Quand vous remontez la rivière Montmorency, vous apercevez, à quinze
arpents en amont des chutes, une succession de marches que la nature a
taillées dans la pierre calcaire qui borde le parcours de la rivière.
Ces _marches naturelles_ que l'on croirait être l'oeuvre d'un génie
d'humeur fantastique, règnent sur la rive droite dans l'espace de quatre
ou cinq arpents. Ce singulier travail de la nature doit remonter à une
époque bien reculée; car les couches horizontales de calcaire dont il
est composé, renferment beaucoup de petits fossiles de la famille des
ammonites, des corallites, des tribolites et autres.[51]
[Note 51: Voyez "_Hawkin's Picture of Quebec_," p. 449. Au
dire des savants, ce site géologique est un des plus intéressants
du monde entier.]
La hauteur des rives, près des Marches-Naturelles, est à peu près de
trente pieds au-dessus des eaux de la rivière, qui se resserre en cet
endroit où elle n'a guère plus de cinquante pieds de largeur, et,
devenant torrent, passe en mugissant entre ses deux digues de pierre
qu'elle essaie d'ébranler dans sa course furibonde.
Si l'on s'était aventuré dans cet endroit sauvage et désert, le soir qui
suivit celui où nous avons vu John Harthing et Dent-de-Loup échouer dans
leurs entreprises, on aurait pu voir un homme de haute taille se livrer
à d'étranges occupations, à l'endroit même que nous venons de décrire.
Il était onze heures, et sombre était la nuit. De gros nuages noirs qui
roulaient au ciel avaient caché peu à peu quelques rares étoiles dont la
dernière venait de s'éteindre derrière un écran de vapeurs sombres.
Le vent soufflait avec force. Tantôt il rasait la cime des grands
arbres qu'il semblait alors effleurer comme d'une caresse de titan;
tantôt il descendait sur eux avec furie, et, les étreignant comme à
bras-le-corps, il secouait avec frénésie les vastes troncs, qui
gémissaient sur leurs racines et dont les branches semblaient haleter
dans cette lutte formidable.
L'effet que le vent produit, en automne, sur les arbres dépouillés de
leurs feuilles, a quelque chose de lugubre, quand surtout la nuit y
ajoute son horreur. Les branches dégarnies sont comme autant de bras
gigantesques dont les os dénudés se croisent et s'entre-choquent dans
une ronde échevelée. On dirait une danse macabre composée de ces
gigantesques enfants du Ciel et de la Terre, revenant dans les nuits
d'orage lancer de vains défis à la divinité qui les a vaincus.
Cet homme dont la présence à pareille heure et dans un endroit si écarté
devait cacher quelque mystère, avait, durant la dernière moitié du jour,
parcouru et examiné avec soin la rive sud de la rivière, depuis les
chutes jusqu'aux Marches. Bien qu'il eût herborisé pendant toute
l'après-midi, il n'avait apparemment trouvé que le soir la principale
plante qu'il cherchait; car, au moment où le soleil disparaissait
derrière les grands arbres qui bordent la rivière Montmorency, un cri de
joie et d'attente satisfaite lui était échappé.
Ayant arraché une touffe de plantes ombellifères vers laquelle il
s'était penché vivement en la reconnaissant pour ce qu'il désirait, il
était venu aux Marches-Naturelles, emportant sa trouvaille avec lui.
Quand le sauvage, car son teint, le tatouage qui ornait singulièrement
sa figure, et son costume primitif, laissaient voir de suite à quelle
race il appartenait, quand le sauvage atteignit l'endroit des Marches où
la rivière n'a pas plus de cinquante pieds de large, il s'arrêta près
d'une petite chaudière en cuivre qu'il avait cachée là dès le matin, et
y jeta les herbes qu'il avait apportées.
Ensuite il décrocha de sa ceinture un petit sac d'où sa main
superstitieuse tira doucement trois crapauds et une couleuvre, tous
vivants, qu'il mit dans la chaudière et à côté des plantes. Après quoi
il recouvrit le vase de cuivre, près duquel il se coucha nonchalamment.
