MES PETITES AMOUREUSES

Un hydrolat lacrimal lave

Les cieux vert-choux:

Sous l'arbre tendronnier qui bave

Vos caoutchoucs,

Blancs de lunes particulières

Aux pialats ronds,

Entrechoquez vos genouillères,

Mes laiderons!

Nous nous aimions à cette époque,

Bleu laideron:

On mangeait des œufs à la coque

Et du mouron!

Un soir, tu me sacras poète,

Blond laideron:

Descends ici que je te fouette

En mon giron!

J'ai dégueulé ta bandoline,

Noir laideron;

Tu couperais ma mandoline

Au fil du front.

Pouah! nos salives desséchées,

Roux laideron,

Infectent encor les tranchées

De ton sein rond!

Ô mes petites amoureuses,

Que je vous hais!

Plaquez de foufïes douloureuses

Vos tétons laids!

Piétinez mes vieilles terrines

De sentiment;

Hop donc,--soyez-moi ballerines

Pour un moment!...

Vos omoplates se déboîtent,

Ô mes amours!

Une étoile à vos reins qui boitent,

Tournez vos tours!

Est-ce pourtant pour ces éclanches

Que j'ai rimé?

Je voudrais vous casser les hanches,

D'avoir aimé!

Fade amas d'étoiles ratées,

Comblez les coins!

--Vous crèverez en Dieu, bâtées

D'ignobles soins!

Sous les lunes particulières

Aux pialats ronds

Entrechoquez vos genouillères,

Mes laiderons!

Mai 1871.

Oeuvres de Arthur Rimbaud: Vers et proses Revues sur les manuscrits originaux et les premières éditions mises en ordre et annotées par Paterne Berrichon; poèmes retrouvés · 第 206 / 220 题