MALINES.--LOUVAIN.--AUDENARDE.

La Grand'Place.--La Tour géante de Saint-Rombaut.--Un grand palais

ruiné.--Vieux logis.--Orfèvrerie de pierres à Louvain.--L'Eglise

Saint-Pierre.--Autres tours géantes écroulées.--L'Université.--La

Grand'Place d'Audenarde et l'Hôtel de ville.--Notre-Dame de Pamele.

La dominante architecturale de Malines, ce n'est pas un beffroi de

maison communale, c'est un clocher d'église: la très grosse et très

haute tour de Saint-Rombaut. La vieille cité catholique, la vieille

ville des dentelles,--très abandonné, le fuseau des dentellières,--bien

que modernisée sur ses grandes voies, conserve, dans les quartiers

serrés du centre, assez de vieux édifices pour faire cortège à son

imposante cathédrale au formidable clocher.

[Illustration: MALINES.--ANCIEN ÉCHEVINAGE.]

La Dyle, une rivière pas bien large, tourne et retourne à travers les

maisons et se divise en plusieurs bras. De temps en temps, on trouve un

pont, une percée dans les vieilles murailles, c'est la Dyle qui passe et

disparaît sous des voûtes, sous des bâtisses désordonnées, sous des

verdures, dans des cours et des jardins.

[Illustration: MALINES.--ANCIENNES HALLES ET PALAIS DU GRAND CONSEIL,

AVANT LEUR RESTAURATION.]

La Grand'Place, qui se prolonge à droite et à gauche par d'autres

places, est admirablement encadrée de très beaux monuments. On trouve

d'un côté les Halles, ou plutôt le bâtiment composé des Vieilles Halles

et du palais bâti par Charles-Quint pour le Grand Conseil. A gauche,

l'ancienne Maison échevinale; en face, une rangée de belles maisons du

seizième siècle, accompagnant un Hôtel de ville du dix-huitième,

au-dessus desquelles maisons se dressent la nef de Saint-Rombaut,

l'abside avec ses magnifiques fenêtres et toutes ses chapelles et la

tour colossale.

[Illustration: MALINES.--PIGNON SUR LA GRAND'PLACE.]

Saint Rombaut était venu d'Ecosse prêcher le christianisme à Malines

vers l'an 700; l'église actuelle date des quatorzième et quinzième

siècles. Malines fut érigé en Archevêché pour le cardinal Granvelle, le

célèbre ministre de Philippe II, qui eut aussi le titre de Primat des

Flandres. C'était en 1559, le roi Philippe II procédait à la

réorganisation des Pays-Bas et nommait, entre autres, Guillaume

d'Orange, au gouvernement de Hollande, et le comte d'Egmont à celui de

Flandre et d'Artois; la duchesse Marguerite de Parme, fille naturelle de

Charles-Quint, était gouvernante générale.

La tour étonne par ses proportions et charme quand on suit le détail des

lignes; ce sont d'énormes contreforts habillés de belles sculptures, de

niches, de dais, de pinacles, de balustrades, et cela monte à 97 mètres,

jusqu'à une belle plate-forme portant une amorce de flèche qui n'a

jamais été construite.

Cette géante de pierres, incomplète, ressemble à la Tour Saint-Jacques

de Paris, mais elle est plus massive et plus haute. On devait encore lui

ajuster une flèche proportionnée à sa taille, montant d'une soixantaine

de mètres encore, mais les événements du seizième siècle ont arrêté sa

construction. Les habitants de Malines ne peuvent se consoler de ne

point voir cette flèche dans leur ciel, et ils accusent Guillaume

d'Orange de leur avoir volé les pierres amassées pour la construction,

en vue de bâtir la ville de Willemstadt, créée par lui au milieu des

polders, en avant de Rotterdam.

Pour se rendre exactement compte des proportions de la tour, il suffit

de regarder à ses pieds le pavé de la place. Au centre, s'élève la

statue de Marguerite d'Autriche, tante de Charles-Quint, gouvernante des

Pays-Bas, qui avait établi sa résidence à Malines. On a reproduit,

autour de la statue, sur le pavé, le cadran de l'horloge placée tout en

haut de la tour et ce cadran mesure 13m.70.

