BAPTÊME DE PAULINE ARDEL

I

La cathédrale avait l’air triste sous la brume. Ses deux tours austères

fixaient l’Occident où le soleil de décembre se coucherait sans avoir

lui. Soumises depuis sept cents ans aux hivers enfumés et aux nuées

pleurantes, elles se résignaient, jusqu’à ce que, pour leur délivrance,

le clairon de l’archange mît debout le Christ de gloire assis entre

elles au-dessus du porche et du vitrail. En bas, sur le parvis, bien que

ce fût un dimanche et que l’heure des vêpres approchât, les passants

étaient rares, et ils traversaient vivement comme des provinciaux

casaniers qu’attend une maison chaude.

La place se trouvait déserte, lorsque M. Victorien Ardel, accompagné de

sa fille Pauline, déboucha de la rue des Quatre-Vents. Tous deux

s’avancèrent du côté de la halle, puis, s’arrêtant, se retournèrent vers

la façade de l’église, à la façon d’étrangers qui, pour la première

fois, l’examinaient.

M. Ardel, agrégé d’histoire, venait d’être, un mois auparavant, nommé

professeur à Sens. Il n’avait pas encore pris le loisir d’étudier la

cathédrale; ce monument le touchait peu; car, étant un esprit fort, il

s’évitait ainsi qu’à sa fille la rencontre d’images mystiques qu’il

éliminait de leur commune vie. Néanmoins, par une curiosité d’historien

et d’esthète, il s’était décidé, ce dimanche, à ne plus différer une

visite au reste inoffensive pour son indifférence éprouvée.

Il considéra donc, d’un œil critique, d’abord la tour des cloches,

depuis l’étroite et courte ogive de la porte jusqu’au campanile

octogonal que la Renaissance a vissé tout au sommet.

Pauline la regardait en même temps; mais quelque chose, dans cette masse

hautaine, lui déplaisait: était-ce le relief rude et perpendiculaire des

contreforts, la noirceur des abat-son, l’orgueil des pinacles qui

surplombent solitairement l’autre tour décoiffée et tronquée? Le visage

de ces pierres la rebutait comme celui d’un justicier rébarbatif.

Son attention, une seconde, s’accrocha aux cinq statues blanches logées

à mi-hauteur sous des niches pointues; mais ces évêques, avec leur

crosse, ne lui exprimaient rien. Ses yeux s’infléchirent à gauche vers

le Saint Étienne du porche, en robe de clerc, mince et long comme une

colonnette, doux et méditatif, présentant entre ses mains le Livre

mystérieux. Puis elle se détourna, le nez au vague, et, d’un air de

discrète impatience, fit deux ou trois pas en avant.

--Il n’y a pas à dire, remarqua, la canne levée vers la façade, son père

qui la rejoignit, le moyen âge eut la tradition de la force!

M. Ardel n’articula point le mot: force! sans une certaine emphase. Il

laissait voir en sa démarche ce je ne sais quoi d’autoritaire et de

gourmé où se ressemblent un pédagogue et un magistrat. Sa façon de

balancer les bras et de porter sa tête accusaient le contentement acquis

d’une supériorité. C’était d’ailleurs un homme d’une figure encore

belle, quoique fatiguée par d’excessifs travaux. Si des bajoues

alourdissaient le contour de son menton, sa bouche restait fine et

mordante sous une moustache drue; son nez aurait pu servir de modèle à

un sculpteur romain; l’arc étrangement noir des sourcils se dessinait

sur des yeux d’une mobilité sombre dont on avait peine à soutenir le

choc.

Dans les traits de sa fille, comme dans les siens, une rectitude latine

était inscrite: l’ovale des joues de Pauline se détachait noblement d’un

cou ferme et délicat; à l’œil bien fendu répondaient une bouche et des

oreilles un peu grandes, mais régulières; une moue d’orgueil renflait sa

lèvre inférieure, mais son regard s’en allait imbibé de tendresse. Une

voilette noire et la froidure excitaient sous sa peau l’éclat d’un sang

radieux. Sans dépasser de beaucoup son père qui était de stature

moyenne, elle semblait d’une venue vigoureuse en ses dix-huit ans; son

port et ses mouvements offraient une harmonie naturelle plutôt grave que

vive. Le sérieux de sa mise exprimait, soit l’insouciance de paraître,

soit la discipline d’économie qu’elle tenait de sa mère, morte il y

avait six ans.

Ils se rapprochèrent des portails et, devant les saints sculptés contre

le soubassement ou le long des voussures, tous sans tête, et qui vivent,

gesticulent pourtant, comme des martyrs impossibles à tuer:

--Les pauvres gens! dit Pauline. Quels misérables se sont amusés à ce

jeu de massacre?

