Le parement & triumphes des dames.
Est appellé ce plaisant nouveau livre
Prenez le en gré ainsi que je le livre
Pour recepvoir salut de corps & d’ames
[Illustration: La dame]
Prologue de ce present volume & plaisant opuscule dict & intitulé Le
parement & triumphe des dames
Aprés que ung jour de ce moys de may L’an .v. cens & dix sur le milliare
j’eu leu & revolué plusieurs volumes textes/ postilles et comments tant
de sacree pagine que de aultres souverains aucteurs hystoriographes
cronicques/ gestes/ poeticques cathologues des bieneurez sainctz et
sainctes & autres digne de memoire et singuliere recordation Esquelz
sans doubte (es sens anagogique/ tropologique/ allegorique & moral) sont
escriptz narrez & recitez plusieurs salutaires doctrines fructueuses
instructions & enseignemens de toutes bonnes meurs Et tant en langue
diserte & latine soubz le doulz & meliflueux langage confit au sens de
dame rethoricque qui en son eloquant art d’oratoire & souefve bouche de
poeterie aulx humains a present tant elucidee qu’en nostre francigene
locution & langue vernacule a esté tellement deduicte/ que plusieurs
subtilz esperitz & agilles entendemens/ par enerve industrie se sont mis
& donnez a compiller & escripre argumens/ commedies/ invectives/
satires/ fables epigrames & tragedies/ prosaïques versificatoires &
rigmes de diverses tailles/ que plusieurs livres & traictés/ ont esté
notoirement divulguez/ moyennant le noble & industrieux art de
impression que en vigueur presentement donne & administre la source &
inundation de l’eaue vive qui incessamment part & distille du puis &
profonde fontaine de varies & diverses sciences Dont ainsi reclus &
comme perplex/ considerant que pour aucunement satisfaire aux humains
entendemens je pourroye de nouveau compiller veu & pressuposé que en
quantité innumerable & si grande habondance de divers livres sont
dispersez en latin vulgaire françoys & langue theutonique que a parler
quasi rondement plusieurs n’y scevent que choisir comme en une chose
diffuse tout pensif & fantasié me suis party de ma petite estude Et pour
mettre fin a mon emprinse suis parvenu pour me solacier & recreer mon
debile esperit jusques en ung delectable & plaisant verger tout couvert
de noble verdure rameaux odorans & arbres fructiferes dyaprés de
diverses fleurs ainsi que la saison le donne A quel lieu je trouvay une
moult louable compaignie & tresgrant assemblee de prudentes nobles
Magnificques et honnorees princesses Dames damoyselles Bourgoyses Filles
domesticques/ plusieurs autres bien notables femmes tresbien pareez
acoustreez/ & vestues de divers vestemens & aultres triumphantes
habitudes de quoy presentement chascunes d’elles scet user selon son
degré et personnelle qualité. Et plusieurs d’icelles beaucoup plus
excessivement qui ne leur debveroit competer ne apartenir Ce que
pourtant je leurs remetz sans en vouloir riens autre dire/ car je suis
cestuy la qui pour l’honneur et grace des dames vouldroye par loyal
service travailler & employer du tout mon sçavoir. Dont icelle tresnoble
compaignie de dames de par moy salueez/ et leur salut a moy rendu/ se
tira devers moy une bonne prudente & vertueuse dame moyenne de aage &
selon mon advis bien devotement moriginee/ de simple estat et pleine de
sçavoir. Laquelle saige dame ainsi que je fus deuement informé estoit
dicte et nommee bonne affection de l’honneur & salut des dames/ qui en
mettant la coppie de ce present livre en ma main/ qu’elle avoit
premierement tiré de sa manche me dist begnignement en ceste maniere
selon son maternel langage. Mon amy il m’a esté d’aucuns recité que tu
nagueres venu de Troyes en champaigne arrivé en ceste tresfamee ilustre
et populeuse cité de Paris quiers a composer aulcune chose de nouveau
affin que tu soyez recongneu/ mais laisses encores ung peu quiescer et
