(A) L'orthographe du nom de l'abbé de l'Épée a été l'objet d'une
discussion intéressante, à l'époque où l'on s'occupait de l'érection de
sa statue à Versailles.
_Lespée_, c'est ainsi que ce nom est signé par son père dans l'extrait
du registre de 1712 des actes de l'état civil de la ville de Versailles,
que nous rapportons textuellement plus bas. _Lespée_, c'est ainsi qu'il
est écrit encore au frontispice _d'un petit livre pour étudier les
règles du jeu de trictrac_, qui porte le millésime de 1698, et qu'une
des nièces du célèbre instituteur, madame la comtesse de Courcel, a bien
voulu me communiquer il y a onze ou douze ans. Mais à cette orthographe
nous opposons, non-seulement celle de la signature qu'on lit au bas
d'une lettre autographe par lui adressée à l'abbé Salvan, son élève, et,
comme lui, instituteur des sourds-muets, mais encore celle du nom de _de
l'Épée_ retrouvé sur un livre dont il fit don à _Anne-Catherine
Dessales, sourde-muette, pour récompense de la science dont elle avait
donné des preuves dont un exercice public à Paris, le 8 août 1779_.
D'ailleurs, n'avons-nous pas plus d'un exemple de ces altérations
d'orthographe?
L'empereur Napoléon, qui s'appelait d'abord _Buonaparte_ (un nom
italien), ne signa-t-il pas _Bonaparte_ dès qu'il se vit investi du
commandement de l'armée d'Italie?
A la vue de la noble particule, précédant le nom de notre héros
pacifique, quelqu'un osera-t-il accuser sa vanité? Mais qui donc ignore
que son humilité était devenue proverbiale?
(3e Arrondissement de Seine-et-Oise.)