Celle des Français peut-être évaluée, savoir

Le 15 et le 16, tués ou blessés, à 11,000

Le 18, tués ou blessés, à 18,000

Prisonniers 8,000

------

37,000

La perte des Français eût été plus considérable sans la généreuse

sollicitude que leur témoignèrent les habitans de la Belgique. Après la

victoire de Fleurus et de Ligny, ils accoururent sur le champ de

bataille, consoler les blessés et leur prodiguer des secours. Rien

n'était plus touchant que le tableau d'une foule de femmes et de jeunes

filles, cherchant à ranimer, par des liqueurs bienfaisantes, la vie

éteinte de nos malheureux soldats, tandis que leurs époux et leurs

frères soutenaient nos blessés dans leurs bras, épanchaient leur sang,

et fermaient leurs blessures.

La précipitation de notre marche ne nous avait pas permis de faire

préparer des transports et des ambulances pour recevoir nos blessés. Les

sensibles et bons habitans de la Belgique y pourvurent avec

empressement. Ils enlevèrent nos pauvres Français du champ de bataille,

et leur offrirent un asile et tous les soins qui leur étaient

nécessaires.

Lors de notre retraite, ils nous prodiguèrent des témoignages d'intérêt

non moins attendrissans et non moins précieux. Bravant la colère des

féroces Prussiens, ils quittèrent leurs foyers pour nous enseigner les

issues propices à notre fuite, pour diriger notre marche à travers les

colonnes ennemies; quand ils se séparaient de nous, ils nous suivaient

encore des yeux, et nous exprimaient au loin combien ils étaient heureux

d'avoir pu nous sauver.

Lorsqu'ils surent qu'un grand nombre de Français étaient restés

prisonniers du vainqueur, ils s'empressèrent de leur offrir et de leur

prodiguer des consolations et des secours.

Le prince d'Orange lui-même, aussi redoutable au fort des combats que

magnanime après la victoire, devint le protecteur zélé d'une foule de

braves qui, ayant appris sur le champ de bataille à l'estimer, avaient

invoqué noblement son appui.

Enfin, pour acquitter complétement la dette de la reconnaissance, à

l'époque de douloureuse mémoire où les persécutions, l'exil, la mort,

forcèrent tant de Français de fuir le sol de la patrie, les habitans de

la Belgique, toujours sensibles, toujours bienfaisans, ouvrirent leurs

portes hospitalières à nos infortunés proscrits; et plus d'un brave,

déjà préservé par eux de la vengeance de l'étranger, fut une seconde

fois soustrait par leurs mains généreuses à la fureur d'ennemis plus

implacables encore.]

[51: Je dis 50,000 hommes, car plus de 10,000 hommes de la garde ne

prirent point de part à l'action.]

[52: Ce trait m'a été raconté; mais en voici un dont j'ai été témoin. Un

cuirassier, au fort de la bataille, avait eu les bras hachés à coups de

sabre; «je vais me faire panser, dit-il, en écumant de rage, si je ne

puis me servir de mes bras, je me servirai de mes dents... je les

mangerai!»]

[53: Parmi ces lettres imprimées, il s'en trouve une de moi écrite de

Bâle à l'Empereur au sujet de M. Werner.]

[54: M. de Flahaut voyait juste, car il paraît certain que le maréchal

Grouchy avait eu des pourparlers avec les alliés, et qu'un arrangement,

à la manière du duc de Raguse, allait être signé, lorsque le général

Excelmans fit arrêter le colonel Prussien envoyé au maréchal pour

conclure le traité déjà convenu.]

[55: Cet avis était faux.]

[56: On voit combien est injuste le reproche fait à Napoléon d'avoir,

dans ce bulletin, trahi la vérité et calomnié l'armée.]

[57: Nom donné à la partie des pays qui avoisinent les côtes.]

[58: Cette affaire et la mort de La Roche-Jaquelin eurent lieu le 11

juin, et ne furent connues à Paris que le 19.]

[59: Cette résolution fut envoyée également à la chambre des pairs, mais

la chambre, reconnaissant qu'elle n'avait pas le droit de mander les

ministres, se borna, _vu les circonstances_, à donner son approbation

aux trois premiers articles.]