[Illustration: MALINES.--CATHÉDRALE SAINT-ROMBAUT.]

On vient de commencer la restauration de l'édifice composite, à la fois

Halles et Palais du Grand Conseil. Il en avait besoin; en certaines

parties, c'était presque une ruine, utilisée tant bien que mal en

maisons. Cela faisait tout récemment encore un amalgame extrêmement

pittoresque. La façade était en trois morceaux distincts: un grand

pavillon au centre, grande porte ogivale surmontée d'une galerie

crénelée et d'un pignon flanqué de tourelles;--un pignon du seizième

siècle à droite,--et sur le flanc gauche, un édifice tronqué,

découronné, d'une très belle architecture du seizième siècle, fortement

écorchée, montrant çà et là des sculptures brisées ou grattées, avec les

restes d'une jolie tourelle d'angle au-dessus d'un estaminet, et des

boutiques banales au rez-de-chaussée, sous des galeries bouchées qui

devaient avoir été fort belles. D'ailleurs, sur toute la façade, de

grandes ogives murées, des rafistolages de plâtre, des blessures

béantes, des estafilades et des cicatrices, montraient combien

outrageusement le pauvre palais de Charles-Quint avait été maltraité.

C'était là que siégeait le Grand Conseil, la _Consulte_, au temps où la

Cour de la Gouvernante et les administrations établies par elle à

Malines apportaient à la ville animation et prospérité. Malines ne

produisait pas que des dentelles pour les fraises des nobles dames, elle

fondait des canons et des bombardes pour les armées espagnoles.

[Illustration: MALINES.--MAISON DU QUAI AU SEL.]

Mais les beaux jours avaient parfois de tristes lendemains: ce n'était

pas assez de l'épouvantable catastrophe amenée par l'explosion de son

grand magasin à poudre, qui détruisit plusieurs églises et trois cents

maisons, en tuant ou blessant huit cents personnes, Malines eut encore à

souffrir des dévastations et des mises à sac en 1566, 1578 et 1580.

Alors disparurent bien des riches logis et les édifices survivants

reçurent de nombreuses blessures.

[Illustration: MALINES.

TOURELLE SUR LES BAILLES DE FER.]

La vieille Maison échevinale, en meilleur état que le Palais de

Charles-Quint, n'a pas autant d'importance; c'est cependant un bâtiment

d'une assez jolie silhouette grâce à un arrangement de pignons, à la

tourelle d'angle et au petit clocheton posé sur son toit.

Sur les _Bailles de fer_,--joli nom d'allure romantique,--qui commencent

là, se voient quelques pignons du dix-septième siècle encadrant

gentiment le marché. Ces _Bailles de fer_, large rue plutôt que place,

conduisent au Grand Pont sur la Dyle, pont du treizième siècle, mais

fort abîmé, dont les vieilles arches sombres tiennent à tout un quartier

de vieilles constructions patinées à souhait.

En face, sur le Quai au sel, on trouve quelques-unes des plus curieuses

parmi les maisons de Malines; la maison d'Adam et Eve a deux étages

d'arcatures gothiques: celles de rez-de-chaussée encadrent les deux

bas-reliefs qui ont fourni le nom à l'immeuble, la tentation d'Eve, puis

Adam et Eve chassés du Paradis. D'après d'anciennes vues, la maison

possédait jadis une belle tourelle d'angle disparue. A côté, autre

pignon, de bois cette fois, très fouillé, avec sirènes à l'auvent et

statuettes à chaque poteau d'encorbellement.

[Illustration: MALINES.--MAISON DU SAUMON.]

Il s'en trouve un peu plus loin un autre non moins remarquable, en

pierre, qui présente du haut en bas des encadrements de fenêtres fort

compliqués, arcs trilobés, surbaissés, avec une jolie porte intacte

comme sculptures et panneaux. Çà et là se montre quelque haute tourelle

de briques, tourelle d'escalier sans doute, montant à une belle hauteur

par-dessus les toits, ou surgissant dans des cours de maisons jadis

importantes.

