ténèbres du vestibule, par un comble de malchance, Maurice fit

un faux pas, et tomba lourdement sur le socle de l'_Hercule_. La vive

douleur qu'il ressentit acheva de l'exaspérer. Dans un accès soudain de

fureur impulsive, il saisit le marteau que Gédéon Forsyth avait laissé à

terre, et, sans voir ce qu'il faisait, asséna un coup dans la direction

de la statue. Il entendit un craquement sec.

«Mon Dieu! qu'est-ce que j'ai encore fait?» gémit Maurice. Il alluma une

allumette et courut chercher un bougeoir, dans la cuisine. «Oui, se

dit-il en considérant, à la lueur de sa bougie, le pied de l'_Hercule_,

qu'il venait de briser, oui, je viens de mutiler un chef-d'oeuvre

antique. Je vais en avoir pour des milliers de livres!»

Mais, tout à coup, un espoir sauvage l'illumina: «Voyons un peu!

reprit-il. Je suis débarrassé de Julia; je n'ai rien à démêler avec cet

idiot de Forsyth; les porteurs étaient ivres-morts; les deux camionneurs

ont été congédiés; parfait! Je vais simplement tout nier! Ni vu, ni

connu; je dirai que je ne sais rien!»

Dès la minute suivante, il était debout, de nouveau, en face de

l'_Hercule_, les lèvres serrées, brandissant dans sa main droite le

marteau à casser le charbon, et, dans l'autre main, un massif

hache-viande. Une minute encore, et il s'attaqua résolument à la caisse

d'emballage. Deux ou trois coups bien appliqués lui suffirent pour

achever le travail de Gédéon: la caisse se brisa, se répandit sur

Maurice en une averse de planches suivie d'une avalanche de paille.

Et alors le marchand de cuirs put apprécier pleinement la difficulté de

la tâche qu'il avait entreprise; peu s'en fallut qu'il ne perdît

courage. Il était seul; il ne disposait que d'armes insignifiantes; il

n'avait aucune expérience de l'art du mineur ni de celui du casseur de

pierres; comment parviendrait-il à avoir raison d'un monstre colossal,

tout en marbre, et assez solide pour s'être conservé intact depuis

(peut-être) Phidias? Mais la lutte était moins inégale qu'il ne

l'imaginait dans sa modestie; d'un côté, la force matérielle, oui, mais,

de l'autre côté, la force morale, cette flamme héroïque qui assure la

victoire.

--Je finirai bien par t'abattre tout de même, sale grosse bête! cria

Maurice, avec une passion pareille à celle qui devait animer jadis les

vainqueurs de la Bastille. Je finirai par t'abattre, entends-tu, et pas

plus tard que cette nuit! Je ne veux pas de toi dans mon antichambre!

Le visage de l'_Hercule_, avec son indécente expression de jovialité,

excitait tout particulièrement la rage de Maurice: et ce fut par

l'attaque du visage qu'il ouvrit ses opérations. La hauteur du demi-dieu

(car le socle lui-même était fort élevé) risquait de constituer, pour

l'assaillant, un obstacle sérieux. Mais, dès cette première escarmouche,

l'intelligence affirma son triomphe sur la matière. Maurice se rappela

que son oncle défunt avait, dans sa bibliothèque, un petit escalier

mobile, sur lequel il faisait monter Julia pour prendre des livres aux

rayons supérieurs. Il courut chercher ce précieux instrument de guerre,

et bientôt, avec le hache-viande, il eut la joie de décapiter son

stupide ennemi.

