GWYNPLAINE EST DANS LE JUSTE, URSUS EST DANS LE VRAI

Un philosophe est un espion. Ursus, guetteur de rêves, étudiait

son élève. Nos monologues ont sur notre front une vague

réverbération distincte au regard du physionomiste. C’est

pourquoi ce qui se passait en Gwynplaine n’échappait point à

Ursus. Un jour que Gwynplaine méditait, Ursus, le tirant par son

capingot, s’écria:

--Tu me fais l’effet d’un observateur, imbécile! Prends-y garde,

cela ne te regarde pas. Tu as une chose à faire, aimer Dea. Tu

es heureux de deux bonheurs: le premier, c’est que la foule voit

ton museau, le second, c’est que Dea ne le voit pas. Ce bonheur

que tu as, tu n’y as pas droit Nulle femme, voyant ta bouche,

n’acceptera ton baiser. Et cette bouche qui fait ta fortune,

cette face qui fait ta richesse, ça n’est pas à toi. Tu n’étais

pas né avec ce visage-là. Tu l’as pris à la grimace qui est au

fond de l’infini. Tu as volé son masque au diable. Tu es

hideux, contente-toi de ce quine. Il y a dans ce monde, qui est

une chose très bien faite, les heureux de droit et les heureux de

raccroc. Tu es un heureux de raccroc. Tu es dans une cave où se

trouve prise une étoile. La pauvre étoile est à toi. N’essaie

pas de sortir de ta cave, et garde ton astre, araignée! Tu as

dans la toile l’escarboucle Vénus. Fais-moi le plaisir d’être

satisfait. Je te vois rêvasser, c’est idiot. Écoute, je vais te

parler le langage de la vraie poésie: que Dea mange des tranches

de bœuf et des côtelelles de mouton, dans six mois elle sera

forte comme une turque; épouse-la tout net, et fais-lui un

enfant, deux enfants, trois enfants, une ribambelle d’enfants.

Voilà ce que j’appelle philosopher. De plus, on est heureux, ce

qui n’est pas bête. Avoir des petits, c’est là le bleu. Aie des

mioches, torche-les, mouche-les, couche-les, barbouille-les et

débarbouille-les, que tout cela grouille autour de toi; s’ils

rient, c’est bien; s’ils gueulent, c’est mieux; crier, c’est

vivre; regarde-les téter à six mois, ramper à un an, marcher à

deux ans, grandir à quinze ans, aimer à vingt ans. Qui a ces

joies, a tout. Moi, j’ai manqué cela, c’est ce qui fait que je

suis une brûte. Le bon Dieu, un faiseur de beaux poêmes, et qui

est le premier des hommes de lettres, a dicté à son collaborateur

Moïse: _Multipliez_! Tel est le texte. Multiplie, animal.

Quant au monde, il est ce qu’il est; il n’a pas besoin de toi

pour aller mal. N’en prends pas souci. Ne t’occupe pas de ce

qui est dehors. Laisse l’horizon tranquille. Un comédien est

fait pour être regardé, non pour regarder. Sais-tu ce qu’il y a

dehors? les heureux de droit. Toi, je te le répète, tu es

l’heureux du hasard. Tu es le filou du bonheur dont ils sont les

propriétaires. Ils sont les légitimes, tu es l’intrus, tu vis en

concubinage avec la chance. Que veux-tu de plus que ce que tu

as? Que Schiboleth me soit en aide! ce polisson est un

maroufle. Se multiplier par Dea, c’est pourtant agréable. Une

telle félicité ressemble à une escroquerie. Ceux qui ont le

bonheur ici-bas par privilège de là-haut n’aiment pas qu’on se

permette d’avoir tant de joie audessous d’eux. S’ils te

demandaient: de quel droit es-tu heureux? tu ne saurais que

répondre. Tu n’as pas de patente, eux ils en ont une. Jupiter,

Allah, Vishnou, Sabaoth, n’importe, leur a donné le visa pour

être heureux. Crains-les. Ne te mêle pas d’eux afin qu’ils ne

se mêlent pas de toi. Sais-tu ce que c’est, misérable, que

l’heureux de droit? C’est un être terrible, c’est le lord. Ah!