[60: Le duc d'Otrante en effet écrivit à M. Manuel.]

[61: Cette réponse fut tronquée par le président; la voici dans toute

son intégrité.]

[62: On ne lui avait point donné, dans cette délibération, le titre

d'Empereur. On s'était borné à le nommer Napoléon Bonaparte.]

[63: La chambre des pairs se trouvait par conséquent anéantie et exclue

de toute participation au gouvernement.]

[64: Conformément aux ordres qui lui avaient été donnés, le maréchal

Grouchy s'était borné, dans la journée du 17, à observer les Prussiens;

mais il ne l'avait point fait avec l'ardeur et la sagacité qu'on avait

lieu d'attendre d'un général de cavalerie aussi consommé. La timidité

avec laquelle il les poursuivit, leur inspira sans doute l'idée de se

porter impunément sur les derrières de l'Empereur.

Le 18, à neuf heures du matin seulement, il quitta ses cantonnemens pour

marcher sur Wavres; parvenu à la hauteur de Valhain, il entendit la

canonnade de Mont-Saint-Jean; sa vivacité, toujours croissante, ne

permettait pas de douter que l'affaire ne fût excessivement sérieuse. Le

général Excelmans proposa de marcher au canon par la rive gauche de la

Dyle. «Ne sentez-vous donc point, dit-il au maréchal, que le canon fait

trembler la terre sous vos pas? marchons droit au lieu où l'on se bat!»

Ce conseil, qui aurait sauvé l'armée, s'il eût été suivi, ne le fut pas.

Le maréchal continua lentement ses mouvemens: à deux heures, il arriva

devant Wavres. Les corps des généraux Vandamme et Gérard cherchèrent à

s'ouvrir un passage, et perdirent inutilement du monde et du tems. À

sept heures du soir, il reçut, suivant sa déclaration, l'ordre du

major-général de marcher sur Saint-Lambert et d'attaquer Bulow; ce

qu'aurait dû lui suggérer plus tôt l'épouvantable canonnade de Waterloo

et l'ordre _donné par la première dépêche reçue le matin_, de se

rapprocher de la grande armée, et de se mettre avec elle en rapport

d'opération. Il le fit alors. Il fut passer la Dyle au pont de Limale,

et s'empara des hauteurs sans éprouver de résistance; mais la nuit étant

survenue, il s'arrêta.

À trois heures du matin, le général Thielman voulut essayer de faire

repasser la Dyle à nos troupes; il fut repoussé victorieusement. La

division Teste, la cavalerie du général Pajol, le forcèrent d'évacuer

Bielge et Wavres. Le corps de Vandamme tout entier passa la Dyle, enleva

Rosieren et s'établit en maître sur la route de Wavres à Bruxelles.

Le maréchal Grouchy, quoique l'Empereur lui eût recommandé d'entretenir

les communications et de lui donner fréquemment de ses nouvelles, ne

s'était nullement inquiété de ce qui s'était passé à Mont-Saint-Jean, et

il se disposait à continuer aveuglément ses mouvemens, lorsqu'un

aide-de-camp du général Gressot vint annoncer (il était midi) les

désastres de la veille. Le maréchal sentit alors, mais trop tard,

l'horrible faute qu'il avait commise, en restant nonchalamment sur la

rive droite de la Dyle. Il opéra sa retraite, sur deux colonnes, par

Temploux et Namur.

Le 20 au matin, son arrière-garde fut assaillie et entamée, la division

Teste, la cavalerie d'Excelmans, rétablirent l'ordre. Le 20e de dragons

et son digne colonel le jeune Briqueville reprirent à l'ennemi deux

pièces qu'ils nous avaient enlevées; le général Clary et ses hussards

sabrèrent sa cavalerie. L'armée gagna tranquillement Namur.

L'infatigable division du général Teste fut chargée de défendre cette

ville, et elle s'y maintint glorieusement jusqu'à ce que nos bagages et

nos blessés l'eussent évacuée, et que nos troupes se fussent mises en

sûreté, sur les hauteurs de Dinan et de Bouvine.

