Deux Hôtels de ville pittoresques.--Aventures et catastrophes.--Sièges.
--Pestes et incendies.
Alost, petite ville industrielle, à mi-chemin entre Gand et Bruxelles,
plus peuplée qu'il ne semble à première vue, n'a pas très grand
caractère, et n'éveillerait pas un intérêt bien considérable, n'était la
très belle maison de ville qui se dresse sur sa Grand Place.
C'est une très ancienne ville, il faut le dire, et qui a des annales
assez chargées. S'il ne lui est pas resté beaucoup de maisons ou
d'édifices de son vieux temps, si sa physionomie s'est un peu
banalisée, cela tient sans doute aux mauvais moments qu'elle eut à
passer dans le cours des siècles.
[Illustration: HOTEL DE VILLE DE TERMONDE]
En 1360, un incendie réduisit en cendres les trois quarts de ses
maisons. Une terrible aventure la mit à mal deux siècles après; au temps
des guerres religieuses, la Furie espagnole de 1576 partit d'Alost.
C'est un corps d'Espagnols occupant la ville enlevée par surprise, qui
donna le signal. Réunis sur cette grande place d'Alost, les soldats
mutinés, rendus furieux par une série d'échecs et par les misères de la
guerre, furent harangués par Juan de Navarese et l'élurent pour chef.
Après avoir mis consciencieusement à sac la malheureuse petite cité, ils
marchèrent sur Anvers pour lui faire subir le même sort.
Toujours comme Anvers, quelques années après, Alost eut à subir la
visite de l'armée du duc d'Alençon. D'autres visites ne furent pas moins
désastreuses pour les habitants; en 1485 et 1580, ce fut la peste qui
fit chaque fois un nombre considérable de victimes. L'église principale,
la collégiale Saint-Martin, possède un grand tableau de Rubens rappelant
ces tristes épisodes: Saint Roch et les pestiférés ou Alost ravagée par
la peste.
L'Hôtel de ville d'Alost est très particulier, non point par la
magnificence de son architecture, les exubérances du gothique flamboyant
ou la belle ordonnance, mais par un arrangement de lignes et de
détails curieux, et par le caractère pittoresque de l'ensemble.
Le beffroi, le pignon à tourelles, les morceaux ajoutés, gothique et
gothico-Renaissance, tout s'arrange de façon très amusante.
[Illustration: ALOST.--ARRIÈRE FAÇADE DE L'HOTEL DE VILLE.]
Le beffroi est une tour carrée du quinzième siècle, terminée par un
campanile à carillon sur la jolie plate-forme. Sous deux statues
décorant une des faces et représentant d'anciens comtes d'Alost,
s'inscrit la date de 1200 juste. Si l'Hôtel de ville suivant l'habitude
de toutes les vieilles personnes, ne se vieillit pas un peu par
coquetterie, cela fait un bel âge, et comme il vient d'être restauré, il
semble porter très bien ses sept cents ans.--_Ni espoir, ni crainte_,
dit une inscription sur le beffroi, sans doute en souvenir des pestes,
assauts, mises à sac et autres catastrophes qui tombèrent sur la ville.
Brrr..., c'est beau le stoïcisme.
Le beffroi s'accompagne d'un beau pignon décoré avec un second
campanile à la pointe et une tourelle sur le côté. Sur l'angle s'avance
une annexe de la fin du quinzième siècle, très joli petit édifice du
gothique de la dernière période, très orné, très fleuri, à pignon
ondulé, avec des statues et des pinacles. Les décrochements de la façade
donnent des ombres nettes qui soulignent et ajoutent au pittoresque des
lignes et des détails.
Pour ajouter par la couleur quelque chose de plus, il y a au fond de la
place une rangée de maisons à pignons du seizième siècle portées sur
arcades, façades de briques avec encadrements de pierres. Une statue au
milieu de la place s'entoure des voitures, des échoppes et des
déballages du marché: c'est Thierry Mœrtens, célèbre imprimeur, né à
Alost, et qui fonda en sa ville natale un des premiers établissements
typographiques de Belgique.
L'Hôtel de ville a, par derrière, une deuxième façade plus sévère, un
grand pignon éclairé de belles fenêtres et flanqué aussi de tourelles.
La vieille église Saint-Martin fait face au beffroi, au bout d'une
petite rue; la pauvre église serait probablement fort belle, si, ayant
échappé aux catastrophes de 1360 et de 1576, elle n'avait été ravagée
par un incendie en 1605. Elle n'a pour ainsi dire pas de façade, on
tourne autour par des petites rues et l'on ne trouve que les entrées
latérales, de jolis morceaux, des arrangements de transepts, de
chapelles et de toits très mouvementés.
Autre gentille petite ville, autre Hôtel de ville intéressant, à peu de
distance; c'est Termonde ou Dendermonde, au confluent de la Dendre et de
l'Escaut.
[Illustration: ÉGLISE D'ALOST.]
Dans la grasse verdure des prairies, parmi les bouquets d'arbres où çà
et là des maisonnettes mettent la note rouge d'un toit de tuiles, la
Dendre vire et sinue capricieusement, enserrant des remparts, des talus
de batteries, tournant autour des bastions bas et s'élargissant en étang
devant une porte. Il faut passer plusieurs ponts, franchir plusieurs
bras de rivière pour entrer en ville. Termonde est une vieille place
forte et elle a toujours compté l'eau de ses rivières comme son
principal rempart.
Toutes ces eaux qui font la beauté et la fraîcheur de sa campagne lui
ont servi en 1667 lorsque Louis XIV, arriva avec cinquante mille hommes,
se flattant de prendre rapidement la ville, comme il venait d'enlever
Alost et la plupart des places de la Flandre et du Hainaut. Mais, aux
approches de l'ennemi, les défenseurs de Termonde n'eurent qu'à ouvrir
leurs écluses, la campagne fut transformée en un lac, et l'armée
française dut aussitôt lever le siège.
Cependant, en 1706, l'armée de Marlborough vint assiéger une garnison
française, c'est l'année de Ramillies, le temps des tristesses et des
revers pour le grand Roy vieilli, et cette fois Marlborough prend la
place, après six jours de tranchée ouverte.
Comme tous les Hôtels de ville de Belgique, celui de Termonde vient
d'être restauré. Sa large façade claire compte trois pignons à gradins
donnant du pittoresque au grand comble; au milieu, monte le beffroi,
haute tour carrée, encastrant en haut l'horloge entre quatre tourelles,
et couronnée d'un gracieux petit campanile.
[Illustration: ALOST.--VIEILLES MAISONS.]
Comme décoration de façade, ce sont des statues accrochées tout le long,
sous des niches, un balcon bretèche au beffroi et en bas un petit perron
gardé par le lion de Flandre.
Sur le côté gauche de la place, un autre édifice important fait
vis-à-vis à l'Hôtel de ville, un grand bâtiment avec un toit énorme, de
hautes lucarnes à gradins et une fine tourelle sur le côté; c'était
jadis la Halle aux draps convertie aujourd'hui en Musée.
Il y a une église intéressante, Notre-Dame, qui peut montrer un grand
décor d'autel de Saint-Nicolas, des fonts baptismaux curieux, et
diverses œuvres d'art. David Téniers habita longtemps Termonde.
Etait-ce là qu'il portait ses tableaux à vendre au marché sur son âne?
[Illustration: LE MUSÉE A TERMONDE.]
[Illustration: MALINES.--VIEUX PONT ET NOTRE-DAME-AU-DELA-DE-LA-DYLE.]