BLACAS.

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Nº 8 _bis_.--LES AMBASSADEURS DU ROI AU CONGRÈS, AU MINISTRE DES

AFFAIRES ÉTRANGÈRES A PARIS.

Vienne, le 24 octobre 1814.

Monsieur le comte,

Les affaires n'ont pas pris une meilleure direction. Tout, depuis

notre dernière dépêche, est intrigue, mystère et incohérence dans le

système général.

L'empereur de Russie persiste dans l'occupation du grand-duché de

Varsovie. Il ne veut en céder que quelques parcelles et prétend y

régénérer la Pologne.

La Prusse persiste à s'indemniser de ses pertes par la réunion de la

Saxe. L'empereur de Russie annonce y avoir consenti; il déclare qu'il

en a pris l'engagement personnel envers le roi de Prusse.

L'Autriche ne s'y oppose que faiblement; elle louvoie, cherche à

gagner du temps, à se fortifier de l'impression que cet acte

d'injustice produit sur les esprits. Elle ne se rapproche pas de nous

et croit la question perdue, tout en voulant la rattacher à la

discussion qui doit avoir lieu sur les limites en Pologne.

L'Angleterre n'a de bonne foi que pour faire obtenir à la Prusse tout

ce que cette puissance exige. Celle-ci doit devenir le garant des

relations anglaises en Allemagne qui tendent à une union intime entre

l'Autriche et la Prusse. L'Angleterre y rattache le Hanovre et la

Hollande.

Le 1er novembre approche, et on ne se sera entendu sur rien. Aucune

conférence n'a eu lieu. On se demande si le congrès sera ouvert, ou si

avant d'exister, l'Europe connaîtra les motifs qui l'ont empêché.

Plusieurs ministres sont d'avis qu'il est peut-être préférable de le

dissoudre pour le moment, et d'en réunir un nouveau d'ici à quelque

temps, lorsqu'on voudra s'éclairer mieux sur les véritables besoins de

l'Europe.

Le prince de Metternich a répondu aux ministres prussiens sur la note

qui demande d'obtenir la Saxe, pour compléter les dix millions de

population qui composaient la monarchie prussienne en 1805. Cette

réponse ne décide rien, et ne consent à rien. Elle discute plutôt et

fait sentir que la question de la Saxe ne peut pas être traitée

isolément, et doit se rattacher aux arrangements à prendre sur les

nouvelles limites en Pologne.

Dans cet état de choses, l'occupation provisoire de la Saxe par les

armées prussiennes va avoir lieu; et cette condescendance de la part

de la cour de Vienne est déjà un événement très fâcheux. Il laisse à

la Russie la faculté de faire ce qui lui conviendra dans le duché de

Varsovie, et fournit à la Prusse tous les moyens de s'affermir en

Saxe.

Il arrivera que le calcul que l'on a voulu faire sur le caractère de

l'empereur de Russie et sur celui du roi de Prusse, sera en défaut; et

nous craignons que de fausses idées de gloire et de _camaraderie_, si

on ose s'exprimer ainsi, les rendent sourds à toute représentation,

que l'Angleterre n'y applaudisse parce qu'elle trouve son intérêt dans

l'exécution de ces projets, et que l'Autriche ne veuille point se

livrer aux chances d'une nouvelle guerre. Le prince de Metternich,

pour couvrir un peu sa honte, fait valoir l'avantage qu'il trouve à ce

que les armées russes sortent de l'Allemagne; et il ne voit pas

qu'elles se concentrent à peu de distance de l'Oder, et que soixante

mille hommes sont encore dans le Holstein. Lord Castlereagh, de son

côté, n'est alarmé que par l'idée de ne pas voir s'exécuter tout comme

il l'entend. Il ne veut faire d'efforts que pour modérer dans

l'empereur de Russie les prétentions qu'il a sur tout le duché de

Varsovie; mais il proteste que la bonne foi qu'il doit mettre dans ses

rapports avec la Prusse, ne lui permet pas de s'opposer a ce qu'elle

garde la Saxe qui assure son agrandissement.

Nous nous persuadons aussi que la religion que professent le roi de

Saxe et sa famille[288] influe sur les dispositions de l'Angleterre,

et qu'elle voit volontiers ces pays retomber dans les mains de princes

protestants. Cette observation est confirmée par le langage habituel

de la légation anglaise.

[288] La branche cadette de la maison de Saxe, c'est-à-dire la

branche royale, était catholique.

M. le prince de Talleyrand a eu hier une entrevue avec l'empereur de

Russie qui n'a offert aucun résultat satisfaisant, et qui a confirmé

les craintes que nous avons que ce prince ne marche aveuglément dans

des principes de convenance et d'ambition qui doivent alarmer

l'Europe. Avant son départ pour la Hongrie, où il doit s'arrêter

quatre jours, il a eu une conversation avec le prince de Metternich,

dans laquelle il s'est exprimé de la manière la plus inconvenante.

On se demande maintenant quels sont les moyens de s'opposer au

désordre qui menace de nouveau, dès que l'Autriche et l'Angleterre ne

veulent pas seconder nos efforts. Lord Castlereagh convient à présent

lui-même qu'il s'était cru plus fort à l'égard de l'empereur de

Russie; qu'il avait à regretter de ne pas lui avoir opposé l'Europe

entière réunie dans un congrès comme on le lui avait proposé à Paris,

et qu'on pouvait encore essayer de ce moyen. S'il est sans effet,

comme nous le pensons, il restera au roi la faculté de ne rien

sanctionner; et ce sera la dernière démarche qui sera faite, si aucun

autre moyen ne se présente pour modifier cet état de choses.

Les conférences pour les affaires d'Allemagne continuent.

Il y a eu une contestation entre le roi de Wurtemberg et le nouveau

roi de Hanovre pour la préséance; et la question de savoir qui sera le

chef de la nouvelle ligue germanique ne paraît pas encore décidée.

Il serait possible que la cour de Vienne relevât la couronne impériale

si on consent à la rendre héréditaire dans la maison d'Autriche.

L'Angleterre paraît seconder cette idée, et le prince de Metternich y

cherche peut-être aussi un moyen de relever sa politique et de couvrir

la faiblesse de son système. Il suit ici les errements du comte de

Cobenzl, qui, à l'époque où son souverain abandonna le titre

d'empereur d'Allemagne, le consola, lui et son pays, en stipulant

qu'il serait remplacé par le titre d'empereur d'Autriche.

Dans une des conférences, les ministres prussiens ont proposé et

soutenu que, pour la sûreté de la ligue germanique, les États

confédérés devaient renoncer au droit de légation et à celui de guerre

ou de paix. Les ministres bavarois se sont fortement opposés à ce

système qui rendrait les États de véritables vassaux.

Agréez...

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Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 2 · 第 57 / 104 题