CHANSON DE LA PLUS HAUTE TOUR

Qu'il vienne, qu'il vienne,

Le temps dont on s'éprenne.

J'ai tant fait patience

Qu'à jamais j'oublie.

Craintes et souffrances

Aux cieux sont parties.

Et la soif malsaine

Obscurcit mes veines.

Qu'il vienne, qu'il vienne,

Le temps dont on s'éprenne.

Telle la prairie

À l'oubli livrée,

Grandie et fleurie

D'encens et d'ivraies,

Au bourdon farouche

De très sales mouches,

Qu'il vienne, qu'il vienne,

Le temps dont on s'éprenne.

J'aimai le désert, les vergers brûlés, les boutiques fanées, les

boissons tiédies. Je me traînais dans les ruelles puantes et, les yeux

fermés, je m'offrais au soleil, dieu de feu.

«Général, s'il reste un vieux canon sur tes remparts en ruines,

bombarde-nous avec des blocs de terre sèche. Aux glaces des magasins

splendides! dans les salons! Fais manger sa poussière à la ville. Oxyde

les gargouilles. Emplis les boudoirs de poudre de rubis brûlante...»

Oh! le moucheron enivré à la pissotière de l'auberge, amoureux de la

bourrache, et que dissout un rayon!

Oeuvres de Arthur Rimbaud: Vers et proses Revues sur les manuscrits originaux et les premières éditions mises en ordre et annotées par Paterne Berrichon; poèmes retrouvés · 第 142 / 220 题