En attendant la nuit, Dent-de-Loup, qu'on a dû reconnaître, employa le
temps à mâcher des balles de plomb dont était rempli un sac en peau de
daim qui pendait à sa ceinture à côté d'une corne de buffle pleine de
poudre. La nuit était arrivée quand il eut ainsi rendu rugueuse la
dernière de ses balles, longue opération qu'il eut soin d'entrecouper en
fumant de temps à autre dans un calumet qu'il avait creusé et ciselé de
ses propres mains.
Le sauvage se mit alors à amasser des branches sèches, dont il alluma
bientôt un feu sur le bord du torrent, dans l'anfractuosité d'un rocher.
Les larges assises du roc devaient, en surplombant, garantir la flamme
contre les atteintes de la pluie qui, à l'estimation de l'homme des
bois, ne tarderait pas beaucoup à tomber.
Mais Dent-de-Loup attendit encore, et se recoucha dans l'ombre pour ne
point donner de point de mire au projectile du rôdeur nocturne que le
hasard ou la lueur du feu pourrait amener en cet endroit désert. Il eut
soin aussi de placer son mousquet à portée de main.
Enfin, sur les onze heures, Dent-de-Loup se leva. Après avoir jeté
quelques brassées de bois sec sur le feu, dont la flamme ainsi activée
jetait des clartés fauves sur la rive d'en face, il prit une coupe
d'étain qu'il avait apportée du camp anglais et se rapprocha de la
rivière.
Celle-ci mugissait à plus de vingt pieds au-dessous de lui, et ses
abruptes bords semblaient rendre impossible l'approche de tout profane.
Mais l'Iroquois, qui ne faisait rien sans réfléchir, avait remarqué
qu'un grand pin nouvellement tombé en travers du torrent, pouvait servir
de pont d'une rive à l'autre, tandis que ses longues branches, encore
vertes et très solides, descendaient jusqu'au fond du gouffre.
--A cette heure des ténèbres, murmura le sauvage, l'eau vive du torrent
doit avoir plus de force pour distiller les poisons.
Et il s'élança sur le tronc d'arbre. Avisant une très forte branche qui
descendait jusqu'à l'eau, dont le brusque passage la faisait osciller,
le Chat-Rusé s'y cramponna d'une main et se laissa glisser vers l'abîme.
C'était comme un de ces rêves fantastiques que le conteur allemand
Hoffmann écrivait entre les vapeurs d'un broc de bière et d'une grosse
pipe culottée.
Un torrent qui mugit, bouillonne, s'enfuit et se perd dans la nuit,
entre les déchirures de lourds quartiers de roc; un homme assez hardi
pour affronter la mort certaine, si l'appui que tiennent ses doigts
crispés vient à se rompre sous le poids de son corps; et, pour éclairer
ce bizarre tableau, la lueur vacillante d'un feu qui vient tomber en
plein sur le sauvage et fait étinceler comme autant de diamants les
gouttelettes d'eau qui jaillissent sur les parois humides du rocher de
la rive nord.
Lentement l'Iroquois descendit, et lorsqu'enfin sa main gauche fut au
niveau de la rivière, il cueillit dans sa coupe d'étain la crête d'une
vague écumeuse qui, en grondant, s'éleva jusqu'à lui. Et retenant entre
ses dents la coupe ainsi remplie, il s'aida des deux mains pour
remonter.
Lorsqu'il eut repris pied sur le sol, il revint vers le feu, sur lequel
il plaça la chaudière de cuivre, après y avoir glissé toutefois, pour y
tenir compagnie aux trois crapauds, à la couleuvre et aux herbes
vénéneuses, l'eau de sa coupe et les balles mâchées. Enfin le
superstitieux sauvage fit trois fois le tour du feu, et revint trois
fois sur ses pas en murmurant ces paroles:
--O toi! dieu du mal, mauvais génie, sois propice à cette opération.