le lord, en voilà un qui a dû intriguer dans l’inconnu du diable

avant d’être au monde, pour entrer dans la vie par cette

porte-là! Comme il a dû lui être difficile de naître! Il ne

s’est donné que cette peine-là, mais, juste ciel! c’en est une!

obtenir du destin, ce butor aveugle, qu’il vous fasse d’emblée au

berceau maître des hommes! corrompre ce buraliste pour qu’il

vous donne la meilleure place au spectacle! Lis le memento qui

est dans la cahute que j’ai mise à la retraite, lis ce bréviaire

de ma sagesse, et tu verras ce que c’est que le lord. Un lord,

c’est celui qui a tout et qui est tout. Un lord est celui qui

existe au-dessus de sa propre nature; un lord est celui qui a,

jeune, les droits du vieillard, vieux, les bonnes fortunes du

jeune homme, vicieux, le respect des gens de bien, poltron, le

commandement des gens de cœur, fainéant, le fruit du travail,

ignorant, le diplôme de Cambridge et d’Oxford, bête, l’admiration

des poëtes, laid, le sourire des femmes, Thersite, le casque

d’Achille, lièvre, la peau du lion. N’abuse pas de mes paroles,

je ne dis pas qu’un lord soit nécessairement ignorant, poltron,

laid, bête et vieux; je dis seulement qu’il peut être tout cela

sans que cela lui fasse du tort. Au contraire. Les lords sont

les princes. Le roi d’Angleterre n’est qu’un lord, le premier

seigneur de la seigneurie; c’est tout, c’est beaucoup. Les rois

jadis s’appelaient lords; le lord de Danemark, le lord d’Irlande,

le lord des Iles. Le lord de Norvège ne s’est appelé roi que

depuis trois cents ans. Lucius, le plus ancien roi d’Angleterre,

était qualifié par saint Télesphore _milord Lucius_. Les lords

sont pairs, c’est-à-dire égaux. De qui? du roi. Je ne fais pas

la faute de confondre les lords avec le parlement. L’assemblée

du peuple, que les saxons, avant la conquête, intitulaient

_wittenagemot_, les normands, après la conquête, l’ont intitulée

_parliamentum_. Peu à peu on a mis le peuple à la porte. Les

lettres closes du roi convoquant les communes portaient jadis _ad

consilium impendendum_, elles portent aujourd’hui _ad

consentiendum_. Les communes ont le droit de consentement. Dire

oui est leur liberté. Les pairs peuvent dire non. Et la preuve,

c’est qu’ils l’ont dit. Les pairs peuvent couper la tête au roi,

le peuple point. Le coup de hache à Charles Ier est un

empiétement, non sur le roi, mais sur les pairs, et l’on a bien

fait de mettre aux fourches la carcasse de Cromwell. Les lords

ont la puissance, pourquoi? parce qu’ils ont la richesse. Qui

est-ce qui a feuilleté le Doomsday-book? C’est la preuve que les

lords possèdent l’Angleterre, c’est le registre des biens des

sujets dressé sous Guillaume le Conquérant, et il est sous la

garde du chancelier de l’échiquier. Pour y copier quelque chose,

on paie quatre sous par ligne. C’est un fier livre. Sais-tu que

j’ai été docteur domestique chez un lord qui s’appelait Marmaduke

et qui avait neuf cent mille francs de France de rente par an?

Tire-toi de là, affreux crétin. Sais-tu que rien qu’avec les

lapins des garennes du comte Lindsey on nourrirait toute la

canaille des Cinq-ports? Aussi frottez-vous-y. On y met bon

ordre. Tout braconnier est pendu. Pour deux longues oreilles

poilues qui passaient hors de sa gibecière, j’ai vu accrocher à

la potence un père de six enfants. Telle est la seigneurie. Le

lapin d’un lord est plus que l’homme du bon Dieu. Les seigneurs

sont, entends-tu, maraud? et nous devons le trouver bon. Et

puis si nous le trouvons mauvais, qu’est-ce que cela leur fait?