Deux heures plus tard, ce qui avait été l'image d'un immense portefaix

n'était plus qu'un informe amas de membres brisés. Le torse s'appuyait

contre le piédestal, le visage tournait son ricanement vers l'escalier

du sous-sol; les jambes, les bras, les mains, gisaient pêle-mêle dans la

paille, encombrant le vestibule. Une demi-heure plus tard encore, tous

les débris se trouvaient déposés dans un coin de la cave; et Maurice,

avec un délicieux sentiment de triomphe, considérait la scène où avaient

eu lieu ses exploits. Oui, désormais, il allait pouvoir nier en toute

sécurité: rien dans le vestibule, à cela près qu'il était dans un état

de délabrement extraordinaire, ne trahissait plus le passage d'un des

plus gigantesques produits de la sculpture antique. Mais ce fut un

Maurice bien fatigué qui, vers une heure du matin, se laissa tomber sur

son lit, sans avoir même la force de se dévêtir. Ses bras et ses épaules

lui faisaient affreusement mal; les paumes de ses mains brûlaient; ses

jambes refusaient de se plier. Et longtemps Morphée tarda à venir

visiter le jeune héros; et, au premier rayon de l'aube, déjà Morphée de

nouveau l'avait fui.

La matinée s'annonçait lamentablement. Un vilain vent d'est hurlait dans

la rue; à tout moment les fenêtres vibraient sous des douches de pluie,

et Maurice, en s'habillant, sentait des courants d'air glacé lui frôler

les jambes.

«Tout de même, se dit-il avec une amère tristesse, tout de même, étant

donné ce que j'ai déjà à supporter, j'aurais au moins le droit d'avoir

du beau temps!»

Il n'y avait pas de pain dans la maison; car miss Hazeltine (comme

toutes les femmes, quand elles vivent seules) ne s'était nourrie que de

gâteaux. Mais Maurice finit par découvrir une tranche de biscuit qui,

assaisonnée d'un grand verre d'eau, lui constitua un semblant de

déjeuner; après quoi, il se mit résolument à l'ouvrage.

Rien n'est plus curieux que le mystère des signatures humaines. Que vous

signiez votre nom avant ou après vos repas, pendant une indigestion ou

en état de faim, pendant que vous tremblez pour la vie d'un enfant ou

lorsque vous venez de gagner aux courses, dans le cabinet d'un juge

d'instruction ou sous les yeux de votre bien-aimée; pour le vulgaire,

vos signatures différeront l'une de l'autre; mais pour l'expert, pour le

graphologue, pour le caissier de banque, elles resteront toujours un

seul et même phénomène, comme l'étoile du Nord pour les astronomes.

Et Maurice savait cela. Les entretiens de son oncle Joseph lui avaient

fait entrer (de force) dans la tête la théorie de l'écriture, comme

aussi la théorie de cet art ingénieux du faux en écritures, où il

s'occupait maintenant à préparer ses débuts. Mais,--heureusement pour le

bon ordre des transactions commerciales,--le faux en écritures est

surtout affaire de pratique. Et pendant que Maurice était assis à sa

table, ce jour-là, entouré de signatures authentiques de son oncle et

d'essais d'imitation, hélas! pitoyables, plus d'une fois il fut sur le

point de désespérer; de temps en temps, le vent lui envoyait un

mugissement lugubre, par la cheminée; de temps en temps, se répandait

sur Bloomsbury une brume si épaisse qu'il avait à se lever de son

fauteuil pour rallumer le gaz; autour de lui régnaient la froideur et le

désordre d'une maison longtemps inhabitée,--le plancher sans tapis, le

sofa encombré de livres et de linge, les plumes rouillées, le papier

glacé d'une épaisse couche de poussière; mais tout cela n'était que de

petites misères _à côté_, et la vraie source de la dépression de Maurice

consistait dans ces faux avortés qui, peu à peu, commençaient à épuiser

toute la provision du papier à lettres.

«C'est la chose la plus extraordinaire du monde!» gémissait-il. «Tous

les éléments de la signature y sont, les jambages, les liaisons; et

l'ensemble s'obstine à ne pas marcher! Le premier commis de banque venu

flairera le faux! Allons, je vois que je vais avoir à calquer!»

Il attendit la fin d'une averse, s'appuya contre la fenêtre, et, à la

vue de tout John Street, calqua la signature de son oncle. Encore n'en

produisit-il qu'un bien pauvre décalque, timide, maladroit, avec toute

sorte d'hésitations et de reprises dénonciatrices.

«N'importe! Il faudra que cela passe! se dit-il en considérant

tristement son oeuvre. De toute façon, l'oncle Joseph est mort!»