refreschir ta memoire mettant ta fantasie arriere/ et reçoy ce present
livre que je te donne et administre/ duquel aprés que tu auras veu la
coppie/ et que tu y sentiras goust/ tu le pourras commenter et ordonner/
en forme qui puisse repaistre gens de lettre et auctorité/ et qu’il soit
divulgué aux nobles/ haultes/ excellentes/ et magnifiques princesses/
dames/ damoiselles/ et aultres femmes de tous estas/ desquelles tu en
voys a present une notable & honoree congregation affin que par iceluy
livre tu leurs puisses donner vestemens et habitz nouveaulx pour eulx
parer et faire apparoir en toute vertueuse triumphe/ comme tu scez
qu’elles desirent & qu’il est notoire a chascun. Et a tant receu ses
parolles/ & comme tout morne et transsy/ me departy de ceste noble dame
Bonne affection de l’honneur des dames/ prenant humble congié de toute
l’assistance/ ainsi comme je peulz et sceu. Dont moy hors de ce beau
pourpris/ et plaisant vergier/ regarday bien diligemment ce traicté/ et
present volume/ intitulé le parement et triumphe des dames Auquel sont
contenus tous les habitz/ paremens & nobles vestures qu’ilz
appartiennent a toutes bonnes dames & femmes d’honneur. Lequel volume &
plaisant traicté/ sans jactance de moy/ ou estre venteur des oeuvres
d’autruy/ trouvay par son intitulacion que aultresfois avoit esté
descript et composé par noble de chevalereux seigneur messire Olivier de
la Marche en son vivant chevalier & grant maistre d’hostel du roy de
Castille Lequel prudent & vertueux chevalier tant en prose qu’en vers
huittains a si bien & fructueusement labouré pour le bien & honneur des
dames desquelles j’ay tousjours desiré estre humble & loyal serviteur.
Parquoy ma fantasie du tout arriere regettee/ me suis seullement occupé
a veoir & visiter ce noble opuscule des dames non pas pour y riens
corriger/ mais pour sçavoir seullement se aulcune corruption seroit ou
auroit esté faicte par eulx qui depuis sont par coppie redigé comme
souventesfois est advenu. Et aussi pour commenter le texte/ affin de
monstrer le prenommé seigneur y avoir songneusement labouré/ & par sens
de lettre & estude/ & que tout noble & devot sexe femenin & aultres gens
de tous estas puissent prendre seurs vestemens/ qu’ilz par teignes/
vermisseaulx ou aultre inveteration ne se puissent corrompre ne demolir/
mais perpetuellement demourer/ & estre mis presentez & recordez en
l’ineffalible repositoire ou est tout baulme aromaticque. En ensuyvant
la irrefragable doctrine du converty/ apostre/ vaisseau d’election le
glorieux saint Paul disant que nous soions tousjours vestuz & armez des
armures & vestemens de toute lumiere pour ambuler es jours honnestes/ &
du tout getter les oeuvres & les vestemens de tenebres/ disant aussi le
bon Jacob aux familles de sa maison. Soyez tous mundiffiez: ainsi comme
vrays purs & nectz/ & muez tous voz vestemens desquelz aussi descript &
recite le prophete Neemie qu’ilz ne pevent inveterer--Car ce sont les
beaulx vestemens de quoy il est faicte notoire mention au livre des
canticques disant. L’odeur de ces vestemens sera comme l’odeur d’encens.
Et aussi est dict en aultres plusieurs lieux de la saincte escripture
lesquelz je delaisse a present pour eviter prolixité. Parquoy devons ce
present livre souventefois recorder & avoir en memoire de cueur pour
nous honnestement vestir & parer par honneur/ affin que nous puissons
personnellement & en reverance comparer aux nopces celestes sans estre
reprins de l’entree comme il fut dit au repudié non ayant sa veste
d’honneur/ mon amy pourquoy es tu icy entré sans ton vestement nuptial.
Et ainsi par ce present petit volume tresespecial & tresdigne de grande
louenge pourrons parvenir aux supernelles nopces du parfaict espoux de
noz ames saulveur & redempteur Jhesucrist. Qui avecques le pere & le
filz vit & regne glorieusement en unye trinité. Amen.