Le peuple faisant des objections! Plante lui-même n’approcherait

pas de ce comique. Un philosophe serait plaisant s’il

conseillait à cette pauvre diablesse de multitude de se récrier

contre la largeur et la lourdeur des lords. Autant faire

discuter par la chenille la patte de l’éléphant. J’ai vu un jour

un hippopotame marcher sur une taupinière; il écrasait tout; il

était innocent. Il ne savait même pas qu’il y eût des taupes, ce

gros bonasse de mastodonte. Mon cher, des taupes qu’on écrase,

c’est le genre humain. L’écrasement est une loi. Et crois-tu

que la taupe elle-même n’écrase rien? Elle est le mastodonte du

ciron, qui est le mastodonte du volvoce. Mais ne raisonnons pas.

Mon garçon, les carrosses existent. Le lord est dedans, le

peuple est sous la roue, le sage se range. Mets-toi de côté, et

laisse passer. Quant à moi, j’aime les lords, et je les évite.

J’ai vécu chez un. Cela suffit à la beauté de mes souvenirs. Je

me rappelle son château, comme une gloire dans un nuage. Moi,

mes rêves sont en arrière. Rien de plus admirable que

Marmaduke-Lodge pour la grandeur, la belle symétrie, les riches

revenus, les ornements et les accompagnements de l’édifice. Du

reste, les maisons, hôtels et palais des lords offrent un recueil

de ce qu’il y a de plus grand et magnifique dans ce florissant

royaume. J’aime nos seigneurs. Je les remercie d’être opulents,

puissants et prospères. Moi qui suis vêtu de ténèbres, je vois

avec intérêt et plaisir cet échantillon de l’azur céleste qu’on

appelle un lord. On entrait à Marmaduke-Lodge par une cour

extrêmement spacieuse, qui faisait un carré long partagé en huit

carreaux, fermés de balustrades, laissant de tous côtés un large

chemin ouvert, avec une superbe fontaine hexagone au milieu, à

deux bassins, couverte d’un dôme d’un ouvrage exquis à jour, qui

était suspendu sur six colonnes. C’est là que j’ai connu un

docte français, M. l’abbé du Cros, qui était de la maison des

Jacobins de la rue Saint-Jacques. Il y avait à Marmaduke-Lodge

une moitié de la bibliothèque d’Erpenius, dont l’autre moitié est

à l’auditoire de théologie de Cambridge. J’y lisais des livres,

assis sous le portail qui est enjolivé. Ces choses-là ne sont

ordinairement vues que par un petit nombre de voyageurs curieux.

