--Ce n’est vraiment pas la peine, disait Mme Cousinet à son mari,
d’avoir dépensé tant d’argent pour te faire élire et d’être ensuite
passé de l’opposition dans la majorité pour décrocher finalement un
sous-sous-secrétariat. Haut commissaire de l’éducation physique, cela te
fait une belle jambe! Et à moi donc! J’espérais que tu obtiendrais une
compensation: mon engagement à la Comédie-Française. Ce vieil idiot de
président du Conseil ne veut rien savoir, sous prétexte que cela ferait
scandale. Quel scandale? Ce qui est scandaleux, c’est que moi, Lisette
de Lizac, je ne puisse entrer dans un théâtre subventionné parce que je
suis ta femme... Ah! si j’étais ta maîtresse!
--Tu me l’as déjà dit, répliqua M. Cousinet, songeur.
--Sais-tu ce que je vais faire? Non? Eh bien, je suis fermement décidée
à rentrer au Casino de Paris...
--Tu es folle, ma chérie!
--Mme Cousinet, épouse légitime du haut-commissaire de l’éducation
physique, sur la scène du Casino! Qu’en penses-tu? Et je te prie de
croire qu’on verra qu’elle est bien faite. Après tout, l’éducation
physique, ça consiste à cultiver ses formes. Je te garantis que les
miennes feront honneur à ton haut-commissariat!
--Je t’en prie...
--Il n’y a que moi, ici, pour prouver que l’éducation physique
officielle n’est pas une blague... Je ne parle pas de toi: à force
d’assister à des banquets sportifs, tu prends du ventre, tu t’alourdis,
tu perds ce qui te restait de souffle, tu te décolles complètement. Et
ta troupe de crabes ne vaut pas mieux. Tu n’as pas, dans toute ton
administration, un seul homme présentable. Tous des astèques ou des pots
à tabac!
--Je ne pouvais cependant pas prendre Georges Carpentier comme chef de
cabinet!
--Pourquoi pas?... Enfin, ça aussi, ç’a été une déception pour moi.