Faulconnier vous m'avés deceue:
comme meschant homme et paillart
je cuidoye estre bien pourveue
de faulconnier gent et gaillart:
mais puis que vous estes regart
sans foy sans craincte et sans raison:
pourchassés vous en autre part
partir vous fault de ma maison.
Seans vous fis parvenir.
et venir
entre mes servans nouveaux
pour duyre/ pour maintenir:
et tenir.
en bon estat mes oyseaulx.
or voy je que les plus beaulx
et leaulx.
mettez a perdiction.
quant par leurres et appeaulx
desleaulx.
avés gasté mon faulcon
gardé l'avés en soraige.
en jeune aage.
et gouverné longuement
puis quant il a pris pennaige
son couraige
est changé ne sçay comment
par vostre advertissement
faulsement
par doulx et subtil langaige
l'avés traicté follement.
tellement
qu'il est devenu ramaige
Quant la dame eut proposee ceste invective contre le faulconnier il
cuida soudainement respondre & faire ses excusacions verbales mais elle
toute indignee luy tourna le dos/ se bouta en sa chambre de parement &
apela certain nombre de gens pour parler d'autre matiere Pourquoy le
faulconnier frustré de son intencion se trouva tant vergongneux qu'il
eust voulu estre mort se partit du lieu tout desperé tout transi/ tout
hebeté chevaucha longue espace sans tenir voye ne sente comme ung homme
privé de sens/ desnué de memoyre despouillé d'entendement/ Regretant sa
vie blasmant sa destinee arguant sa fortune mauldisant les langages de
jalousies execrant les accusacions d'envie/ anathematisant les querelles
de faulx rapport
L'acteur.
Telz sont les faiz du service d'amours
telz sont les tours & assaulx dangereux.
quant on y a employé tous ses jours
et longs & cours on treuve pour secours:
et pour ses jours desplaisir doloureux.
les amoureux sont souvent langoureux
et malheureux par dangier qui les blesse
car en amours a plus deul que liesse.
O folle jeunesse
qui amours embrasse
ta rudde simplesse
ne scet qu'elle brasse.
ne quiers plus la grace
d'amours foyble et vaine
qui suit ceste trace
ne vit pas sans peine.
Comme les deux amans fussent tous deux partiz de la forteresse soubz la
conduite de despoie qui les cuidoit mener jusques aux portes de mort/
l'un tira vers orient l'autre vers occidant & ne sceurent rien l'un de
l'autre car leur partement fut tant soudain qu'ilz n'eurent loysir de
conferer ensemble de leurs besongnes Or chevaucha le faulconnier sans
prendre garde a son chemin sans tenir bride ne rene et sans piquer de
l'esperon fist tant par ses journees qu'il arriva en une maison
champestre laquelle par force de morbe pestilencial estoit totallement
evacuee de gens & de bestes Illec mist pié a terre abandonna son cheval
entra ou domicille/ s'assist sur le bort d'une couche commença a
rememorer son cas ses doleurs/ son infortune Et fut en ceste cogitacion
l'espace de cincq ou six heures sans demander ny a boyre ny a menger
Mais aucunesfoys comme entre deux verdes une meure luy revenoit une
pensee de la beaulté du faulcon & cela luy suffisoit pour opulente &
plentureuse refection Et pour ce que nature humaine ne peut longuement
durer sans aucune reffocillacion ou quietude de la longue atediacion &
multiplicacion des regretz ennuis sur ennuis pleurs sur pleurs & cris
sur cris furent cause de lui fayre cliner la teste & de sommelier ung
petit