Que voir encore de Malines au hasard des petites rues? Le Palais de la

Gouvernante, Marguerite de Parme, sert aujourd'hui de Palais de justice,

c'est un bel édifice de noble architecture complètement restauré de nos

jours. Un débris des remparts apparaît isolé parmi les arbres du

boulevard, c'était la porte de Bruxelles, ouvrant entre deux fortes

tours coiffées de bizarres poivrières, énormes et renflées en haut.

Combien cela devait être plus joli avec l'avancée au-delà du fossé,

comme le montrent les estampes d'autrefois.

Et les églises: Saint-Jean, belle tour, jolie petite rosace au portail,

Sainte-Catherine, Notre-Dame d'Hanswyck, coupole basse du seizième

siècle, Notre-Dame-au-delà-de-la-Dyle, plus intéressante, ces deux

dernières s'arrangeant de façon très pittoresque parmi le fouillis des

masures et des arbres au-dessus de la rivière.

Il n'y a pas un grand nombre de kilomètres entre Malines et Louvain,

toutes les deux situées à une quinzaine de kilomètres de Bruxelles et

aussi sur la même petite rivière, la capricieuse Dyle qui la traverse

divisée en plusieurs bras enfermant des îlots de maisons, ou les blocs

de grands bâtiments des brasseries.

Louvain, vieille cité qui eut aussi ses jours de grandeur et d'opulence,

se trouve aujourd'hui, après une série de mauvaises chances et de

malheurs, très au large dans l'enceinte à peu près circulaire tracée il

y a cinq ou six siècles, qu'elle remplissait de ses rues populeuses, de

ses maisons serrées. Maintenant la ville s'est comme recroquevillée sur

elle-même, la campagne a refranchi l'ancienne ligne des remparts et

reconquis bien du terrain, de rue en rue.

[Illustration: HOTEL DE VILLE DE LOUVAIN.]

Cette résidence des anciens ducs de Brabant était pourtant, comme tant

d'autres villes de métiers, importante avec ses puissantes et riches

corporations du drap et de la toile, et de plus une ville d'Université

depuis 1426.

[Illustration: MALINES.--ANCIEN PALAIS DE MARGUERITE D'AUTRICHE.]

Le temps de prospérité des drapiers et tisserands est le quatorzième

siècle: alors Louvain comptait deux cent mille âmes, plus que la plupart

des capitales d'alors. Son Université au siècle suivant eut parfois huit

mille étudiants répartis dans quarante-trois collèges. Aujourd'hui,

temps de renaissance après une éclipse presque totale, elle en a deux

mille.

[Illustration: MALINES.--PORTE DE BRUXELLES.]

Au quinzième siècle, la draperie déclinait déjà; il fallut pour

l'achever que le siècle suivant apportât avec lui tous les malheurs, la

peste et la guerre. La peste s'acharna sur la malheureuse ville, elle

tua cinquante mille habitants, dépeupla l'Université de ses élèves et

finit par emporter tous les professeurs.

Ensuite les guerres de la Réforme survinrent, lesquelles détruisirent,

suivant les historiens, trois mille trois cents maisons, ce qui faisait

ressembler Louvain «moins à une ville qu'à une campagne ravagée».

Actuellement, la ville remonte la pente, puisque de vingt-six mille

habitants, en 1840, elle en compte maintenant plus de quarante mille.

Il reste à Louvain, de son âge prospère, un splendide édifice, un Hôtel

de ville de toute magnificence, construit au milieu du quinzième siècle,

et qui semble véritablement le chef-d'œuvre d'une confrérie

d'orfèvres qui auraient travaillé la pierre, ou de maçons qui auraient

tenté d'imiter l'œuvre des dentellières.

Construit tout à fait sur le modèle de ces châsses merveilleuses

destinées à renfermer des reliques vénérées, il ne lui manque que des

émaux et des pierres précieuses étincelant et rutilant au bout de ses

pinacles ou dans les découpures de ses balustrades.

Cette fabuleuse architecture, ne pouvant être renfermée dans un musée,

brille au plein soleil sur une Grande Place, pas très grande, étroite

même, resserrée entre ce magnifique reliquaire d'art gothique et

l'église Saint-Pierre, autre très beau morceau, au point de vue

pittoresque surtout.