M. Ardel se dispensa de lui répondre; du haut de la tour le premier coup

des vêpres tinta; ils l’écoutèrent. La cloche émettait le son d’un glas;

chacun de ses battements descendait à larges intervalles et les

vibrations s’amplifiaient sur la ville engourdie, pareilles aux cercles

ondulatoires que forme une goutte d’eau tombant du plafond d’une grotte

dans un lac ténébreux.

Pauline, à cet appel, n’éprouva qu’une oppression confuse.

--Entrons-nous? demanda-t-elle, comme si elle avait eu le désir de ne

pas entrer.

--Mais oui, répondit froidement son père.

Et il pénétra la premier à l’intérieur de la cathédrale dont le vide

étonna Pauline et la mit à l’aise.

M. Ardel s’arrêta au bas des nefs, près de l’un des maîtres piliers,

formidable en son épaisseur, et cependant allégé par l’élan des sveltes

colonnes comme un buffet d’orgue par ses tuyaux. Il fut saisi

d’admiration; d’autant plus sensible à la vigueur naïve de cet art qu’il

était saturé de culture livresque. Mais, tout de suite, en face de la

grande nef, reparurent ses habitudes de sèche analyse:

--Voûte sexpartite, observa-t-il, un peu basse. Alternance de grosses

colonnes géminées et de piliers...

Il continua, prenant le bras de Pauline:

--Tu vois ces deux arcs plus aigus que les autres; le pan avait dû

s’effondrer, on les a refaits au quinzième siècle. Et, dans les

bas-côtés, ces alvéoles romanes, elles datent de Viollet-Leduc. On

s’imagine visiter un édifice du moyen âge, et c’est du Louis-Philippe

que nous touchons. De l’ancienne église il reste à peine la carcasse.

Si Pauline avait eu des velléités d’enthousiasme, des réflexions

pareilles visaient à les annihiler. Nourrie dans le dédain de toutes les

religions, elle croyait pouvoir explorer une cathédrale avec le même

détachement qu’une pagode hindoue. Ses aïeux, sa mère et son père en

leur enfance n’en avaient pas moins adoré dans des temples semblables à

celui-là. Des persistances obscures, un sourd émoi, à son insu, la

troublaient. Mais elle n’avait passé le seuil des églises qu’à

l’occasion de mariages et surtout d’enterrements. De sinistres idées

mortuaires se liaient pour elle à l’office chrétien.

Le crépuscule où ce jour d’hiver déclinant enfonçait le vaste vaisseau

aggravait cette impression. L’ombre filait ses toiles d’araignée contre

les murailles; des tentures noires se dépliaient entre les vitraux. Dans

le chœur, un sacristain voûté, à demi perclus, allumait près de chaque

stalle une bougie. Sur les dalles où il traînait ses pantoufles des

lueurs froides coulaient. Deux vieilles femmes, ramassées sous leurs

manteaux, entrèrent et se signèrent; la porte du tambour claqua

lourdement sur leur dos.

Pauline se demanda si on n’allait pas amener un mort. Une anxiété la

prit de se trouver dans le lieu saint; elle le jugeait sournoisement

hostile. Pour un peu elle eût dit à son père: Allons-nous-en. Mais

l’ennui d’expliquer son inquiétude la dissuada d’y céder; elle se

raisonna: qu’avait-elle à craindre de ces autels muets? Non vraiment,

était-elle assez puérile de subir une émotion superstitieuse, comme s’il

y avait eu là _quelqu’un_!

Elle suivit d’un pas délibéré le professeur auprès du retable de

Salazar, vis-à-vis la chaire; ils y firent une courte halte. Sous le

dais en fuseau d’une niche amenuisée, ouvragée à la façon d’une

broderie, entre deux Saints une Vierge au visage finement rustique et

grave soutient sur son bras l’Enfant qui lève le doigt.

--Qu’ils sont _vrais_, murmura Pauline, cette femme et cet enfant!

Elle ne songeait qu’à la vérité des figures et des attitudes; mais le

sens de sa parole dépassait ce qu’elle avait cru dire.

Plus loin, M. Ardel s’intéressa aux cintres et aux chapiteaux d’une

primitive chapelle voûtée en cul-de-four. Pauline voulut savoir ce qu’on

faisait d’un bénitier oblong drapé d’un voile, qu’elle toucha d’une main

curieuse.

--Les fonts baptismaux, répondit-il négligemment.

Ils s’étaient engagés derrière l’orgue du chœur, dans le profond

déambulatoire, et ils longeaient une suite de vitraux anciens dont

Pauline, plus que son père, fut émerveillée. Elle se souciait peu

d’abord des scènes qu’ils racontaient, n’y voyant qu’une imagerie

d’Épinal éblouissante et enfantine. Mais les médaillons sertis dans des

armatures noires sollicitaient son âme par un mystère semblable à

l’intimité d’une musique pleine de nostalgies. Le bleu qui les trempe,

céruléen, presque violet, lui offrait un crépuscule tel que jamais, dans

les plus beaux soirs, elle n’en avait contemplé. Sur ce fond, l’émail

vert d’une robe, la tête d’un palefroi, caparaçonnée d’or, le profil

d’un moine brûlaient d’une flamme inextinguible; une sorte de chaleur

joyeuse en descendait, ils semblaient s’aviver de toutes les ténèbres

qui s’épaississaient alentour.