Le 22, toute l'armée était réunie à Rocroi. Le 24, elle fit sa jonction

avec les restes de Mont-Saint-Jean que l'Empereur avait ordonné de

diriger sur Rheims. Le 25, elle marcha sur la capitale. Pendant sa

retraite, elle fut en butte aux attaques acharnées des Prussiens. Elle

les repoussa toutes avec vigueur et fermeté. Le noble désir de réparer

le mal involontaire qu'elle nous avait fait à Mont-Saint-Jean,

enflammait les âmes de la plus vive ardeur; et peut-être cette armée de

braves aurait-elle changé sous les murs de Paris, les destinées de la

France, si l'on n'eût point comprimé ou trahi les inspirations de son

patriotisme et de son généreux désespoir.]

[65: Celui de forcer Napoléon à abdiquer.]

[66: La plupart des pairs avaient des commandemens dans l'armée.]

[67: Expressions littérales de la commission du général Beker.]

[68: Je me hâte de rendre ici au général l'hommage qu'il mérite; il sut

parfaitement concilier son devoir avec les égards et le respect dus à

Napoléon et à son malheur.]

[69: Sa cour, jadis si nombreuse, n'était plus habituellement composée

que du duc de Bassano, du comte de Lavalette, du général Flahaut, et des

personnes qui devaient partir avec lui, telles que ses officiers

d'ordonnance, le général Gourgaud, les comtes de Montholon, de Lascases,

et le duc de Rovigo. Le dévouement qui portait ce dernier à suivre

Napoléon, était d'autant plus honorable que Napoléon, lors de son retour

de l'île d'Elbe, lui reprocha fort durement de l'y avoir négligé. Il

passe cependant dans l'opinion (et c'est bien à tort) pour être un des

artisans du 20 Mars; mais dans tous les tems, il eut à se plaindre de

l'opinion. Elle lui impute une foule d'actions méchantes auxquelles il

ne prit véritablement aucune part, et que souvent même il s'efforça

d'empêcher. L'Empereur l'employait à toutes mains, parce qu'il lui

trouvait un jugement hardi et net, un esprit fin, et une grande habileté

pour apercevoir les conséquences d'une chose, et prendre lestement un

parti. On a jeté des soupçons défavorables sur les motifs qui

déterminèrent Napoléon à lui confier le ministère de la police; il ne

fut appelé à ce poste important que parce que l'Empereur avait

l'expérience de l'infidélité du duc d'Otrante qui lui échappait dans

toutes les occasions difficiles, et qu'il voulut le remplacer par un

homme d'un dévouement éprouvé, par un homme qui, étranger à la

révolution, et n'ayant aucun parti à ménager, pût ne servir que lui et

faire son devoir sans tergiversation.]

[70: Cette épithète n'était point une insulte dans la bouche de

Napoléon. Il s'en servait habituellement, même avec ses ministres,

lorsqu'ils montraient de l'irrésolution.]

[71: Les inquiétudes que lui ont donné la terreur de 1815, l'ont

conduite au tombeau. Qu'on me pardonne ces détails et cette note.]

[72: Détails communiqués.]

[73: C'est-à-dire, marqua avec des épingles les positions des ennemis.]

[74: L'Empereur instruit des manoeuvres de M. Fouché, dit: «il est

toujours le même, toujours prêt à mettre son pied dans le soulier de

tout le monde.»]

[75: Ces résolutions consistaient dans l'envoi du général Beker à la

Malmaison pour y garder à vue Napoléon.]

[76: La Chambre vota, le 2 juillet, une adresse aux Français. Cette

adresse, morte en naissant, avait rapport à la situation politique de la

France vis-à-vis des alliés. Elle m'a paru offrir peu d'intérêt, et j'ai

cru devoir me dispenser d'en faire une mention spéciale. Elle donna lieu

cependant à un incident remarquable. M. Manuel, rédacteur principal de

cette adresse, n'avait pas jugé convenable d'y parler du successeur de

l'Empereur, et la chambre décida qu'on ajouterait dans l'adresse, que

NAPOLÉON II avait été appelé à l'Empire.]