L'Hôtel de ville fait penser à une Sainte-Chapelle, c'est la même

simplicité de plan, la même netteté de lignes, un rectangle à deux

pignons lançant une svelte tourelle à chaque pointe, avec une autre

tourelle à chaque angle, mais le tout est fouillé et sculpté de la base

au faîte, fleuri de la première à la dernière pierre. Trois étages de

fenêtres entre chacune desquelles une colonnette engagée au bas porte

sur une saillie triangulaire, en guise de contreforts, une série de

statues superposées sous des dais délicatement ciselés; tout le long du

toit, règne une belle galerie de créneaux ajourés en balustrade

flamboyante. Les tourelles d'angle, à partir de là, ont encore deux

étages de plates-formes et une flèche aussi ajourée. Sur le toit, quatre

étages de lucarnes.

Et partout, du haut en bas des arcatures trilobées, un hérissement de

fleurons, de crochets, de pierres miraculeusement frisées, dentelées,

tortillées. Et l'ensemble est d'une grâce souriante et épanouie. Il

n'est pas d'architecture plus gaie que ce gothique flamboyant; par tous

les temps, à travers bourrasques, brumes, tempêtes et révolutions, le

gothique sourit toujours. Quelles lunettes portaient donc les gens du

dix-huitième siècle qui l'accusaient d'être un art de tristesse!

Cet admirable monument était, comme tant d'autres, comme presque tous

les monuments du Moyen-Age, arrivé à notre époque fort maltraité, et il

a dû subir de nos jours une complète restauration; bien entendu les

statues manquaient ou se trouvaient mutilées, il a fallu les refaire.

On fait commencer la décadence de Louvain à la fin du quatorzième

siècle, après les dissensions entre les nobles et les artisans qui

ensanglantèrent maintes fois la ville. Un des principaux chefs des gens

des métiers ayant été assassiné à Bruxelles par des nobles chassés de

Louvain, le peuple, quand la nouvelle en arriva, se rua en fureur sur

les logis des nobles qui durent chercher refuge à l'Hôtel de ville.

[Illustration: LOUVAIN.--ÉGLISE SAINT-PIERRE.]

Mais la foule les y pourchassa et enfonça toutes les portes, les nobles

furent impitoyablement massacrés et jetés par les fenêtres sur les

piques du populaire entassé sur la place.

Les massacres suscitèrent d'autres massacres en représailles, il en

résulta une longue guerre qui se termina mal pour Louvain. Le duc de

Luxembourg, Wenceslas, futur empereur d'Allemagne, petit-fils de Jean

de Luxembourg, le roi de Bohême aveugle qui mourut à Crécy, amena une

armée pour châtier la ville où il entra par la brèche en janvier 1382.

C'est alors que la fabrication des draps commença à décliner et que

beaucoup d'artisans portèrent leurs Métiers en Angleterre.

[Illustration: LOUVAIN. CHAIRE DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE.]

Cette décadence n'empêcha pourtant pas Louvain de construire l'admirable

Hôtel de ville actuel, pour remplacer celui qui avait été le théâtre de

cette _défenestration_, et que sans doute la guerre avait ruiné comme

une énorme quantité de maisons en ville.

Presque en face de l'Hôtel de ville s'ouvre le porche latéral de

l'église Saint-Pierre. Ce côté de la place est tout à fait pittoresque,

il y a encore de vieilles petites maisons rouges, à lucarnes flamandes

pourvues de frontons à volutes, sous les chapelles de l'église. Pourvu

qu'on ne les démolisse pas! l'abside est déjà complètement dégagée et il

y a bien des démolitions en train autour de Saint-Pierre. Cela fait si

bien partout, ces églises surgissant au-dessus des maisons basses

serrées, nichées, pour ainsi dire, dans le giron du grand monument. Ici

comme ailleurs, l'église y prend une majesté et une grandeur

remarquables, cet entourage cadre très bien avec l'architecture rude

du porche devant lequel s'avancent les bases d'un portail commencé, et

les deux étages de fenêtres, d'un joli dessin, les pignons des chapelles

et tous les arcs-boutants ajoutent encore du mouvementé.

[Illustration: HOTEL DE VILLE D'AUDENARDE.]