L’un de ces vitraux, découpé en losanges et en arcs de cercle, était si

net de dessin qu’à le fixer une minute elle apprit, sans le vouloir, la

légende de saint Eustache. Trois ou quatre épisodes du moins, au premier

coup d’œil, s’élucidèrent. Dans une clairière bleue comme les songes

elle voyait entre les cornes d’un cerf brun une croix de feu; un

chasseur s’agenouillait devant elle, tandis que son cheval argenté,

paisible, pâturait.

Plus haut, le même personnage reparaissait, amaigri, à genoux dans une

cuve baptismale, et un évêque infondait de l’eau sur son front cerné

d’un nimbe rouge. Ailleurs, elle le retrouvait s’embarquant sur une mer

ensoleillée...

Pauline l’abandonna en chemin; mais elle pensa aux félicités naïves des

hommes qui avaient assez cru à de telles fables pour les peindre avec

tant de ferveur et de patience.

En continuant le tour de l’abside, M. Ardel s’attarda derrière le

fastueux baldaquin du maître-autel soutenu par quatre colonnes de marbre

opulentes, jadis taillées pour figurer sur la place des Victoires,

autour de la statue du grand Roi. Pauline l’avait devancé jusqu’au bas

de la fenêtre grillée d’où les archevêques, sans sortir de leur palais,

assistaient aux offices. Là, pend à la muraille nue un Christ en bois,

d’un jaune bruni, coiffé de sa couronne lamentable. Des cheveux confus

se collent le long de ses joues et sur sa poitrine; chacune de ses côtes

paraît dire: Comptez-moi; ses bras décharnés sont raidis; les rotules de

ses genoux et les os de ses jambes incurvés comme des baguettes

distendent sa peau. Tout ce que peut souffrir la chair de l’homme s’est

abrégé dans ce cadavre et dans sa tête encline, indiciblement meurtrie.

Pauline fut affectée d’une pitié vague, mais plus encore d’une

répulsion:

--Est-ce possible, se dit-elle, que d’un affreux supplicié on ait fait

un dieu!

L’horloge de la tour sonna trois heures moins un quart avec la lenteur

dolente des vieilles horloges qui ne semblent plus croire au temps; le

second coup des vêpres se prolongea. La cathédrale commençait à

s’animer: deux chanoines enveloppés d’amples manteaux, l’un, obèse et

court, l’autre, sec, long et pâle, enfilèrent le couloir sombre de la

sacristie au même instant qu’en sortait un petit abbé rond dans son

surplis, rubicond, vif et trotte-menu, montrant sur sa mine la jovialité

spirituelle d’un bourguignon content de vivre. M. Ardel avait rejoint

Pauline devant un escalier dont il loua les gracieuses arcades; il

aborda le vicaire au passage pour s’enquérir si le Trésor était visible.

--Pas maintenant, monsieur; après les vêpres, répondit l’abbé,

s’arrêtant à peine; et, preste comme un moineau qui s’envole, il

s’élança vers le chœur.

Le professeur fronça les sourcils et grommela:

--Sont-ils malotrus, ces curés!

Pauline et lui gagnèrent le milieu du transept; pendant qu’il

s’assimilait d’un regard synthétique l’harmonie de la cathédrale, la

structure de l’ensemble, robuste et froide, sa fille admirait, au-dessus

du portail d’Abraham, la rosace du Paradis enfermant dans les torsions

ardentes de ses nervures un azur vierge où des anges qui tiennent des

violes éploient leurs ailes, d’une blancheur translucide; au centre,

dans l’épais brasier d’un soleil couchant, s’enclôt une Face triomphale;

était-ce le même Christ qu’elle venait de voir si douloureux? Elle

aurait eu peine à concilier toute l’humiliation avec toute la gloire;

elle ne l’essaya point; car sa pensée ressemblait à ces eaux des lacs

qui ne savent rien du ciel dont elles absorbent la splendeur. De telles

images y déposaient pourtant l’idée incertaine d’une vie supra-sensible

que jusqu’alors elle n’avait pas conçue.

Les vêpres allaient commencer; les chanoines et les clercs étaient

montés à leurs stalles. M. Ardel constata, non sans ironie, le nombre

dérisoire des fidèles: peu ou point d’hommes, des femmes âgées, des

petites filles, quelques religieuses à longue coiffe. Le suisse, plein

de majesté, se cambrait devant les chaises vides comme s’il avait eu des

foules à contenir.

