PATIENCE

_D'un été._

Aux branches claires des tilleuls

Meurt un maladif hallali.

Mais des chansons spirituelles

Voltigent partout les groseilles.

Que notre sang rie en nos veines,

Voici s'enchevêtrer les vignes.

Le ciel est joli comme un ange,

Azur et Onde communient.

Je sors! Si un rayon me blesse,

Je succomberai sur la mousse.

Qu'on patiente et qu'on s'ennuie,

C'est si simple!... Fi de ces peines.

Je veux que l'été dramatique

Me lie à son char de fortune.

Que par toi beaucoup, ô Nature,

--Ah moins nul et moins seul! je meure.

Au lieu que les bergers, c'est drôle,

Meurent à peu près par le monde.

Je veux bien que les Saisons m'usent.

À Toi, Nature! je me rends,

Et ma faim et toute ma soif;

Et s'il te plaît, nourris, abreuve.

Rien de rien ne m'illusionne:

C'est rire aux parents qu'au soleil;

Mais moi je ne veux rire à rien

Et libre soit cette infortune.

Oeuvres de Arthur Rimbaud: Vers et proses Revues sur les manuscrits originaux et les premières éditions mises en ordre et annotées par Paterne Berrichon; poèmes retrouvés · 第 67 / 220 题