Pour l'intérieur, il faudrait comme à presque toutes les églises,

répéter qu'il est majestueux et riche en monuments et œuvres d'art:

jubé gothique, grand tabernacle, tombeaux, retables, tableaux, chaire

décorative posée sur un gros rocher de bois sculpté formant grotte, avec

arbres, feuillages sculptés et statues, particulièrement un saint Paul

de grandeur naturelle tombant de cheval sur la route d'Ephèse.

[Illustration: LOUVAIN.--ÉGLISE SAINT-JACQUES.]

Notons encore un Christ singulier, vêtu d'une robe de velours, et très

vénéré parce qu'un jour, suivant une légende, il détacha un bras de sa

croix pour saisir un voleur en train d'enlever le calice de l'autel.

[Illustration: LOUVAIN.--RESTE DES REMPARTS AU PARC SAINT-DONAT.]

Il paraît que jadis, au-dessus de la façade, une énorme tour montait à

175 mètres, sans la croix, entre deux autres de 140. C'était de toute

l'Europe la pointe monumentale la plus haute. Le 31 janvier 1604, un

ouragan formidable soufflait sur Louvain; la grosse tour, orgueil de la

ville, vacilla soudain sur ses deux voisines qui fléchirent, et toutes

trois s'écroulèrent sur les maisons voisines, pendant que la grande

croix emportée passait par-dessus les maisons de la Place et s'en allait

au loin tomber dans la Dyle.

[Illustration: VIEUX PIGNON, RUE DE NAMUR.]

Ici, comme dans toutes les villes, les riches corporations possédaient

des Halles monumentales. Les anciennes Halles aux draps, actuellement

occupées par l'Université, ne sont qu'un débris de l'édifice primitif du

treizième siècle; il reste le rez-de-chaussée, très dénaturé

extérieurement, sur lequel au dix-septième siècle, on a construit un

étage sans beauté. Cependant la grande salle d'entrée est d'un beau

caractère, avec son double escalier dans le fond, son plafond à grosses

poutres, porté par une épine de fortes colonnes gothiques.

Partout on rencontre l'eau dans la ville, la Dyle que l'on passe et

repasse; partout fument de grandes brasseries: c'est la ville de

Gambrinus, partout roulent de grandes voitures chargées de tonneaux.

Dans toutes ces rues où l'atmosphère a l'odeur et le goût de la bière,

on peut rencontrer un certain nombre de vieilles maisons ou de choses

intéressantes, mais sans exagération.

Il y a, non loin de l'Université, un beau et grand pignon de briques à

rosaces curieuses, qui provient peut-être de quelque collège; plus loin,

un reste de tour avec un morceau de rempart dans un parc. Dans la rue de

Bruxelles, se voit, près de l'Hôpital, un vieux portail roman assez

curieux appliqué à une chapelle moderne.

[Illustration: ÉGLISE SAINTE-WALBURGE, A AUDENARDE.]

Parmi les églises, Sainte-Gertrude et Saint-Jacques surtout, ont quelque

intérêt, le grand pignon de Saint-Jacques et sa flèche, se découpent

pittoresquement sur le ciel. Quant aux bâtiments de l'Abbaye du Parc aux

portes de la ville, ils ont été modernisés au dix-huitième siècle.

Audenarde, c'est encore un Hôtel de ville de premier ordre, encore un

très merveilleux édifice qui peut bien se mettre au premier rang, à côté

de celui de Louvain. Il est dans le même caractère et tout autant

ciselé, tout autant fouillé et travaillé, avec la délicieuse fantaisie

du gothique le plus flamboyant, et même il possède, pour le distinguer

de la Châsse de Louvain, quelque chose de plus, un beffroi superbe.

C'est pourtant une bien petite ville par le chiffre actuel de sa

population, six mille habitants, mais il ne lui suffit pas d'avoir pour

Hôtel de ville un chef-d'œuvre de l'art gothique, elle a encore deux

belles et grandes églises. D'ailleurs Audenarde jadis était artiste, ce

n'est pas des draps qu'elle fabriquait, mais des tapisseries de haute

lisse très fameuses, et c'est même chez elle qu'on vint chercher, à la

fondation des Gobelins, des ouvriers habiles et le maître tapissier Jans

pour les diriger.