Aussitôt que résonna le _Deus in adjutorium_, M. Ardel battit en

retraite; le chant des psaumes l’eut ennuyé. Pauline et lui sortirent

par le portail de Moïse; un aveugle fit tinter inutilement sa sébile où

dansaient des sous rares. Le professeur, à respirer hors de l’église,

sentit une légère satisfaction.

--_Leurs_ cathédrales, énonça-t-il, ne sont que des nécropoles: tout y

est bien mort...

Il n’appuya pas sur sa remarque, trouvant superflu d’affirmer que le

catholicisme, au dedans de lui-même, ne rendait plus aucun son.

--J’aime cette cour, dit Pauline, qu’un instinct juvénile poussait à

contredire l’aridité de l’incroyance paternelle.

Elle indiquait, au bout des grilles pompeuses déployées à droite et à

gauche, sur une porte voûtée, un pavillon en briques rehaussé de

moulures délicates, avec des croisées étroites à meneaux, telles qu’on

en voit aux châteaux français de la Renaissance; et, derrière eux, la

rose magnifique qui, même en l’absence du soleil, flamboyait.

La cour n’en concentrait pas moins une mélancolie de cimetière

abandonné. Sous des thuyas et des sureaux moisissaient, dans l’herbe

jaunie, des feuilles mortes. D’un côté, les ardoises de l’archevêché,

ses fenêtres toujours closes depuis que les archevêques ont été chassés

de leur demeure; de l’autre, les tuiles vernissées du palais synodal, le

flanc de la tour des cloches et le toit des nefs l’enfermaient

sévèrement. Des corneilles, parmi les gargouilles, s’envolaient de leurs

ailes pesantes; elles se jetaient un cri aigre-doux, analogue à celui

d’une girouette usée. De l’intérieur, les ronflements de l’orgue et la

psalmodie des prêtres ne s’épandaient qu’atténués, lointains.

Pauline se plut quelques instants à les entendre; cette musique sourde

la captivait comme l’illusoire écho d’un monde fini. L’éducation rigide,

hautaine, qu’elle avait reçue auprès d’un père despote et studieux la

prédisposait à comprendre la solitude d’un lieu vénérable; de ces

édifices, où six siècles s’étaient continués, émanait une paix

accueillante. C’était une influence dont M. Ardel non plus ne cherchait

pas à se défendre, tant il croyait défuntes toutes ces choses, et il se

taisait, induit à un attendrissement qu’il ne voulait point laisser

voir. Mais, soudain, il secoua les épaules, frappa le pavé de ses pieds

impatients.

--On gèle ici, dit-il; marchons.

Ils descendirent d’un pas allègre le long et noir boyau de la grande

rue; et, arrivés au quai de l’Yonne, ils franchirent le vieux pont trapu

que dominait une croix de fer.

Devant l’église Saint-Maurice, un passant coiffé d’un gibus, portant une

rosette à la boutonnière de son pardessus, les honora d’un salut

cérémonieux. M. Ardel reconnut un de ses collègues, M. Lemerle, lequel,

depuis vingt-neuf ans, professait au lycée la rhétorique. M. Lemerle,

outre son invariable gibus, se signalait par des lunettes bleues, une

barbe grisâtre et courte, des façons de pasteur protestant; sur sa

figure probe, mais rogue, s’était durci un masque de sévérité qu’il

semblait devoir conserver jusqu’à sa mort et au delà.

--Tu as vu cet homme, exposa M. Ardel à sa fille; il est un des derniers

survivants d’une race qui va s’éteindre en France, comme s’est éteinte

celle des bons domestiques. C’est le professeur-né, le cuistre à

lunettes! Il ne peut concevoir une existence ayant d’autre but que

d’expliquer du Bossuet et de corriger des versions. Il fait sa classe à

la manière dont Dandin jugeait. Et quel fonctionnaire! Il ne vous parle

que d’inspections, de dossiers, d’avancement. A propos d’une copie où un

élève avait risqué cette phrase: «Nous regardions avec indifférence

défiler le cortège officiel»:--Monsieur, s’est écrié Lemerle en

courroux, au passage d’un cortège officiel on ne doit jamais être

indifférent!

Pauline, à ce trait, fit un éclat de rire. Son père n’appartenait certes

pas à la race des Lemerle, et elle en était fière, bien qu’ayant pâti

elle-même de son humeur intraitable. Envoyé fort jeune à Bordeaux,

Victorien Ardel donnait toutes les promesses d’un sujet, selon la

formule, «très distingué». Mais, un jour que son Recteur visitait sa

classe, sur une critique qui lui fut faite, il s’emporta, eut avec lui

une altercation. Cinq jours après on l’expédiait à Roanne où il resta

seize ans, oublié, disait-il, «comme au jeu de l’oie, dans le puits».

C’était à Roanne, parmi la laideur des fabriques, et en un foyer pauvre,

qu’avait grandi Pauline. Des séjours à Lyon, chez son grand-oncle

Jérôme, lui révélèrent, avec une existence plus large, la majesté d’une

ville insigne et antique.