Sais-tu, ridicule boy, que monseigneur William North, qui est

lord Gray de Rolleston, et qui siège le quartorzième au banc des

barons, a plus d’arbres de haute futaie dans sa montagne que tu

n’as de cheveux sur ton horrible caboche? Sais-tu que lord

Norreys de Rycott, qui est la même chose que le comte d’Abingdon,

a un donjon carré de deux cents pieds de haut portant cette

devise _Virtus ariete fortior_, ce qui a l’air de vouloir dire

_la vertu est plus forte qu’un bélier_, mais ce qui veut dire,

imbécile! _le courage est plus fort qu’une machine de guerre?_

Oui, j’honore, accepte, respecte et révère nos seigneurs. Ce

sont les lords qui, avec la majesté royale, travaillent à

procurer et à conserver les avantages de la nation. Leur sagesse

consommée éclate dans les conjonctures épineuses. La préséance

sur tous, je voudrais bien voir qu’ils ne l’eussent pas. Ils

l’ont. Ce qui s’appelle en Allemagne principauté et en Espagne

grandesse, s’appelle pairie en Angleterre et en France. Comme on

était en droit de trouver ce monde assex, misérable, Dieu a senti

ou le bât le blessait, il a voulu prouver qu’il savait faire des

gens heureux, et il a créé les lords pour donner satisfaction aux

philosophes. Cette création-là corrige l’autre, et tire

d’affaire le bon Dieu. C’est pour lui une sortie décente d’une

fausse position. Les grands sont grands. Un pair en parlant de

lui-même dit _nos_. Un pair est un pluriel. Le roi qualifie les

pairs _consanguinei nostri_. Les pairs ont fait une foule de

lois sages, entre autres celle qui condamne à mort l’homme qui

coupe un peuplier de trois ans. Leur suprématie est telle qu’ils

ont une langue à eux. En style héraldique, le noir, qui

s’appelle _sable_ pour le peuple des nobles, s’appelle _saturne_

pour les princes et _diamant_ pour les pairs. Poudre de diamant,

nuit étoilée, c’est le noir des heureux. Et, même entre eux, ils

ont des nuances, ces hauts seigneurs. Un baron ne peut laver

avec un vicomte sans sa permission. Ce sont là des choses

excellentes, et qui conservent les nations. Que c’est beau pour

un peuple d’avoir vingt-cinq ducs, cinq marquis, soixante-seize

comtes, neuf vicomtes et soixante et un barons, qui font cent

soixante-seize pairs, qui les uns sont grâce et les autres

seigneurie! Après cela, quand il y aurait quelques haillons

par-ci par-là! Tout ne peut pas être en or. Haillons, soit;

est-ce que ne voilà pas de la pourpre? L’un achète l’autre. Il

faut bien que quelque chose soit construit avec quelque chose.

Eh bien, oui, il y a des indigents, la belle affaire! Ils

étoffent le bonheur des opulents. Morbleu! nos lords sont notre

gloire. La meute de Charles Mohun, baron Mohun, coûte à elle

seule autant que l’hôpital des lépreux de Mooregate, et que

l’hôpital de Christ, fondé pour les enfants en 1553 par Édouard

VI. Thomas Osborne, duc de Leeds, dépense par an, rien que pour

ses livrées, cinq mille guinées d’or. Les grands d’Espagne ont

un gardien nommé par le roi qui les empêche de se ruiner. C’est

pleutre. Nos lords, à nous, sont extravagants et magnifiques.

J’estime cela. Ne déblatérons pas comme des envieux. Je sais

gré à une belle vision qui passe. Je n’ai pas la lumière, mais

j’ai le reflet. Reflet sur mon ulcère, diras-tu. Va-t’en au

diable. Je suis un Job heureux de contempler Trimalcion. Oh!

la belle planète radieuse là-haut! c’est quelque chose que

d’avoir ce clair de lune. Supprimer les lords, c’est une opinion

qu’Oreste n’oserait soutenir, tout insensé qu’il était. Dire que

les lords sont nuisibles ou inutiles, cela revient à dire qu’il

faut ébranler les états, et que les hommes ne sont pas faits pour

vivre comme les troupeaux, broutant l’herbe et mordus par le

chien. Le pré est tondu par le mouton, le mouton est tondu par

le berger. Quoi de plus juste? A tondeur, tondeur et demi.

Moi, tout m’est égal; je suis un philosophe, et je tiens à la vie

comme une mouche. La vie n’est qu’un pied à terre. Quand je

pense que Henry Bowes Howard, comte de Berkshire, a dans ses

écuries vingt-quatre carrosses de gala, dont un à harnais

d’argent et un autre à harnais d’or! Mon Dieu, je sais bien que

tout le monde n’a pas vingt-quatre carrosses de gala, mais il ne

faut point déclamer. Parce que tu as eu froid une nuit, ne

voilà-t-il pas! Il n’y a pas que toi. D’autres aussi ont froid

et faim. Sais-tu que sans ce froid Dea ne serait pas aveugle, et

que si Dea n’était pas aveugle, elle ne t’aimerait pas!

raisonne, buse! Et puis, si tous les gens qui sont épars se

plaignaient, ce serait un beau vacarme. Silence, voilà la règle.