Fais que le poison dont mes projectiles vont s'imprégner porte à mes
ennemis une mort atroce, quand même la balle de mon mousquet les
frapperait ailleurs qu'au siège de la vie. Et vous, plantes, mêlez votre
suc mortel avec le venin du crapaud et la bave visqueuse de la
couleuvre!
Un miaulement sinistre partit alors de la cime d'un arbre, au-dessus de
la tête du sauvage qui se redressa vivement.
Comme il saisissait son mousquet, un corps opaque effleura sa joue
gauche avec un rapide bruissement d'ailes, traversa le petit nuage de
fumée qui planait au-dessus du feu, et remonta vers la cime de l'arbre
d'où il était descendu. Trois fois ce hibou plongea ainsi vers
Dent-de-Loup et trois fois il jeta son lugubre cri dont les ondulations
se mêlèrent au hurlement du vent.
--Tu m'as donc entendu, Atahensic![52] s'écria le sauvage, et tu viens
à moi sous la forme de l'oiseau des nuits. Mais pourquoi voler ainsi à
ma gauche? Est-ce qu'en préparant la mort d'autrui j'avancerais aussi la
mienne?
[Note 52: Atahensic était le dieu du mal chez les Iroquois.]
Le vent faisait rage et redoublait à chaque instant de fureur, quand un
livide éclair rompit soudain la nue, tandis qu'un éclat de foudre
atteignait, de l'autre côté du torrent, un arbre qu'il tordit, broya
comme un brin d'herbe et dont quelques fragments vinrent tomber aux
pieds du sauvage.
Et un immense ouragan sembla vouloir écraser la forêt. Les coups de
tonnerre se suivaient avec tant de rapidité, qu'on aurait dit cent
pièces de canon tirant à l'envi l'une de l'autre. Quant aux éclairs, ils
illuminaient constamment le ciel, qui paraissait rouge comme de la fonte
ardente dans une vaste fournaise.
Cette furie des forces de la nature déchaînée dura quelque temps, puis
le fracas de la foudre diminua, s'éloigna et finit par se perdre dans
l'espace, après avoir encore jeté de sourds grondements. Enfin, ainsi
que les lueurs mourantes d'un feu qui va s'éteindre, peu à peu se
fondirent les éclairs dans les ténèbres, non sans avoir auparavant
zébré l'horizon de quelques bandes lumineuses mais furtives.
La cuisson de son poison terminée, Dent-de-Loup remit dans sa ceinture
les balles pénétrées du venin dont la blessure devait causer la mort, et
revint au camp de Whalley.
Il ne faut pas s'étonner de ce que l'Iroquois connût si bien les
environs de Beauport; il avait déjà séjourné sur les bords de la rivière
Montmorency quelques années auparavant, lors d'une expédition que les
guerriers de sa tribu avaient poussée jusqu'à Québec, qu'ils n'avaient
pas osé attaquer en voyant les habitants sur leurs gardes.
Le soir qui avait vu sa tentative infructueuse pour enlever Mlle d'Orsy,
Harthing n'avait cependant pas trouvé le châtiment que lui méritaient
ses forfaits; car Dent-de-Loup avait retenu le lieutenant par les
cheveux au moment où celui-ci allait être submergé, et l'avait amené à
terre où Harthing avait repris ses sens.
De retour au camp, l'officier répondit à Whalley qui l'interrogea, que
la surveillance des assiégés serait d'autant plus difficile à tromper
par la suite, qu'on s'était aperçu de sa présence dans la ville. Et il
ajouta que ce n'était qu'au très grand péril de ses jours qu'il avait pu
s'échapper. Mais il se garda bien de faire aucune allusion à sa
tentative d'enlèvement.
Le major hocha la tête d'un air mécontent lorsqu'il apprit ainsi le peu
de résultat des démarches de Harthing et de Dent-de-Loup, et dit au
lieutenant:
--Dorénavant, monsieur, vous voudrez bien, ainsi que l'Iroquois, ne plus
vous exposer. Nous avons trop besoin de toutes nos forces pour risquer
de les affaiblir en les disséminant ainsi.