La souche des Ardel était lyonnaise depuis près d’un siècle. Le

bisaïeul, Fabricio Ardello, natif de Turin, avait fondé, en 1812, sur la

place Bellecour, une maison d’armurerie. Son fils aîné, Octave, le père

de Victorien, tint boutique jusqu’aux dernières années du second Empire;

une sotte affaire où l’ensorcela un aigrefin, la construction, aux

Brotteaux, d’un Alcazar fastueux, culbuta son patrimoine et sa maison.

Des trois fils d’Octave, le premier, Adolphe, lieutenant de chasseurs

alpins, avait péri, précipité dans un trou par une avalanche; le

troisième, Jacques, avait pris la soutane au grand séminaire de

Saint-Just. Quant à Victorien, brillant écolier, il s’était décidé pour

l’enseignement; car il apercevait là une position prompte et la

certitude de loisirs copieux.

Dans sa tâche un seul attrait l’excita, la part de vie pensante qu’il

savait maintenir au-dessus des rabâchages quotidiens. Un livre sur le

Duc de Saint-Simon lui avait acquis un renom d’originalité. Au rebours

des historiens révolutionnaires, il y justifiait l’aristocrate en lutte

avec les gens de robe. Le contact d’êtres asservis n’avait pu qu’irriter

son besoin d’indépendance. Les hommes «francs du collier», rares dans

l’histoire, avaient toute son estime autant que les autres son aversion.

C’est pourquoi, à la vue de M. Lemerle, il s’était soulagé par quelques

sarcasmes. Du haut de son orgueil sauvage il considérait ce collègue à

peu près comme un épervier des Alpes regarde un canard de basse-cour.

Pauline et lui se dirigeaient vers les coteaux dont l’Yonne réfléchit, à

l’ouest, les murs crayeux. Un sentier qui s’élève entre des buissons les

attira; ils allaient sans causer, Pauline étant faite aux habitudes

silencieuses du professeur toujours absorbé dans ses élucubrations. Elle

marchait plus vite que lui, et s’animait à gravir cette colline malingre

pour la seule joie de monter, d’atteindre de l’étendue.

Mais, devant elle, sur la croupe du tertre, une église rustique

terminait l’horizon; la jeune fille avait l’air de s’y rendre en

pèlerinage. Si sa vue s’abaissait, elle découvrait, dans les champs,

près de la rivière, la chapelle et l’enclos d’une abbaye. Si elle se

tournait du côté de Sens, la cathédrale commandait la plaine; sa tour

des cloches, accrue du campanile, semblait une formidable tour de

guetteur; les toits bruns et les arbres nus se brouillaient au-dessous

d’elle dans des vapeurs pareilles à de la suie délayée; la ville

n’existait qu’autour du donjon massif et par lui. Pauline distingua

cependant un autre clocher, Saint-Pierre-le-Rond, voisin de la rue

qu’elle habitait.

«Que d’églises dans ce pays! songea-t-elle. On le croirait peuplé de

prêtres et de nonnes.»

Elle s’arrêta au bord du talus, attendant son père; et elle suivait, sur

l’eau plate de l’Yonne, une péniche qui remontait doucement, halée par

des haridelles. Puis sa pensée se dissipa vers le nord, parmi la

confusion des brumes; et, sans savoir pourquoi, elle se mit à fredonner

la chanson de Miarka: _Nuages, nuages, que dites-vous?_ La voix de M.

Ardel l’interrompit:

--Le site est médiocre, opinait-il avec un hochement de tête dédaigneux.

Ça ne vaut pas les environs de Roanne. Ces coteaux parallèles, ces

terres pâles, ces peupliers rangés comme des soldats à la parade, c’est

sans relief et sans énergie, du classique régulier et morne. Je te

montrerai, au Louvre, des paysages de Van der Meulen, disposés pour y

peindre les batailles de Louis XIV; ils furent peut-être inspirés de

celui-ci.

--Décidément, répondit Pauline d’un ton câlin qui atténuait ses paroles,

tu ne seras jamais content, nulle part; tu souhaitais la proximité de

Paris, tu l’as, et, déjà, tu voudrais être ailleurs. Si je voyais les

choses comme toi, il ne nous resterait qu’à nous pendre.

--Oh! ma foi...

Le reproche inattendu de sa fille atteignait M. Ardel au vif de ses

tristesses latentes. C’était trop vrai: l’inquiétude, avec le

non-espoir, faisait son âme stérile; et, devant tout spectacle, l’esprit

critique en lui tuait la jouissance.

--Ce que tu dis là, pauvre père, répliqua Pauline, tu ne le penses pas;

autrement, ce serait à croire que je ne suis rien pour toi. Et je me

demande, continua-t-elle plus sérieuse, si je suis beaucoup pour toi;

ton talent, tes travaux, voilà ce qui compte dans ta vie; mais ta

fille...