Après quoi il remplit le chèque, ainsi orné d'une fausse signature:

_deux cents livres sterling_, y inscrivit-il; et il courut à la banque

Anglo-Patagonienne, où étaient déposés les fonds de la maison de cuirs.

Là, de l'air le plus indifférent qu'il put se donner, il présenta son

faux au gros Ecossais roux à qui il avait affaire, d'habitude, lorsqu'il

venait toucher ou déposer des fonds. L'Ecossais parut surpris à la vue

du chèque; puis il le retourna dans un sens et dans l'autre, examina

même la signature à travers une loupe; et sa surprise sembla se changer

en un sentiment plus défavorable encore. «Voudriez-vous m'excuser un

moment?» dit-il enfin au malheureux Maurice, en s'enfonçant dans les

plus lointaines profondeurs de la maison de banque. Et, lorsqu'il

revint, après un intervalle assez long, il était accompagné d'un de ses

chefs, un petit monsieur vieillot et grassouillet, mais, cependant, de

ceux dont on dit qu'ils sont «hommes du monde jusqu'au bout des doigts».

--M. Maurice Finsbury, je crois? demanda le petit homme du monde en

mettant son lorgnon sur son nez pour mieux voir Maurice.

--Oui, monsieur! répondit Maurice en tremblant. Y a-t-il... est-ce qu'il

y a quelque chose qui ne va pas?

--C'est que... voilà ce que c'est, monsieur Finsbury: nous sommes un peu

étonnés de recevoir ceci! expliqua le banquier, en désignant le chèque.

Pas plus tard qu'hier, nous avons été prévenus de n'avoir plus à vous

délivrer d'argent!

--Prévenus! s'écria Maurice.

--Par votre oncle lui-même! poursuivit le banquier. Et nous avons

également escompté à monsieur votre oncle un chèque de... voyons! de

combien était le chèque, monsieur Bell?

--De huit cents livres, monsieur Judkin! répondit l'employé.

--Bent Pitman! murmura Maurice, dont les jambes chancelaient.

--Comment, monsieur? Je n'ai pas entendu! dit M. Judkin.

--Oh! ce n'est rien... une simple façon de parler!

--J'espère qu'il ne vous arrive rien de fâcheux, monsieur Finsbury? dit

aimablement M. Bell.

--Tout ce que je puis vous dire--proféra Maurice avec un ricanement

sinistre,--c'est que la chose est absolument impossible! Mon oncle est à

Bournemouth, malade, incapable de remuer!

--Vraiment! fit M. Bell, en reprenant le chèque des mains de son chef.

Mais ce chèque est daté d'aujourd'hui, et de Londres! Comment

expliquez-vous cela, monsieur?

--Oh! c'est une erreur de date! bredouilla Maurice, pendant qu'un vif

afflux de sang lui colorait le visage.

--Sans doute! sans doute! lui dit M. Judkin, en fixant de nouveau sur

lui son terrible regard.

--Et puis, risqua Maurice, si même vous ne pouvez pas me remettre de

grosses sommes, ceci n'est qu'une bagatelle... ces deux cents livres!

--Sans doute, monsieur Finsbury! répondit M. Judkin. Ce que vous dites

est vrai; et, si vous insistez, je ne manquerai pas de soumettre votre

demande à notre conseil d'administration. Mais je crains bien... en un

mot, monsieur Finsbury, je crains que cette signature ne soit pas aussi

correcte que nous sommes en droit de la désirer...

--Oh! cela n'a aucune importance! murmura précipitamment Maurice. Je

vais demander à mon oncle de la recommencer. Voyez-vous, poursuivit-il

en reprenant un peu d'assurance,--voyez-vous, monsieur, mon oncle est si

souffrant qu'il n'a pas eu la force de signer ce chèque sans recourir à

mon assistance; et j'imagine que les différences dans la signature

viennent de ce que j'ai dû lui tenir la main.

M. Judkin lança un regard aigu, droit dans les yeux de Maurice. Puis il

se retourna vers M. Bell.

--Eh bien! dit-il, je commence à croire que nous avons été dupés, hier,

par un escroc qui a réussi à se faire passer pour M. Joseph! Dites à

Monsieur votre oncle que nous allons tout de suite avertir la police!