[77: On sent que je raisonne ici, comme partout ailleurs, dans le sens

du mandat donné à la commission.]

[78: Ces dépêches n'ayant aujourd'hui aucun intérêt, je ne les

rapporterai point.]

[79: Si l'on en croit la déclaration de Macirone, confirmée par le

témoignage de deux autres agens secrets, MM. Maréchal et St. Jul***, le

duc d'Otrante écrivit à lord Wellington par une lettre dont M. Macirone

fut porteur, et qu'il cacha dans ses bas, que l'exaltation des fédérés

et des Bonapartistes était au comble et qu'il ne serait plus possible de

les contenir, si le duc de Wellington ne se hâtait de venir mettre fin à

leurs fureurs par l'occupation de Paris.]

[80: Ce fut dans ce moment, que l'Empereur déclara au gouvernement qu'il

était sûr d'écraser l'ennemi, si on voulait lui confier le commandement

de l'armée.]

[81: _Adresse de l'armée à la Chambre des Représentans._

Représentans du peuple,

Nous sommes en présence de nos ennemis; nous jurons entre vos mains

et à la face du inonde, de défendre jusqu'au dernier soupir, la

cause de notre indépendance et l'honneur national. On voudrait nous

imposer les Bourbons, et ces princes sont rejetés par l'immense

majorité des Français. Si on pouvait souscrire à leur rentrée,

rappelez-vous, Représentans, qu'on aurait signé le testament de

l'armée, qui, pendant vingt années, a été le _palladium_ de

l'honneur français. Il est à la guerre, surtout lorsqu'on la fait

aussi longuement, des succès et des revers. Dans nos succès, on

nous a vus grands et généreux; dans nos revers, si on veut nous

humilier, nous saurons mourir.

Les Bourbons n'offrent aucune garantie à la nation. Nous les avions

accueillis avec les sentimens de la plus noble confiance; nous

avions oublié tous les maux qu'ils nous avaient causés par un

acharnement à vouloir nous priver de nos droits les plus sacrés. Eh

bien, comment ont-ils répondu à cette confiance? Ils nous ont

traités comme rebelles et vaincus.

Représentans, ces réflexions sont terribles, parce qu'elles sont

vraies. L'inexorable histoire racontera un jour ce qu'ont fait les

Bourbons pour les remettre sur le trône de France; elle dira aussi

la conduite de l'armée, de cette armée essentiellement nationale;

et la postérité jugera qui mérita le mieux l'estime du monde.

Au camp de la Villette, 30 juin 1815, 3 heures après midi.

_Signé_, le maréchal ministre de la guerre, prince d'ECKMUHL, le

général en chef comte VANDAMME; les lieutenans généraux comte

PAJOL, baron FREYSSINET, comte ROGUET, BRUNET, baron LORCET,

AMBERT; les maréchaux de camp comte HARLET, PETIT, baron

CHRISTIANI, baron HENRION, Marius CLARY, CHARTRAN, CAMBRIEL,

JEANNET, le major GUILLEMAIN.

]

[82: On voit, d'après ce passage, que Wellington avait sans doute

communiqué au prince Blucher la lettre de M. Fouché.]

[83: Cette proclamation est du duc d'Otrante.]

[84: Elles furent publiées par ordre de la chambre.]

[85: Les événemens ont justifié la prudence des maréchaux; mais je ne

juge pas les événemens, je les expose.]

