RÉSUMÉ DES CAMPAGNES DU MARÉCHAL BUGEAUD.

Année 1841. Campagne du printemps.

Les instructions du lieutenant général Bugeaud lui prescrivant de

poursuivre la destruction de la puissance de l'Émir, son premier soin

fut de choisir de bonnes bases d'opération.

Ces bases d'opération, choisies dans la ligne centrale (ligne intérieure

du Tell) furent: Médéah et Milianah pour la province d'Alger, Mostaganem

pour la province d'Oran.

Les ravitaillements de Médéah et Milianah sont, en conséquence, le

prélude de la campagne.

Le 18 mai, la campagne du printemps commence.

De ces nouvelles bases, les colonnes du maréchal se dirigent vers le

Sud. Le maréchal s'empare d'abord de Tegedemt une des meilleures places

de l'Émir (25 mai). De Tegedemt, le gouverneur général marche sur

Mascara, dont il se rend maître également (30 mai), puis il revient à

Mostaganem.

Au même moment, le général Baraguey d'Hilliers détruisait Boghar (23

mai), puis Thaza (26 mai), pendant que le général Négrier détruisait

l'influence d'Abd-el-Kader à Msilah (28 lieues de Sétif.)

En résumé:

La campagne du printemps était terminée: des combats heureux, dans

lesquels l'ennemi éprouva des pertes considérables, l'invasion de pays

qui nous étaient encore inconnus, la capture de nombreux troupeaux,

des récoltes abondantes de céréales, _la création de bases importantes

munies de garnisons agissantes_, enfin, la destruction de Tegedemt, de

Boghar, de Thaza, la prise et l'occupation de Mascara, tels avaient été

ses résultats.

Campagne d'automne.

Le gouverneur général arrive à Mostaganem le 19 septembre pour la

diriger.

Le 21, il sort de Mostaganem, se dirigeant vers le Chéliff pour appuyer

Hadj-Mustapha (fils de l'ancien bey Osman) que les succès de la campagne

du printemps avaient permis de nommer bey de Mostaganem et de Mascara.

Le gouverneur général pénètre, à la poursuite des tribus hostiles,

dans les montagnes de Sidi-Yahia, où les Turcs n'avaient jamais osé

s'engager. Après une forte razzia, la colonne rentre à Mostaganem.

En même temps, le général de Lamoricière opérait le ravitaillement de

Mascara.

Le corps expéditionnaire se porte ensuite au sud de Mascara, détruit le

village de la Guetna, berceau de la famille d'Abd-el-Kader, et renverse

le fort de Saïda.

Enfin, le général de Lamoricière, commandant de la province d'Oran,

reçoit l'ordre d'établir son quartier général à Mascara même.

En résumé:

De grands progrès sont accomplis pendant cette première année

de commandement du général Bugeaud. La guerre a changé de face;

Abd-el-Kader se voit réduit à la défensive; tandis qu'il venait, à la

fin de 1839, incendier nos établissements non loin d'Alger, il a essayé

vainement, en 1841, de défendre les siens, détruits et brûlés jusque sur

la limite du désert.

Année 1842. Campagne du printemps.

Le gouverneur général part de Mostaganem le 14 mai, rallie à sa colonne

2,300 cavaliers arabes de la basse Mina; et remonte la vallée du

Chéliff, allant à la rencontre du général Changarnier, parti de

Milianah. Pendant cette marche, il obtient de nombreuses soumissions.

Après s'être rejointes, les deux colonnes se séparent de nouveau pour

envelopper dans un grand mouvement combiné les tribus de l'Atlas entre

Milianah et Médéah. Le 9 juin, le mouvement est achevé et le lendemain

une grande partie des tribus envoient leur soumission.

Résumé:

«Le cercle de granit qui enveloppe la Mitidja est brisé... j'entends

par là cette chaîne de montagnes que peuplent des Kabyles hostiles et

belliqueux qui nous tenaient étroitement bloqués et qui rendaient si

difficiles nos convois sur Médéah et Milianah.» (Le lieutenant général

Bugeaud au Ministre de la Guerre.--Alger, 13 juin 1842.--Archives du

Dépôt général de la guerre.)

Sauf la tribu des Beni-Menacer, toute la montagne était conquise depuis

les Beni-Salah (sources de l'Harratch) jusqu'à Cherchell. Le général

Bugeaud se flattait d'avoir facilement raison de l'autre quart de cercle

des montagnes que forme l'Atlas entre les sources de l'Harratch et

l'embouchure de l'Isser. «Alors, nous aurons autour de la Mitidja

l'obstacle continu qui convient à une grande nation comme la nôtre...

Les montagnards garderont longtemps le souvenir de la rude guerre que

nous leur avons faite, et cette pensée gardera mieux la Mitidja qu'un

misérable fossé garni de blockhaus... etc...» (Le lieutenant général

Bugeaud au Ministre de la Guerre.--Alger, 13 juin 1842.)

Il faut ajouter que l'arrivée du général Bugeaud à Blidah, amenant avec

lui 2,300 cavaliers arabes pris dans les diverses tribus soumises de

l'Ouest, dut produire un immense effet moral et politique sur les tribus

encore insoumises.

Campagne d'automne.

Expédition contre Ben-Salem, par le gouverneur général.

La campagne d'automne nous laisse dans la situation suivante:

Du pied du Jurjura à une ligne tirée de l'embouchure de l'Oued-Ruina

dans le Chéliff jusqu'à Thaza et le désert, tout le pays est

soumis et commerce avec Alger. Il en est de même de tout le pays

compris entre la Mina, la frontière du Maroc et le désert.