--Tais-toi donc, fit-il en haussant les épaules, tu sais bien que tu es

mon tout!

Deux larmes mouillèrent ses prunelles qu’exalta soudain une tendresse

désespérée, et, attirant Pauline à lui, il l’embrassa.

Ils arrivaient au sommet du tertre et passaient contre l’église de

Saint-Martin dont les fenêtres closes par des planches avouaient le

délabrement, lorsqu’au tournant d’un chemin, à droite du cimetière,

parut une famille de promeneurs. En tête montaient un jeune homme et une

adolescente; plus bas, s’avançait le père, homme d’un aspect majestueux

qu’il devait non seulement à sa grande barbe presque blanche, aux larges

bords de son feutre, à l’ampleur de son ulster, mais à son allure de

bonhomie patriarcale. Une petite fille lui donnait la main. Dès qu’il

aperçut M. Ardel, il hâta le pas dans l’intention manifeste de

l’aborder.

M. Rude, professeur de dessin, était l’un des rares collègues de M.

Ardel avec qui une liaison lui parût possible. Il en recevait

l’impression d’une nature d’artiste, gaillarde et forte, que son métier

de pédagogue ne parvenait pas à déprimer. De son côté, M. Rude estimait

chez M. Ardel une séduisante intelligence des anciens peintres; il

l’avait entendu définir, mieux que lui-même ne l’aurait su faire, le

Maître de Moulins. S’il le connaissait libre-penseur, il sentait

pourtant qu’une formation croyante avait dû empreindre dans sa personne

des touches indélébiles; à des mots brusques de Victorien, il

entrevoyait quelqu’un de fier, d’âpre, de douloureux, ayant comme lui

l’horreur des bassesses. Aussi, en se rencontrant à l’improviste sur la

colline, eurent-ils l’un et l’autre un mouvement de plaisir.

Les enfants de M. Rude conquirent tout de suite Pauline par leur

simplicité d’accueil.

Julien Rude entrait dans sa vingtième année: haut et flexible, il

laissait sa tête se pencher en avant; une démarche un peu traînante, la

négligence d’un col de veste dépassant celui du pardessus, son chapeau

rabattu sur son nez aquilin lui donnaient un air indolent, bizarre. Mais

quand il se trouva en présence de Pauline, elle fut saisie de ses

manières et de son visage. Il ne lui rappelait pas un seul des étudiants

qu’elle avait pu voir chez son père. Il mit dans son salut une aisance

grave, réservée, et échangea avec la jeune fille un regard limpide dont

elle se ressouvint plus tard, comme si, en cet instant-là, un autre

«moi» eût pris possession d’elle-même.

La figure de Julien, longue, plutôt fine que robuste, était dominée par

un front d’une ampleur éclatante. Une force de réflexion tranquille

s’accumulait en ses yeux, des yeux d’un brun clair, devant qui tout

semblait doux et fraternel. Sa moustache n’empêchait pas de voir au coin

de sa lèvre une fossette pleine de grâce. Il avait le teint vermeil, la

main effilée, les signes d’une élégance native qu’un fond sanguin de

vigueur pondérait.

Pauline cependant tourna aussitôt son attention vers Edmée Rude; ravie

de délier sa langue avec elle, car, depuis sa venue à Sens, elle vivait

sans aucune compagne. Edmée, rose et fluette, le menton enfoncé dans une

étole de fourrure, présentait une vivacité de minois toute

bourguignonne. Pauline se pencha pour baiser les joues de Marthe, la

cadette; celle-ci, avec un battement de cils, la dévisageait de son œil

hardi, profond.

--La gentille petite sœur que vous avez, dit Pauline bonnement.

--Oui, gentille, même trop, repartit Edmée tandis qu’elle caressait les

cheveux déliés et blonds de Marthe. Elle a de ces idées parfois qui nous

font peur. Hier soir, elle regardait, derrière la vitre, les étoiles: On

ne peut pas les attraper avec des échelles? nous a-t-elle demandé. Le

bon Jésus saura bien me mener là-haut. Est-ce qu’il m’y mènera bientôt?

Tu viendras m’y trouver, Edmée, et Julien aussi. J’aurai des ailes,

n’est-ce pas, maman?

Une surprise altéra le sourire de Pauline; elle ne pouvait comprendre

cette curiosité du Paradis; aux premières paroles d’Edmée, l’obstacle

chrétien se posait entre elles. Edmée ne savait pas encore Pauline

irréligieuse; mais elle devina qu’une chose inconnue les séparait; et,

sans s’attarder sur des intimités vaines pour une étrangère, elle lui

parla du paysage qu’elles surplombaient, «bien vilain sous son capuchon

gris».

--C’est au printemps qu’il faudra le voir et à l’automne. D’ici, vers la

mi-octobre, la plaine est délicieuse. Je ne sais si vous êtes comme moi;

j’aime tant l’automne, l’odeur des feuilles tombées, les peupliers

légers, tout en feu comme des tabernacles!