Harthing, qui maintenant comptait sur le succès d'un prochain assaut
pour réaliser ses désirs, ne s'inquiéta pas beaucoup de cet ordre
impératif qui le condamnait à l'inaction.
--Je l'ai trop échappé belle, se dit-il en quittant Whalley, pour
regretter qu'on me ferme tout secret accès dans la ville; et je dois
m'estimer aussi très heureux de ce que le major ne pourra jamais
soupçonner le motif personnel qui m'a fait risquer ainsi ma vie.
Sur ce dernier point il comptait mal; car un prisonnier que les gens de
Whalley firent le lendemain, dit au major que les Québecquois
veilleraient désormais à leur sûreté avec une prudence excessive. Et il
raconta à Whalley l'attentat contre Mlle d'Orsy par un Anglais dont il
ignorait le nom, et qui avait la veille au soir pénétré dans la ville.
--Tiens! se dit le major, Harthing ne m'a point parlé de cette
circonstance!
Or Whalley, qui était de Boston, avait eu vent de la passion de John
Harthing pour Mlle d'Orsy quand elle avait quitté cette dernière ville.
Il manda son lieutenant.
Celui-ci qui n'était pas préparé à cet interrogatoire, nia tout
formellement lorsque Whalley lui demanda s'il n'avait pas essayé
d'enlever une femme lors de son expédition de la veille.
Le major, surpris de ces dénégations que semblait démentir le trouble
involontaire de Harthing, le renvoya sans rien dire; ce qui n'empêcha
pas que le lieutenant fut sommé de comparaître devant le conseil de
guerre lorsque vint le soir. Au moment où Harthing paraissait devant
Whalley et son état-major, Dent-de-Loup quittait la rivière Montmorency
pour revenir au camp.
Le chef de l'accusation portée contre Harthing était que, sous le
fallacieux prétexte d'aider à la prise de la place, il ne s'y était
introduit qu'avec l'intention de revoir et d'enlever une jeune Française
qu'il avait autrefois connue à Boston, ce qui indiquait des rapports
secrets avec l'ennemi, et que de ce premier pas à la trahison il n'y
avait pas loin.
--Maudite affaire! pensa Harthing. Je m'en serais peut-être mieux tiré
en confessant le fait de prime abord; mais puisque nous avons commencé,
continuons à tout nier.
Il prétendit ne pas comprendre ce que l'on voulait dire en l'accusant de
sacrifier son devoir, son honneur et son pays à une pareille intrigue;
qu'il trouvait singulier qu'on aimât mieux croire un prisonnier qu'un
loyal sujet anglais qui avait toujours bien servi sa patrie et son roi;
que si quelqu'un avait réellement tenté d'enlever cette demoiselle
d'Orsy, laquelle il avait en effet connue à Boston, ce pouvait bien être
quelque autre officier qui se serait introduit en même temps que lui
dans la ville; car d'Orsy en donnant des leçons d'escrime à Boston
s'était trouvé rencontrer un assez grand nombre de jeunes gens qui
avaient pu facilement connaître la soeur du jeune baron. Il termina en
disant qu'il serait impossible de prouver l'accusation gratuite qui
pesait sur lui, par tout autre que ce prisonnier français; et que,
d'ailleurs, celui-ci ignorait le nom de cet Anglais qui avait ainsi
tenté d'enlever une Québecquoise.
--Nous n'avons pas, il est vrai, répliqua Whalley, de preuves directes
de votre culpabilité; mais avouez pourtant que beaucoup de faits
témoignent contre vous. D'abord, vous avez, je le sais, connu et aimé
Mlle d'Orsy à Boston. Ensuite, quand nous avons quitté cette dernière
ville, vous avez, sous prétexte de lui faire servir les intérêts
communs, amené un sauvage dont la conduite me paraît quelque peu
suspecte; car il est toujours absent du camp. Il n'y a qu'un moment
encore, je l'ai fait chercher partout sans qu'on l'ait pu trouver.
