La reine Anne en voulait un peu à la duchesse Josiane, pour deux
raisons.
Premièrement, parce qu’elle trouvait la duchesse Josiane jolie.
Deuxièmement, parce qu’elle trouvait joli le fiancé de la
duchesse Josiane.
Deux raisons pour être jalouse suffisent à une femme; une seule
suffit à une reine.
Ajoutons ceci. Elle lui en voulait d’être sa sœur.
Anne n’aimait pas que les femmes fussent jolies. Elle trouvait
cela contraire aux mœurs.
Quant à elle, elle était laide.
Non par choix pourtant.
Une partie de sa religion venait de cette laideur.
Josiane, belle et philosophe, importunait la reine.
Pour une reine laide, une jolie duchesse n’est pas une sœur
agréable.
Il y avait un autre grief, la naissance _improper_ de Josiane.
Anne était fille d’Anne Hyde, simple lady, légitimement, mais
fâcheusement épousée par Jacques II, lorsqu’il était duc d’York.
Anne, ayant de ce sang inférieur dans les veines, ne se sentait
qu’à demi royale, et Josiane, venue au monde tout à fait
irrégulièrement, soulignait l’incorrection, moindre, mais réelle,
de la naissance de la reine. La fille de la mésalliance voyait
sans plaisir, pas très loin d’elle, la fille de la bâtardise. Il
y avait là une ressemblance désobligeante. Josiane avait le
droit de dire à Anne: ma mère vaut bien la vôtre. A la cour on
ne le disait pas, mais évidemment on le pensait. C’était
ennuyeux pour la majesté royale. Pourquoi cette Josiane? Quelle
idée avait-elle eue de naître? A quoi bon une Josiane? De
certaines parentés sont diminuantes.
Pourtant Anne faisait bon visage à Josiane.
Peut-être l’eût-elle aimée, si elle n’eût été sa sœur.