Quant à ce chèque, je suis désolé d'avoir à vous répéter que, en raison

de la manière dont il a été signé, la banque ne peut pas prendre sur

elle... notre responsabilité... vous nous excuserez!

Et il tendit le chèque à Maurice, à travers le comptoir. Maurice le

saisit machinalement: sa pensée était tout entière à un autre sujet.

--Dans un cas comme celui-là, dit-il, la perte incombe uniquement à

nous, c'est-à-dire à mon oncle et à moi!

--Pas du tout, monsieur, pas du tout! C'est la banque qui est

responsable. Ou bien nous recouvrerons ces huit cents livres, ou bien

nous vous les rembourserons sur nos profits et pertes: vous pouvez y

compter!

Le nez de Maurice s'allongea encore; puis un nouveau rayon d'espoir

s'offrit à lui.

--Ecoutez! dit-il. Laissez-moi le soin de régler cette affaire! Je m'en

charge. J'ai une piste! Et puis, les détectives, ça coûte si cher!

--La banque ne l'entend pas ainsi, monsieur! répliqua M. Judkin. La

banque supportera tous les frais de l'enquête; nous dépenserons tout

l'argent qu'il faudra. Un escroc non découvert constitue un danger

permanent. Nous éclaircirons cette affaire à fond, monsieur Finsbury;

vous pouvez compter sur nous, et vous mettre l'esprit en repos

là-dessus!

--Eh bien! je prends sur moi toute la perte! déclara hardiment Maurice.

Je vous demande d'abandonner l'affaire!

A tout prix, il était résolu à empêcher l'enquête.

--Je vous demande pardon, reprit l'impitoyable M. Judkin; mais vous

n'avez rien à voir dans cette affaire, qui est toute entre nous et

monsieur votre oncle. Si celui-ci partage votre avis, et qu'il vienne

nous le dire, ou qu'il consente à me recevoir auprès de lui...

--Tout à fait impossible! s'écria Maurice.

--Eh bien! vous voyez que nous avons les mains liées! Il faut que nous

mettions aussitôt la police en mouvement!

Maurice, machinalement, replia le chèque et le serra dans son

portefeuille.

--Bonjour! dit-il. Et il sortit, il s'enfuit de la banque.

«Je me demande ce qu'ils soupçonnent! songea-t-il. Je n'y comprends

rien! Leur conduite a quelque chose d'inexplicable. Mais, d'ailleurs,

peu importe. Tout est perdu! Le chèque a été touché. La police va être

sur pied. Dans deux heures, cet idiot de Pitman sera en prison, et toute

l'histoire du cadavre figurera dans les journaux du soir!»

Si, cependant, le pauvre garçon avait pu entendre le dialogue qui avait

eu lieu à la banque, après son départ, il aurait été sans doute moins

effrayé; mais peut-être, en échange, se serait-il senti encore plus

mortifié.

--Voilà une affaire bien curieuse, monsieur Bell! avait dit M. Judkin.

--Oui, monsieur, avait répondu M. Bell; mais je crois que nous lui avons

donné une bonne alarme!

--Oh! nous n'entendrons plus parler de M. Maurice Finsbury! avait repris

M. Judkin. Ce n'était qu'une première tentative de sa part, et nous

avons eu tant de bons rapports avec la maison Finsbury que j'ai cru plus

charitable d'agir doucement. Mais vous pensez bien comme moi, monsieur

Bell, qu'il n'y a pas d'erreur possible sur la visite d'hier? C'est bien

le vieux M. Finsbury lui-même qui est venu toucher ses huit cents

livres, n'est-ce pas?

--Aucune erreur possible, monsieur! fit M. Bell avec un sourire. C'était

bien M. Finsbury! Il m'a expliqué tout au long les principes de

l'escompte!

--Fort bien! fort bien! conclut M. Judkin. La prochaine fois que M.

Joseph Finsbury viendra, priez-le de passer dans mon cabinet! Je redoute

un peu sa conversation; mais j'estime, dans le cas présent, que nous

avons absolument le devoir de le mettre en garde!

Le mort vivant · 第 20 / 45 题