[Illustration: AUDENARDE.--NOTRE-DAME DE PAMELE.]

Son histoire est celle de toutes les villes voisines pendant les siècles

du Moyen-Age. Lorsque Gand se révolta contre le duc Philippe le Bon en

1452, un corps d'hommes d'armes du duc, commandé par le sire de Lalaing,

défendit la ville d'Audenarde contre les milices gantoises, trente mille

hommes, qui avaient amené avec elles, entre autres pièces d'artillerie,

le grand canon Dulle Griet, Marguerite l'Enragée, et Audenarde allait

succomber si l'armée du duc, avec toute la noblesse des Flandres,

n'était venue livrer bataille aux assiégeants sous les murs de la ville.

Audenarde connut aussi toutes les alarmes, toutes les mauvaises chances

des guerres du seizième siècle. Cependant, prise par Alexandre Farnèse,

duc de Parme, dans sa campagne de 1581, elle fut plus heureuse que

d'autres.

Une maison de la Grand'Place avait abrité un roman d'amour de l'Empereur

Charles-Quint, et Farnèse, se souvenant que sa mère, Marguerite de

Parme, fille naturelle de Charles-Quint et d'une belle Flamande, Jeanne

van der Gheenst, de la famille d'un maître tapissier d'Audenarde, y

était née, épargna à la ville les horreurs de la mise à sac. Plus tard,

elle fut prise trois ou quatre fois par les Français qui la

démantelèrent.

Pour l'Hôtel de ville, c'est la même ordonnance qu'à Louvain, un

rectangle à double pignon, décoré de la même façon, avec la même

prodigalité. En plus, le rez-de-chaussée est précédé d'une jolie galerie

d'arcades en avant-corps, grand balcon régnant sur toute la façade, et

du milieu duquel se détache le beffroi, jolie tour carrée aussi fouillée

que tout le reste, ouverte au dedans de la galerie en manière de

«bretèque» pour parler au peuple. La grande salle échevinale donne sur

cette bretèque, une grande salle de noble caractère, avec une magnifique

cheminée comme il s'en trouve une série à signaler dans les Hôtels de

ville de Belgique.

[Illustration: AUDENARDE. CHEMINÉE DE L'HOTEL DE VILLE.]

Le beffroi a encore trois étages après la naissance du toit, dont deux

octogonaux pour le campanile, et il se termine par une coupole à jour en

forme de couronne impériale, fleuronnée et hérissée de crochets, au

sommet de laquelle plane orgueilleusement une statue dorée d'homme

d'armes, que les gens d'Audenarde appellent Hanske, le «petit Jean le

Guerrier».

L'Hôtel de ville est dans tout l'éclat d'une récente restauration, qui

met en relief toute la délicatesse de sa délicieuse ornementation: on a

doré la crête du faîtage et les aigles impériales placées au sommet des

grandes lucarnes.

De l'autre côté de l'immense Grand'Place, au delà d'une fontaine datant

de l'occupation française sous Louis XIV, au-dessus de maisons qui

semblent minuscules en raison de la distance, montent les murailles

sombres de Sainte-Walburge, église considérable, dominée par une belle

tour robuste de 98 mètres.

Pittoresque plutôt que belle, l'église est faite de morceaux abîmés

ayant fortement souffert, ou de parties refaites, car elle a subi

plusieurs dévastations, d'abord au seizième siècle, quand les Réformés

iconoclastes mirent, à Audenarde comme ailleurs, les églises à sac, et

ensuite, pendant les guerres du dix-septième siècle, par les sièges et

ensuite, pendant les guerres en 1864.

Dans le quartier de Pamele, où jadis, entouré par l'Escaut, se trouvait

le très curieux château à enceinte ronde ou plutôt octogonale, détruit

au dix-septième siècle, s'élève une autre église, Notre-Dame de Pamele,

édifice romano-gothique d'un bon effet, sur le bord de la rivière, dans

le mouvement de la batellerie, parmi les mâts des péniches attendant

l'éclusée.

[Illustration: BRUXELLES.--NOTRE-DAME DU SABLON.]

Les vieilles villes des Flandres: Belgique et Flandre française · 第 27 / 42 题