ÉGLISE DE SAINT-MARC A VENISE (ITALIE).

La construction des églises à coupoles a été une des phases les plus

intéressantes de la révolution dans l’art de bâtir, qui a pris naissance

en Orient au VIᵉ siècle et qui s’est manifestée, à peu près

simultanément, dès le commencement du XIᵉ siècle, en Italie et en France

par deux admirables monuments, chefs-d’œuvre d’architecture de la

période romane.

Les églises élevées à la fin du Xᵉ siècle et surtout dès le commencement

du XIᵉ siècle sont voûtées, partiellement ou entièrement, selon les

principes, nouveaux alors, de l’architecture romane, et nous avons vu

les efforts des constructeurs pour arriver à ce résultat. Cependant les

dispositions générales étaient restées à peu près les mêmes que celles

de la basilique antique, à l’exception des églises rondes ou polygones,

et les édifices dans lesquels on peut constater les combinaisons les

plus ingénieuses et les plus savantes de la formule romane ne s’écartent

pas de la forme basilicale, forme consacrée pour ainsi dire. C’est

toujours la même nef centrale, accompagnée d’un ou de plusieurs bas

côtés, aboutissant à un transsept sur lequel s’ouvrent, au delà, un

hémicycle principal, ou grande abside et deux ou plusieurs absidioles.

Ces diverses parties de l’édifice sont couvertes en bois ou en pierre,

par des charpentes apparentes ou par des voûtes, en berceau plein cintre

ou brisé, d’arête ou en quart de sphère; c’est le plan latin augmenté

d’un plus ou moins grand nombre de détails accessoires qui ne changent

pas la forme générale.

[Illustration: FIG. 153.--ÉGLISE DE SAINT-MARC, A VENISE. (Plan.)]

Mais par l’adoption du système nouveau dont la coupole est l’élément

capital, les églises se transforment et, si elles gardent encore

quelques détails latins, elles deviennent byzantines par l’économie

même de leur construction. Le plan des édifices ne rappelle plus les

basiliques romaines; il devient semblable à celui de l’église des

Saints-Apôtres, bâtie sous le règne de

[Illustration: FIG. 154.--ÉGLISE DE SAINT-MARC, A VENISE.

(Coupe longitudinale.)]

Justinien à Constantinople et décrit par l’historien grec Procope.--_De

ædificiis Justiniani_, d’après Quicherat.

L’église des Saints-Apôtres figurait une croix grecque composée de deux

nefs égales, de trois travées chacune, se coupant à angle droit et

formant par conséquent cinq travées semblables, couronnées chacune par

une coupole hémisphérique soutenue par quatre pendentifs

[Illustration: FIG. 155.--ÉGLISE DE SAINT-MARC, A VENISE. (Vue

perspective intérieure.)]

rachetant le carré. C’est absolument la description de l’église de

Saint-Marc et de celle de Saint-Front que nous étudierons dans le

chapitre suivant.

Saint-Marc ne fut donc pas construit sur le plan de Sainte-Sophie de

Constantinople, à moins qu’il ne s’agisse de l’église primitive[83],

détruite par un incendie en 976--ce qui indiquerait qu’elle était

couverte par une charpente comme les basiliques antiques.

L’église de Saint-Marc, qui existe encore aujourd’hui, a été commencée,

selon les historiens et les archéologues dignes de foi, en 1043 et

couverte, en 1071, sinon achevée, car on continua pendant des siècles à

l’agrandir et à la décorer. Elle a la forme exacte de l’église des

Saints-Apôtres, si bien décrite par Procope.

L’origine orientale de Saint-Marc est donc absolument démontrée; elle

s’explique aisément d’ailleurs par les relations incessantes qui

existaient entre Constantinople, le Levant et Venise qui monopolisa,

jusqu’au Xᵉ siècle, le commerce de l’Orient et celui d’une partie de

l’Occident.

La construction de Saint-Marc indique un art avancé. Les nefs croisées

sont formées par des arcs-doubleaux réunis au sommet par des pendentifs

formant une assise solide aux coupoles hémisphériques. Les piles

recevant les retombées des arcs-doubleaux sont évidées par des arcades

étagées et forment des bas côtés qui établissent les communications

faciles latéralement aux nefs croisées[84].

Mais si le plan et le parti architectural en élévation sont franchement

byzantins, le mode de construction est resté romain; l’ossature de

l’édifice a été revêtue après coup d’une décoration qui dissimule les

détails de sa construction.

Les détails d’architecture sont également romains;

[Illustration: FIG. 156.--ÉGLISE DE SAINT-MARC, A VENISE.

(Détails de sculpture.)]

les bases, les profils ont tous les caractères antiques, et les fûts des

colonnes ainsi que leurs chapiteaux semblent avoir été enlevés à des

monuments grecs.

A l’est, un hémicyle, ou abside, cantonné d’absidioles,--comme à

l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem--est accompagné de deux absides

plus petites, disposées de même manière. Cette abside et ces deux

absidioles forment un sanctuaire qui rappelle celui des églises

chrétiennes de Constantinople ou de la Grèce, surtout celles de

Théotocos et de Saint-Nicodème.

A l’ouest, un porche à coupoles, moins ancien que l’église, s’étend sur

la façade percée de cinq portes et se prolonge sur les faces latérales

jusqu’aux bras de croix nord et sud.

Les dômes actuels ont remplacé les couronnements primitifs des coupoles.

Les façades ont été restaurées au XIVᵉ siècle et les clochetons, les

arcs en accolade et les ornements de mauvais goût qui déshonorent le

vénérable édifice paraissent être de cette époque.

L'Architecture romane · 第 90 / 128 题