[86: Le 23 Juin, M. Carnot, après avoir déposé à la chambre des pairs

l'acte d'abdication de l'Empereur, entra dans quelques détails sur

l'état de l'armée. Le maréchal Ney se leva et dit... «Ce que vous venez

d'entendre est faux, de toute fausseté. Le maréchal Grouchy et le duc de

Dalmatie, ne sauraient rassembler soixante mille hommes... le maréchal

Grouchy n'a pu rallier que sept à huit mille hommes; le maréchal Soult

n'a pu tenir à Rocroy; vous n'avez plus _d'autre moyen_ de sauver la

patrie, que les négociations.» M. Carnot et le général de Flahaut

réfutèrent sur-le-champ cette imprudente dénégation. Le général Drouot

acheva de foudroyer le maréchal à la séance suivante... «J'ai vu avec

chagrin, dit-il ce qui a été dit pour affaiblir la gloire de nos armées,

exagérer nos désastres ou diminuer nos ressources. Je dirai ce que je

pense, ce que je crains, ce que j'espère; vous pouvez compter sur ma

franchise. Mon attachement à l'Empereur ne peut être douteux; mais avant

tout et par dessus tout, j'aime ma patrie.» Le général fit alors un

récit avéré et véridique des batailles de Ligny et de Mont-St.-Jean; et

après avoir justifié l'Empereur des torts qu'on cherchait indirectement

à lui imputer, il reprit: «tel est l'exposé de cette funeste journée;

elle devait mettre le comble à la gloire de l'armée française, détruire

toutes les vaines espérances de l'ennemi, et peut-être donner

très-prochainement la paix à la France... Mais le ciel en a décidé

autrement... Quoique nos pertes soient considérables, notre position

n'est cependant pas désespérée; les ressources qui nous restent sont

bien grandes, si nous voulons les employer avec énergie... une semblable

catastrophe ne doit pas décourager une nation grande et noble comme la

nôtre... Après la bataille de Cannes, le sénat Romain vota des

remerciemens au général vaincu, parce qu'il n'avait point désespéré du

salut de la république, et s'occupa sans relâche de lui donner les

moyens de réparer les désastres qu'il avait occasionnés... Dans une

circonstance moins critique, les représentans de la nation se

laisseront-ils abattre? et oublieront-ils les dangers de la patrie pour

s'occuper de discussions intempestives au lieu de recourir à un remède

qui assure le salut de la France.]

[87: Les plénipotentiaires, partis de Laon le 26 juin, arrivèrent le 1er

juillet au quartier général des souverains alliés à Haguenau.

Les souverains ne jugèrent point convenable de leur accorder d'audience,

et nommèrent pour les entendre: l'Autriche, le comte de Walmoden; la

Russie, le comte de Capo d'Istria; la Prusse, le général Knesbeck;

l'ambassadeur d'Angleterre, lord Stewart, n'ayant point de pouvoir _ad

hoc_, fut invité simplement à assister aux conférences.

Lord Stewart ne manqua point, ainsi que les instructions donnés aux

plénipotentiaires l'avaient prévu, de contester la légitimité de

l'existence des chambres et de la commission, et demanda aux députés

Français, de quel droit la nation prétendait expulser son Roi et se

choisir un autre souverain?

«Du droit, lui répondit M. de La Fayette, qu'eut la Grande-Bretagne de

déposer Jacques, et de couronner Guillaume.»

Cette réponse ferma la bouche au ministre anglais.

Les plénipotentiaires, avertis par cette question des dispositions des

alliés, s'attachèrent moins à obtenir Napoléon II qu'à repousser Louis

XVIII. Ils déclarèrent, dit-on, que la France avait pour ce souverain et

sa famille une aversion invincible, et qu'il n'était aucun prince

qu'elle ne consentît à adopter, plutôt que de rentrer sous leur

domination. Ils insinuèrent enfin, que la nation pourrait agréer le duc

d'Orléans, ou le roi de Saxe, s'il ne lui était pas possible de

conserver le trône au fils de Marie-Louise.

Les ministres étrangers, après quelques pourparlers insignifians,

terminèrent poliment la conférence; et le soir les plénipotentiaires

français furent congédiés par la note ci-après.

_Haguenau, 1er Juillet._

«D'après la stipulation du traité d'alliance qui porte qu'aucune des

parties contractantes ne pourra traiter de paix ou d'armistice que d'un

commun accord, les trois cours, qui se trouvent réunies, l'Autriche, la

Russie et la Prusse, déclarent ne pouvoir entrer présentement dans

aucune négociation; les cabinets se réuniront aussitôt qu'il sera

possible.