Pourriez-vous me dire où il est?
--Non, monsieur, mais je crois qu'il serait injuste de me rendre
responsable des absences d'un sauvage qui ne saurait s'astreindre à une
discipline aussi sévère que la nôtre.
--Bien, bien, reprit Whalley; mais dans quel but avez-vous sollicité si
vivement d'être envoyé comme parlementaire au comte de Frontenac?
Pourquoi tant d'ardeur à briguer une mission qui aurait pu vous devenir
plus périlleuse que profitable, si l'ennemi avait voulu vous faire un
mauvais parti?
--Il m'est facile, monsieur, de vous répondre d'une manière
satisfaisante. Mon but étant de me distinguer dans la carrière que j'ai
embrassée de préférence à toute autre, je désire prendre une très grande
part à la conquête de Québec. A cet effet, je me suis d'abord allié le
sauvage Dent-de-Loup, pour me servir d'espion et trouver par son
entremise un lieu d'escalade facile. Voilà donc qui vous explique mon
intimité avec l'Iroquois. Quant à mon empressement à être envoyé comme
parlementaire, il n'était causé que par le désir que j'avais d'examiner
moi-même, et en plein jour, la place que je voudrais prendre à moi seul
pour me signaler davantage. Pouvez-vous donc blâmer une aussi noble
ambition?
--Hum! Non, monsieur Harthing; certainement non. Mais en fin de compte,
ne trouvez-vous pas singulière la coïncidence de votre présence dans la
ville hier au soir, avec cette tentative d'enlèvement d'une jeune
Française que vous avez autrefois aimée, par un Anglais dont notre
prisonnier, malheureusement ou heureusement pour vous, ne connaît pas le
nom? Ne vous semble-t-il pas que tous les faits que je vous ai
auparavant exposés, réunis à ce dernier, contribuent à vous compromettre
étrangement?
--J'avoue que la coïncidence est assez curieuse en effet; mais, vous
ayant répondu d'une manière satisfaisante sur tous les autres points, je
crois que vous ne pouvez me juger sur ce seul dernier fait qui,
directement, ne prouve rien contre moi.
--Le conseil en décidera, monsieur Harthing; car veuillez bien croire
que je n'ai contre vous aucun sentiment d'animosité personnelle. Je
crois vous rendre plutôt service en vous mettant à même de vous
disculper des accusations de trahison qui courent déjà contre vous par
tout le camp.
Comme on peut très bien le penser, Harthing ne put être trouvé
coupable; mais il sortit dans une grande rage de se voir ainsi
compromis. La fureur le dominait complètement quand il revint dans sa
tente où il se jeta, rugissant, sur une botte de paille qui lui servait
de lit.
--Ah! puisque c'en est fait de mon amour et de ma réputation,
s'écria-t-il, je ne veux plus songer qu'à la vengeance! O ma vengeance!
je te veux implacable et terrible!
--La voici, dit Dent-de-Loup qui se dressa soudain devant Harthing. Et,
comme un démon tentateur, il offrit au lieutenant quelques balles
mâchées dont les déchiquetures étaient remplies d'un suc noirâtre.
--La moindre atteinte de l'un de ces projectiles tuera ceux que tu hais,
dit le sauvage: ces balles sont empoisonnées.
--Oh! donne-les moi.
Et Harthing, se levant d'un bond, mit la main sur ces engins perfides.
Un éclair de satisfaction illumina l'oeil de Dent-de-Loup.
Mais au moment où Harthing allait serrer les balles, il les rejeta tout
à coup loin de lui en s'écriant:
--Non! ce serait trop lâche!
Et il se laissa tomber sur son lit de camp. Les sanglots l'étouffaient.
Un amer sourire de dédain plissa les lèvres du sauvage.
--Les faces pâles ne seront toujours que des femmes! dit-il en ramassant
avec soin les balles rejetées par Harthing.
Et il quitta la tente aussi furtivement qu'il y était entré.