La guerre se trouve ainsi concentrée entre le Chéliff et la Mina, sur un

carré d'environ 25 lieues de côté. Or, comme il y a environ 150 lieues

du Jurjura à la frontière du Maroc, il en résulte qu'Abd-el-Kader a

perdu les cinq sixième de ses États, tous ses forts ou dépôts de guerre,

son armée permanente et une partie du prestige qui l'entourait encore en

1840.

Campagne d'hiver.

Expédition contre Abd-el-Kader, par le gouverneur général.

Abd-el-Kader s'étant établi dans la chaîne de montagnes de

l'Ouarensenis, le maréchal se décide à une campagne d'hiver (24

novembre--17 décembre). A la fin de cette campagne, Abd-el-Kader n'avait

plus à sa disposition que quelques tribus comprises entre Tegedemt,

notre aghalick du sud de Milianah, la chaîne de l'Ouarensenis et le

désert.

Résumé général.

A la fin de 1842, tout, dans la province de Tittery, était soumis et

organisé jusqu'au désert. L'aghalick du sud, de même que les aghalicks

du sud et de l'ouest de l'ancien gouvernement de Sidi M. Barck,

seuls exigeaient encore de temps à autre la présence de nos troupes.

Au-dessous de Milianah, toutes les tribus de la vallée du Chéliff

étaient sérieusement soumises. Presque tous les Kabyles, jusqu'à Tenez,

s'étaient réunis sous un chef dont le dévouement à la France était

connu. La ville de Mazouna s'était repeuplée. Entre Tenez et Cherchell,

il restait quelques tribus kabyles à réduire. La soumission était réelle

et bien assurée dans tout l'Atlas, depuis l'Arba jusqu'à Cherchell. Une

égale sécurité régnait dans le carré entre Oran et Tlemcen, Mascara et

Mostaganem. La construction de ponts sur le bas Chéliff et sur la

Mina devant favoriser l'action de notre autorité, les reconnaissances

nécessaires dans ce but avaient été faites. Enfin, la possibilité des

communications entre Bône et Philippeville était constatée, et des

troupes établies dans l'Édough, continuant la route stratégique déjà

ouverte dans cette contrée par les soins du général Randon, préparaient

les moyens d'entreprendre l'exploitation des riches forêts qui couvrent

cette montagne.

Année 1843. Campagne du printemps.

Abd-el-Kader avait su profiter habilement de la retraite forcée de nos

troupes. (Il n'y avait pas encore d'établissement ni de dépôt de vivres

dans la vallée du Chéliff, le Dahra et l'Ouarensenis). Il reparut dès

le mois de janvier 1843 et porta l'insurrection jusqu'aux portes

de Cherchell, menaçant de l'étendre dans tout l'Atlas, autour de la

Mitidja.

Le gouverneur général jette les bases d'Orléansville et de Tenès, puis

il pénètre dans le pays soulevé par Abd-el-Kader avec trois colonnes. La

marche simultanée de ces colonnes arrête les progrès de l'Émir. La ville

d'Haïnda est brûlée; Abd-el-Kader est refoulé dans les monts Gouraïa, et

les tribus sont ramenées à la soumission.

L'Émir en retraite est poursuivi par le duc d'Aumale à la tête

d'une colonne légère de 500 cavaliers. Le prince rencontre la smalah

d'Abd-el-Kader près de Taguin; elle comptait plus de 5,000 combattants:

«C'était, dit le général Bugeaud, une grande ville ambulante, qu'on

pouvait considérer comme la capitale de l'empire arabe.» (Le lieutenant

général Bugeaud au Ministre de la guerre.--Alger, 28 juillet 1848.) La

petite colonne du prince lui tue 300 hommes, prend 4 drapeaux, un canon,

un immense butin et ramène près de 4,000 prisonniers. Coup funeste porté

à la fortune d'Abd-el-Kader.

Au mois de juin, une seconde expédition, conduite par le gouverneur

général dans l'Ouarensenis, achève de soumettre ce pays à l'obéissance,

et amène une première organisation sous un chef dévoué à la France,

l'agha Hadj-Ahmed-Ben-Salah.

Campagne d'automne.

A peine les colonnes françaises étaient-elles rentrées à Milianah et

à Orléansville qu'il se formait dans l'Ouarensenis une association des

principaux chefs arabes de ces contrées ayant pour but de relever le

drapeau d'Abd-el-Kader.

Le gouverneur général envahit de nouveau les montagnes avec quatre

colonnes et eut bientôt forcé les chefs ligués à faire leur soumission.

Le commandement de l'Ouarensenis fut maintenu à l'agha Ben-Slah, moins

influent, il est vrai, mais plus sûr que les chefs soumis.

Le poste de Teniet-el-Had (3e ligne) était en même temps établi par

le général Changarnier et celui de Tiaret (3e ligne) par le général de

Lamoricière.

Résumé:

La smalah d'Abd-el-Kader prise.

Le Dahra, la vallée du Chéliff, la plus grande partie de l'Ouarensenis

soumis.

Les bases de quatre établissements nouveaux jetées; (Orléansville,

Tenès, Teniet-el-Had et Tiaret.)

D'autre part:

Par suite de la plus grande sécurité, développement plus rapide de la

colonisation. 65,000 colons à la fin de 1843, au lieu de 44,531 à la fin

de 1842.

Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps (Tome 7) · 第 24 / 43 题