«Les trois puissances regardent comme une condition essentielle de la

paix et d'une véritable tranquillité, que Napoléon Bonaparte soit hors

d'état de troubler, dans l'avenir, le repos de la France et de l'Europe;

et d'après les événemens survenus au mois de mars dernier, _les

puissances doivent exiger que Napoléon Bonaparte soit remis à leur

garde_.

(Signé) WALMODEN, CAPO D'ISTRIA, KNESBECK.]

[88: Cette constitution, calquée sur l'acte additionnel, n'en différait

que par l'abolition de la noblesse héréditaire, et encore M. Manuel qui

développa dans cette discussion un talent du premier ordre, était-il

d'avis que la noblesse ne fût point supprimée, comme étant

essentiellement nécessaire dans une monarchie. Si j'avais à faire

l'éloge de l'acte additionnel et le procès à ses contempteurs, je me

bornerais à leur nommer cette constitution.]

[89: Cette chambre, depuis l'abdication de Napoléon, ne fut plus qu'une

superfétation. Le départ des pairs qui faisaient partie de l'armée,

acheva de la plonger dans une nullité absolue. Sans patriotisme, sans

énergie, elle se bornait à sanctionner de mauvaise grâce les mesures

adoptées par les représentans. M. Thibaudeau, M. de Ségur, M. de Bassano

et quelques autres, s'élevèrent seuls à la hauteur des circonstances; M.

Thibaudeau se fit particulièrement remarquer, le 28 juin et le 2

juillet, par deux discours sur notre position politique, qui furent

regardés alors et le seront long-tems encore, comme de beaux monumens de

courage, de patriotisme et d'éloquence.]

[90: Je rappelle ici l'observation précédente, que je me borne à

raconter les faits, sans les juger.]

[91: Le 8 juillet, M. de Vitrolles fit insérer dans le _Moniteur_

l'article officiel suivant.

«_Paris, ce 7 juillet_.--La commission de gouvernement a fait

connaître au Roi, par l'organe de son président, qu'elle venait de

se dissoudre.»

Cet article, composé dans le dessein de faire croire à la France et

à l'Europe que la commission avait déposé volontairement son

autorité dans les mains du Roi, excita les vives réclamations du

duc de Vicence. Incapable de transiger avec son devoir, avec la

vérité, il se rendit sur-le-champ chez le ministre du Roi (le duc

d'Otrante), lui reprocha durement d'avoir compromis la commission,

et lui déclara qu'il ne sortirait point de chez lui sans avoir

obtenu son désaveu formel. Le ministre protesta que cet article

n'était point son ouvrage, et consentit à le désavouer.

Le comte Carnot, le Baron Quince, le général Grenier, s'étant

joints au duc de Vicence, ce dernier écrivit dans le cabinet du duc

d'Otrante, la lettre ci-après, dont il est inutile, je pense, de

faire remarquer la hardiesse et la fermeté.

«Monsieur le duc, la commission du gouvernement n'ayant pu ni dû

charger votre Excellence d'aucune mission en se retirant, nous le

prions de faire désavouer l'article inséré au _Moniteur_ de ce jour

8 juillet, et d'obtenir l'insertion de notre dernier message aux

deux chambres.

(Signé) CAULINCOURT, CARNOT, QUINETTE GRENIER.

Le duc d'Otrante répondit à cette lettre, par la déclaration que voici:

«Messieurs, la commission du gouvernement s'étant dissoute le 7

juillet, tout acte émané d'elle, postérieurement à son message aux

chambres, est nul, et doit être regardé comme non avenu.

«Votre réclamation contre l'article inséré dans le _Moniteur_ du 8

juillet est juste; je le désavoue comme nullement fondé, et publié

sans mon autorisation.

(Signé) LE DUC D'OTRANTE.

]

[92: Paroles recueillies par M. de Lascases.]

[93: Au même moment, Louis XVIII entra à Paris. Par une autre

singularité assez remarquable, ce fut également le jour de la première

entrée du Roi dans la capitale que l'Empereur se rendit à bord du brick

qui le conduisit à Porto-Ferrajo.]

Les Cent Jours (2/2) Mémoires pour servir à l'histoire de la vie privée, du retour et du règne de Napoléon en 1815. · 第 49 / 49 题