Je suis convaincu que le bon Dieu ordonne aux damnés de se taire,

sans quoi ce serait Dieu qui serait damné, d’entendre un cri

éternel. Le bonheur de l’Olympe est au prix du silence du

Cocyte. Donc, peuple, tais-toi. Je fais mieux, moi, j’approuve

et j’admire. Tout à l’heure, j’énumérais les lords, mais il faut

y ajouter deux archevêques et vingt-quatre évêques! En vérité,

je suis attendri quand j’y songe. Je me rappelle avoir vu, chez

le dîmeur du révérend doyen de Raphoë, lequel doyen fait partie

de la seigneurie et de l’église, une vaste meule du plus beau blé

prise aux paysans d’alentour et que le doyen n’avait pas eu la

peine de faire pousser. Cela lui laissait le temps de prier

Dieu. Sais-tu que lord Marmaduke mon maître était lord grand

trésorier d’Irlande, et haut sénéchal de la souveraineté de

Knaresburg dans le comté d’York! Sais-tu que le lord haut

chambellan, qui est un office héréditaire dans la famille des

ducs d’Ancaster, habille le roi le jour du couronnement, et

reçoit pour sa peine quarante aunes de velours cramoisi, plus le

lit où le roi a dormi; et que l’huissier de la verge noire est

son député! Je voudrais bien te voir faire résistance à ceci,

que le plus ancien vicomte d’Angleterre est le sire Robert Brent,

créé vicomte par Henri V. Tous les titres des lords indiquent

une souveraineté sur une terre, le comte Rivers excepté, qui a

pour titre son nom de famille. Comme c’est admirable ce droit

qu’ils ont de taxer les autres, et de prélever, par exemple,

comme en ce moment-ci, quatre shellings par livre sterling de

rente, ce qu’on vient de continuer pour un an, et tous ces beaux

impôts sur les esprits distillés, sur les accises du vin et de la

bière, sur le tonnage et le pondage, sur le cidre, le poiré, le

mum, le malt et l’orge préparé, et sur le charbon de terre et

cent autres semblables! Vénérons ce qui est. Le clergé lui-même

relève des lords. L’évêque de Man est le sujet du comte de

Derby. Les lords ont des bêtes féroces à eux qu’ils mettent dans

leurs armoiries. Comme Dieu n’en a pas fait assez, ils en

inventent. Ils ont crée le sanglier héraldique qui est autant

au-dessus du sanglier que le sanglier est au-dessus du porc, et

que le seigneur est au-dessus du prêtre. Ils ont créé le

griffon, qui est aigle aux lions et lion aux aigles, et qui fait

peur aux lions par ses ailes et aux aigles par sa crinière. Ils

ont la guivre, la licorne, la serpente, la salamandre, la

tarasque, la drée, le dragon, l’hippogriffe. Tout cela, terreur

pour nous, leur est ornement et parure. Ils ont une ménagerie

qui s’appelle le blason, et où rugissent les monstres inconnus.

Pas de forêt comparable pour l’inattendu des prodiges à leur

orgueil. Leur vanité est pleine de fantômes qui s’y promènent

comme dans une nuit sublime, armés, casqués, cuirassés,

éperonnés, le bâton d’empire à la main, et disant d’une voix

grave: Nous sommes les aïeux! Les scarabées mangent les racines,

et les panoplies mangent le peuple. Pourquoi pas? Allons-nous

changer les lois? La seigneurie fait partie de l’ordre. Sais-tu

qu’il y a un duc en Écosse qui galope trente lieues sans sortir

de chez lui? Sais-lu que le lord archevêque de Canterbury a un

million de France de revenu? Sais-tu que sa majesté a par an

sept cent mille livres sterling de liste civile, sans compter les

châteaux, forêts, domaines, fiefs, tenances, alleux, prébendes,

dîmes et redevances, confiscations et amendes, qui dépassent un

million sterling? Ceux qui ne sont pas contents sont difficiles.

--Oui, murmura Gwynplaine pensif, c’est de l’enfer des pauvres

qu’est fait le paradis des riches.

L'homme Qui Rit · 第 150 / 247 题