Ragoût de Morue à la Provençale

Prenons d'une fine Morue

Cinq cents grammes, si vous voulez;

Et, dès la veille, trempons-les

En onde large, fraîche et crue.

Rissolons quatre gros oignons

Dans le bon saindoux prolétaire;

Et puis à des pommes de terre,

A de bons navets fins, joignons

De blancs haricots à chair tendre

Gonflés par une immersion

Qui retiendra l'attention

Puisqu'au velouté tout doit tendre.

Ces trois objets séparément

Cuits à l'eau,--dans une «cocotte»

En terre--que l'on boycotte

De nos jours, assez bêtement--

Rassemblons-les; poivrons; couvrons;

Salons prudemment, doigts en pinces;

Ajoutons, mis en tranches minces,

Le pied d'ail, cher aux vignerons!

Puis, laissons mijoter l'ensemble

Trois longues heures, doucement

Et sans hâte, le dénouement

S'approchant à ce qu'il nous semble.

Le voici: l'heure est de plonger

Notre morue en la mixture

A plein jus, pour que, d'aventure,

Elle n'y puisse surnager!

Laissons-lui--c'est assez pour elle--

Un quart d'heure de coction

Douce, afin que, comme Ixion,

Feu trop ardent ne la bourelle.

Tout va bien? Oui. Vers ce moment

«La Morue à la Provençale»

Réclame son vrai condiment,

Son César vainqueur à Pharsale!

Son safran! son jaune safran!

Poudrons-en toute la surface!

Qu'elle prenne aussitôt la face

D'un astre d'or, au rayon franc!

Enfin, sur le clair feu de houille,

Remettons notre oeuvre un instant,

Et servons, toujours mijotant,

Ce soleil mis en ratatouille!

Dr L. D.

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Bulletin de Lille, 1916.04 publié sous le contrôle de l'autorité allemande · 第 77 / 125 题