ÉGLISE DE WORMS (HESSE-DARMSTADT).--ÉGLISE DE SPIRE (BAVIÈRE) ALLEMAGNE.

La première moitié du XIIᵉ siècle doit être considérée comme une époque

de transition.

Nous entendons donner à ce mot transition une signification plus étendue

que celle donnée généralement par les archéologues modernes à cette

époque de l’histoire de l’architecture, car nous ne croyons pas que les

perfectionnements progressifs qui ont marqué le milieu du XIIᵉ siècle se

soient manifestés seulement par les changements apportés dans les formes

des arcs.

Les arcs en plein cintre ou les arcs brisés ont une origine très

ancienne, et si l’on en croit les savants, les Perses auraient employé

l’arc brisé bien avant l’époque romaine. D’ailleurs, l’arc brisé était

en usage, non comme une forme consacrée ou encore moins comme un

système, mais bien comme un moyen, un expédient de construction dans des

édifices construits en Provence dans les premières années du XIᵉ siècle.

Les exemples de berceaux et d’arcades en forme d’arcs brisés abondent

dans les plus anciens édifices romans du Limousin et du Poitou; on voit

même souvent cette forme et le plein cintre employés simultanément dans

le même édifice.

La transition doit être entendue dans un sens plus large et plus

général, car il nous semble que cette époque est caractérisée par la

transformation du système de voûtement des églises, fait bien autrement

important que la forme des arcs, qui n’est plus qu’un mince détail dans

un vaste ensemble.

Ce grand mouvement d’art est né de l’application générale du mode de

construction des églises à coupoles, qui avait si profondément modifié,

dès les premières années du XIᵉ siècle, l’art de bâtir en Occident, dont

Saint-Front est resté l’admirable exemple, le type par excellence.

[Illustration: FIG. 181.--ÉGLISE DE WORMS, HEISSE-DARMSTADT (ALLEMAGNE).

(Plan.)]

Nous connaissons les étapes parcourues depuis l’église des

Saints-Apôtres, à Constantinople, jusqu’à l’église de Saint-Front, en

France. Nous savons avec quelle merveilleuse adresse les architectes

aquitains se sont assimilé les traditions byzantines pour les appliquer

selon leurs ressources et par l’emploi, judicieusement combiné, des

matériaux dont ils disposaient; nous avons suivi les progrès réalisés

par leurs successeurs romans, depuis l’église de Périgueux jusqu’à celle

de Fontevrault, et enfin nous avons constaté les modifications

apportées, avec une science pleine d’ingénieuses ressources, dans la

construction des voûtes, depuis la coupole de Saint-Front jusqu’à la

croisée d’ogives si nettement accusée à Saint-Avit et à Saumur.

Ce nouveau système de construction, ayant pour but d’alléger les voûtes,

amena tout naturellement des changements considérables. Ils consistèrent

dans la diminution des masses portantes, plus faibles, mais plus

nombreuses. Entre les piles principales, on éleva des piliers plus

faibles; ceux-ci reliés entre eux par des arcades superposées et

celles-là par un formeret rejoignant la voûte et solidarisant les piles

principales.

Les voûtes d’arête, munies ou non d’arcs-doubleaux, avec ou sans croisée

d’ogives, très bombées et rappelant la forme des coupoles ou des voûtes

annulaires, reportent les charges sur les piles principales, solidement

contrebutées par les voûtes latérales; elles sont disposées sur un plan

carré, réminiscence, ou plutôt imitation traditionnelle des églises à

coupoles élevées sur un plan semblable.

Les églises bâties au milieu du XIIᵉ siècle, ou à peu près, de Worms et

de Spire en Allemagne, de Saint-Ambroise de Milan en Italie et de la

Trinité de Caen en France, nous fournissent les exemples les plus

intéressants de cette époque de transition qui prépara la révolution

monumentale du XIIIᵉ siècle.

Dans la nef de la cathédrale de Worms, nous dit Viollet-le-Duc, nef qui

date de la moitié du XIIᵉ siècle, une grande voûte d’arête sans

arc-doubleau la couvre et s’élève sur plan carré. Les piles

intermédiaires forment des compartiments dans les bas côtés qui sont

également couverts par des voûtes d’arête qui dérivent de la tradition

romano-byzantine.

[Illustration: FIG. 182.

L'Architecture romane · 第 103 / 128 题