--Moi, répondit Pauline, toute saison me va; mais j’adore l’été. Quand

le soleil chante, que les oiseaux chantent, je me sens plus de cœur à

chanter.

--Vous devez être musicienne...

--J’ai de la voix, répondit simplement Pauline, dédaignant de se faire

valoir; et vous?

Edmée lui déclara qu’elle se passerait de pain plus volontiers que de

son piano; son père jouait du violon, son frère, du violoncelle; chaque

dimanche, après leur promenade, et le soir, de temps à autre, ils

exécutaient des trios.

Cette découverte d’une affinité précieuse charma Pauline davantage

qu’Edmée, parce que sa solitude lui rendait une amie plus désirable.

Tout en causant, elles se dirigeaient vers une butte d’où, jadis,

suivant la tradition, les sentinelles romaines observaient au loin la

vallée.

--Si nous grimpions là-haut, insinua Marthe à sa sœur.

--Allons-y, fit Pauline. Elle entraîna Marthe par une main, Edmée

s’empara de l’autre, et toutes trois prirent leur élan jusqu’au faîte du

glacis; puis, riant et courant, elles redescendirent.

--Vous êtes, mademoiselle, plus leste que les chèvres, dit à Pauline M.

Rude qui survint avec son fils et M. Ardel.

--J’ai eu des aïeux montagnards, répliqua-t-elle en manière de badinage,

je suis faite pour les cimes!

Julien, au son de ces derniers mots, la fixa, se tut une seconde, et

reprit la conversation qu’il avait entamée sur le livre de M. Ardel.

L’auteur jouissait de s’entendre commenter par ce jeune homme avec une

ferveur ingénue.

--Vous allez me trouver sentimental, poursuivit Julien; mais un des

traits que j’admire en Saint-Simon, c’est d’avoir ordonné, dans son

testament, qu’on liât après sa mort son cercueil à celui de sa «chère

épouse» par des anneaux et des crochets de fer, afin que leurs corps

fussent unis jusqu’à la Résurrection. Pour ma part, si je me marie

jamais, je ne voudrais qu’un amour de cette trempe, long et fort comme

l’éternité...

Pauline n’entendit pas sans étonnement un langage si nouveau pour elle;

mais elle s’étonna peu de voir, à mesure que Julien s’animait, le

professeur plisser sa bouche d’une moue d’ironie sceptique.

--Voyez, dit tout à coup M. Rude, le joli rayon, derrière nous, là-bas!

En effet, à la chute du jour, tandis que les coteaux de l’Est et la

plaine succombaient sous un brouillard de plus en plus dense où des

cheminées d’usines brandissaient leurs fumées sombres, les nuées du

couchant se fendirent, le soleil apparut, tel qu’un prêtre en chape

rutilante qui s’en va dans l’abside illuminée d’une basilique, et

au-dessus de Saint-Martin un peu de ciel flotta, fugitif et doux. La

coloration de l’air froid communiquait aux visages une sorte de pureté

diaphane. Julien, pour Pauline, en fut transfiguré.

--Voici l’heure, dit-il, que nous aimons en hiver, celle où s’allument

les lampes des boutiques, et les réverbères, un à un, dans la brume, le

long des quais...

--Et l’heure, acheva Edmée, où des étincelles pétillent sur les

fourneaux des marchands de marrons.

Tous rirent de cette saillie et ils reprirent ensemble le chemin de la

ville. Les deux jeunes filles descendaient en avant; Julien suivait, et

Marthe, lasse de la course un peu longue pour des jambes de cinq ans, se

pendait à sa main. Plus haut, dans l’étroit sentier, sonnait le pas

martelé des deux professeurs; la grosse voix de M. Rude roulait comme un

grondement. Il expliquait à son collègue qu’après avoir surveillé cinq

ou six heures par jour les barbouillages de ses élèves, il reprenait,

chaque soir, dans la belle saison du moins, avec une joie d’enfant, son

labeur de peintre:

--Mais, ajoutait-il, je conçois l’exécution d’un tableau comme l’aurait

conçue un disciple de Memling, et vous pensez que de temps j’y mets.

M. Ardel ne lui cacha point qu’à sa place il se fût hâté de produire des

toiles faciles et fructueuses; de la sorte, il vivrait indépendant et se

donnerait tout à son art:

--Non, mon cher, répliqua M. Rude tranquillement. Je suis un pauvre

passeur qui mène d’une rive à l’autre les générations; quand personne ne

vient me quérir sur la berge, je rentre dans ma cahute et je songe à mes

pinceaux.

Pauline, en descendant, contait à Edmée son uniforme existence entre un

père tyrannisé par ses livres et un grand-oncle célibataire, maniaque et

morose, qu’ils avaient recueilli. Elle l’entretenait de leur peine à

trouver une domestique, du logis où ils étaient encore assez mal

installés:

--Votre rue me plairait, observa Edmée, parce que l’église est à deux

pas de chez vous.

