_Mercredi, 12 août_ (suite).--Sir Edward Grey, ministre des Affaires
étrangères de la Grande-Bretagne, remet à l'ambassadeur
d'Autriche-Hongrie, tant au nom du gouvernement français (l'ambassadeur
de François-Joseph ayant quitté Paris) que du gouvernement britannique,
la déclaration de guerre à partir de minuit.
Un combat, commencé la veille, mardi 11, sur l'Othain, à la frontière
nord du département de la Meuse, se termine brillamment pour nos
troupes. Les Allemands ont laissé sur le terrain, le premier jour, de
nombreux morts, et, entre nos mains, 1.000 prisonniers, une batterie
d'artillerie (6 pièces), trois mitrailleuses. Dans la journée du 12, une
batterie française surprend le 21e dragons allemand pied à terre et
l'anéantit.
Les premiers prisonniers allemands traversent la région de Paris,
dirigés vers l'Ouest.
BELGIQUE.--Importante victoire des Belges sur les Allemands à Haelen,
dans la province de Limbourg. (Nous en donnons d'autre part le compte
rendu, illustré d'impressionnantes photographies.)
_Jeudi, 13 août._--A Chambrey (première station en Lorraine annexée de
la ligne de Nancy à Château-Salins), nos troupes surprennent deux
compagnies d'infanterie bavaroise et les refoulent avec de sérieuses
pertes.
Par contre, un échec: deux bataillons français qui s'étaient emparés du
village de La Garde (Alsace) en sont chassés par une contre-attaque et
se retirent à Xures.
Une série d'engagements a rendu nos troupes maîtresses de la crête des
Vosges, où depuis cinq jours elles se maintiennent malgré les
contre-attaques. Aux cols du Bonhomme, de Sainte-Marie-aux-Mines, de
Saales, tous las efforts ennemis sont repoussés.
Le général Joffre décerne la croix au lieutenant de dragons Bruyant qui,
à la tête de sept cavaliers, a attaqué une patrouille d'une trentaine de
uhlans, a tué de sa main leur officier et mis en déroute le peloton en
le décimant: c'est le premier officier décoré de la campagne. La
première médaille militaire est décernée au brigadier de dragons
Escoffier.
Un avion allemand, arborant le pavillon français, jette trois bombes sur
Vesoul, deux sur Lure.
BELGIQUE.--Très chaude action à Eghézée, à 16 kilomètres au nord de
Namur, où les Allemands sont repoussés vers Huy avec de grosses pertes.
Escarmouches à Tongres, Hasselt, etc.
RUSSIE.--Hostilités aux frontières allemande et hongroise. (Nous en
donnons le détail page 158.)
SERBIE.--Les troupes autrichiennes, impuissantes devant Belgrade,
auraient franchi, dans la nuit, la Save à Chavatz et la Drina près de
Loznitza.
Les troupes monténégrines ont fait leur jonction avec les troupes serbes
et pénétré avec elles en Bosnie. L'Herzégovine entière est aux mains des
alliés.
SUR MER.--On fait connaître que, le 9, des sous-marins allemands ont
attaqué la flotte anglaise. L'un d'eux, l'_U. 15_, a été coulé par le
croiseur _Birmingham_.
_Vendredi, 14 août._--Les troupes françaises, qui avaient, la veille,
pris le plateau voisin de Saales, occupent la ville de Saales et le col
du même nom, qui commande la vallée de la Bruche. Succès pour notre
artillerie appuyant l'attaque d'infanterie.
L'important massif du Donon, dominant toute la vallée de la Bruche est
également occupé par nos soldats qui font plus de 500 prisonniers.
Les troupes d'Afrique ont rejoint le front.
D'importantes forces françaises sont entrées en Belgique pour coopérer
avec les armées anglaise et belge.
Les Allemands bombardent pour la seconde fois Pont-à-Mousson, lançant
plus de 200 obus de gros calibre. Une fillette est tuée. L'hôpital est
fort endommagé.
_Samedi, 15 août._--Dans la région de Blamont, Cirey, Avricourt, nos
forces se sont portées, repoussant les Allemands, jusqu'à la hauteur de
Lorquin, à 8 kilomètres en avant de l'ancienne frontière, en enlevant le
convoi d'une division de cavalerie allemande, soit 19 camions
automobiles. Le corps d'armée bavarois qui nous était opposé se replie
vers Sarrebourg.
Dans la Haute-Alsace, Thann est pris. Le drapeau du 132e régiment
d'infanterie allemande est enlevé à Sainte-Blaise, dans la vallée de la
Bruche, par un bataillon de chasseurs à pied. Les prisonniers faits à
Thann assurent que le général von Deimling, qui commandait le 15e corps
et avait son quartier général à Thann même, a été blessé à Sainte-Blaise
également.
Deux avions français pilotés par le lieutenant Cesari et le caporal
Prudhommeau survolent Metz et jettent des bombes sur le hangar des
zeppelins, à Frascati.
Un sérieux engagement a lieu sur les bords de la Meuse, près de Dinant,
entre Français et Allemands. Le combat dure douze grandes heures,
caractérisé par des heurts de cavalerie et d'infanterie, puis par un
duel d'artillerie du haut des collines dominant la ville. Les Allemands
qui avaient passé sur la rive gauche de la Meuse sont repoussés avec des
pertes notables sur Rochefort.
RUSSIE.--Une proclamation du tsar Nicolas II annonce aux Polonais de
Russie, d'Autriche et d'Allemagne qu'il leur donne l'autonomie et
l'intégrité territoriale. La Pologne est ressuscitée! Le grand-duc
Nicolas, commandant en chef de l'armée impériale, adresse un appel aux
Polonais, les conviant à s'unifier «sous le sceptre du tsar russe,
libres dans leur religion, dans leur langue et dans leur autonomie».
[Illustration: LE PREMIER PRISONNIER
Sous-officier de hussards allemand amené à un état-major d'armée à la
frontière.]
JAPON.--Le Japon fait remettre au gouvernement allemand, par son
ambassadeur à Berlin, un ultimatum dans lequel il exige: 1º que
l'Allemagne rappelle ou désarme tous ses bâtiments de guerre présents
dans les eaux japonaises et chinoises; 2º qu'elle évacue dans le délai
d'un mois le territoire qu'elle occupe à bail à Kiao-Tchéou (Chine) qui
sera éventuellement restitué à la Chine. Le Japon demande une réponse
sous huitaine.
_Dimanche, 16 août._--Le mouvement en avant de nos troupes se développe
sur tout le front de Réchicourt jusqu'à Sainte-Marie-aux-Mines. Cette
ville est enlevée et occupée.
Les troupes qui ont occupé le Donon dans la journée du 14 continuent de
progresser dans la vallée de Schirmeck, en capturant un millier de
prisonniers, 12 canons de campagne avec leurs caissons de munitions et 8
mitrailleuses.
ALLEMAGNE.--Guillaume II quitte le matin Potsdam pour Mayence, où il
rejoint le grand quartier général.
SERBIE.--Les Serbes, après un effort de deux jours, chassent de Chabatz
(rive droite du Danube) les Autrichiens qui s'en étaient emparés; les
fuyards abandonnent 14 canons, des mitrailleuses, des
approvisionnements, du matériel.
SUR MER.--On confirme que le _Kronprinz-Wilhelm_, un des plus beaux
paquebots allemands, armé en croiseur auxiliaire, a été capturé par le
croiseur anglais _Essex_.
_Lundi, 17 août._--La progression en avant continue. Nos troupes
occupent les hauteurs au nord de la frontière. Leur ligne de front passe
par Abrechwiller, Lorquin, Azoudange et Marsal, ayant gagné de 6 à 8
kilomètres en Lorraine annexée.
Dans la région du Donon, nous occupons Schirmeck. Notre cavalerie a
poussé jusqu'à Lutzelhausen et Muhlbach, sur la route de Molsheim.
Au sud, nous avons occupé Villé, Sainte-Croix-aux-Mines. De l'artillerie
lourde allemande a été prise.
En Alsace, nous demeurons fortement appuyés sur la ligne Thann, Cernay
et Dannemarie. Les forces allemandes se retirent en grand désordre vers
le nord et vers l'est.
Le colonel Serret, ancien attaché militaire à Berlin, apporte au
ministère de la Guerre le drapeau du 132e régiment d'infanterie
allemand, pris à Sainte-Blaise par le 1er bataillon de chasseurs.
RUSSIE.--Le tsar et la famille impériale arrivent à Moscou, pour les
prières solennelles.
SUR MER.--Le ministre de la Guerre fait connaître au Conseil de la
Défense nationale que la flotte commandée par l'amiral Boué de Lapeyrère
a coulé, devant Antivari, un croiseur autrichien, le _Zenta_, de 2.300
tonnes qui tenait le blocus de ce port.
Un monoplan allemand, arborant les couleurs françaises, laisse tomber
trois bombes sur Lunéville. Dégâts purement matériels et insignifiants.
_Mardi, 18 août._--Dépêche du général Joffre précisant la situation à
cette date: nous avons conquis la majeure partie des vallées des Vosges
sur le versant d'Alsace;--au sud de Sarrebourg, l'ennemi, qui avait
organisé une position fortifiée défendue par de l'artillerie lourde,
s'est replié, et notre cavalerie le poursuit;--nous avons occupé toute
la «région des étangs» jusqu'au sud de Fenestrange;--nos troupes
débouchent de la Seille, dont une partie des passages ont été évacués
par les Allemands, et notre cavalerie est à Château-Salins. «Notre
artillerie a des effets démoralisants et foudroyants pour l'adversaire.
D'une façon générale, nous avons obtenu, au cours des journées
précédentes, des succès importants...»
BELGIQUE.--On confirme le bruit qui courait depuis quelques jours, de la
mort du général von Emmich, qui commandait l'armée allemande devant
Liége. Suivant une version, il aurait succombé à des blessures; selon
une autre, il se serait suicidé, désespéré de son échec.
Le kronprinz serait blessé.
RUSSIE.--A Moscou, cérémonie religieuse au Kremlin; procession impériale
à la cathédrale Ouspensky, et réception à la salle Saint-Georges, où le
tsar atteste, solennellement, que c'est contre ses intentions que la
«tempête militaire» s'est abattue sur son peuple pacifique.
_Mercredi, 19 août._--Un communiqué officiel du ministère de la Guerre
déclare qu'il est établi, d'après les documents saisis sur les blessés,
les morts et les prisonniers, que toute la responsabilité des atrocités
commises en Alsace-Lorraine par les troupes allemandes, doit retomber
sur le commandement. Elles ont été méthodiquement ordonnées.
Nous continuons à progresser dans la Haute-Alsace. Nos troupes
débouchent sur la Seille, occupant tour à tour Château-Salins et Dieuze,
puis, à la fin de la journée, Delme et Morhange. Enfin Mulhouse est
repris.
A Florenville (Belgique), on signale une rencontre de cavalerie heureuse
pour les nôtres.
BELGIQUE.--La reine des Belges et ses enfants, ainsi que le gouvernement
et le corps diplomatique, quittent Bruxelles pour Anvers, considérée
comme imprenable. Bruxelles demeure bien défendue.
Des forces allemandes très importantes franchissent la Meuse entre Liége
et Namur.
[Illustration: deco.]