Pauline, après un court intervalle, confessa:

--Nous n’avons que faire d’une église; mon père n’est pas croyant, ni

moi non plus...

Elle regarda Edmée, aperçut dans ses yeux affables une désillusion

subite; et pourtant elle ne regretta point de l’avoir avertie sans

réticence; une pointe d’orgueil exaltait sa franchise; si Edmée la

voulait pour amie, elle l’accepterait comme elle était. Mais Julien, à

deux pas derrière, émit d’une voix paisible et pénétrante:

--Si vous saviez quel don c’est de croire!

Elle tourna la tête et riposta durement:

--Ce don-là m’est aussi étranger que les chimères d’un fumeur d’opium.

Julien se rapprocha: bien qu’une émotion vibrât dans sa gorge, il se

maintenait calme au dehors:

--Des chimères! Pour les aveugles-nés, le soleil aussi est une chimère,

ou le serait, s’ils ne croyaient en ceux qui voient.

--C’est possible, trancha Pauline, je suis une aveugle-née.

Un silence d’embarras aurait succédé à ces chocs imprévus, sans une

diversion qui s’offrit.

Ils attendaient au bas de la montée M. Rude et M. Ardel. Un prêtre,

venant de la campagne, passa dans le crépuscule, sur la route. Un

paysan, venant de la ville, ivre et hors d’état d’aller plus loin,

s’était assis au bord du fossé. A la vue de l’ecclésiastique, il montra

le poing, grogna des invectives. Le prêtre s’arrêta en face de cet homme

avec une attitude compatissante:

--Mon ami, lui dit-il, d’où êtes-vous? Voulez-vous que je vous aide à

rentrer? Le froid de la nuit va vous prendre. On vous ramassera mort

demain.

L’ivrogne tenta de se dresser, et tomba sur les genoux; mais il

vociférait:

--Viens ici, feignant de corbeau, que je te fasse ton affaire!

Le prêtre immobile le considéra tristement, puis il s’éloigna. Avant de

disparaître sous le pont du viaduc, il se retourna une fois encore.

Du talus, M. Ardel avait pu l’examiner; un étonnement anxieux

l’attachait à suivre la forme noire qui s’en allait; dès qu’il ne la vit

plus, il dit à M. Rude:

--Tout de même, il y a des rencontres inexplicables. Zoroastre, d’après

la légende, croisa, dans une allée de son jardin, sa propre image, son

double qui déambulait. Ce qui m’arrive est autre. J’ai un frère vicaire

à Lyon; or, ce prêtre, là-bas, lui ressemble comme son fantôme. C’est

son encolure, sa taille, son profil. Matériellement, ce ne peut être

lui, et pourtant c’est lui...

--Il serait facile de s’en assurer, offrit Julien. Si vous me permettez,

je le rattrape et lui demande son nom.

M. Ardel s’y opposa: alors même que son frère, par une fantastique

coïncidence, visitant la région, se fût promené, à cette heure, sur

cette route, il ne tenait pas à le revoir; depuis longtemps ils étaient

brouillés.

Cependant, on se remit en marche. Au passage à niveau, le sifflet

furieux d’un rapide arrivant de Paris les arrêta. Devant eux, les deux

lampes du chariot brûlant coururent le long des parallèles d’acier; le

train roula, trépida, comme un ouragan, dans la fumée, et, avant qu’ils

eussent traversé la voie, le fanal du dernier wagon se perdait au fond

de la nuit tombante.

Pauline en prit occasion pour confier à Edmée son désir des grands pays

lointains que, sans doute, elle ne connaîtrait jamais; elle se

divertissait en lisant des récits exotiques, de même qu’en chantant:

_Cet asile aimable_, d’_Orphée_, elle trouvait l’illusion d’irréels

bocages élyséens.

Leur propos revint à la musique, comme à un des points solides où leurs

enthousiasmes concordaient. Il fut décidé que, le dimanche suivant, M.

Ardel et sa fille iraient en écouter chez les Rude. Pauline se sépara

d’eux, le cœur dilaté d’une joie naïve; avide d’affection, elle

s’élançait à cette sympathie neuve. M. Rude l’attirait par une largeur

de bonté dont son propre père semblait incapable. Elle voyait déjà en

Edmée une sœur élue, et si tendre, si délicate! Quant à Julien, plus

distant, elle ne lui gardait nulle rancune de sa légitime réplique à une

parole vexante: Nous sommes quittes, pensait-elle. Sans être troublée de

son image, elle lui reconnaissait une mystérieuse supériorité, une âme

loyale, ardente que, malgré leurs contradictions, elle aimerait.

Dans le soir funèbre et glacial, elle rentra tout en fête; sa vie

prochaine s’ouvrait comme un champ de roses sous une lune de printemps.

Le baptême de Pauline Ardel · 第 5 / 14 题