M. de Labrador, pour avoir été de la même opinion que moi dans les
conférences auxquelles nous avons été l'un et l'autre appelés, et
peut-être aussi pour être venu assez souvent chez moi, où lord
Castlereagh l'a trouvé une fois, a essuyé les plus vifs reproches de
la part des ministres des quatre cours. On l'a traité de transfuge,
d'homme qui se séparait de ceux auxquels l'Espagne était redevable de
sa délivrance, et, ce qui est digne de remarque, M. de Metternich est
celui qui a montré sur ce point le plus de chaleur. M. de Labrador
n'en a pas pour cela changé d'opinion, mais il s'est cru obligé de
rendre les visites qu'il me fait plus rares. On peut juger par là
jusqu'à quel point les ministres moins indépendants par leur position
ou leur caractère personnel sont ou peuvent se croire libres d'avoir
des rapports suivis avec la légation de Votre Majesté.
Les cinq ministres qui ont été réunis pour s'occuper du projet de
constitution fédérale ont été requis de donner leur parole d'honneur
de ne communiquer à qui que ce soit les propositions qui leur seraient
faites. C'est surtout contre la légation de France que cette
précaution assez inutile a été prise. N'ayant pu lui faire accepter
dans les négociations le rôle qu'on a essayé de lui faire prendre, on
veut l'isoler.
Cependant, à travers les ténèbres dont on veut l'environner et que
l'on s'efforce, à mesure que le temps avance, de rendre plus épaisses,
un rayon de lumière a percé[265]. Peut-être tenons-nous le fil qui
peut nous faire pénétrer dans le labyrinthe d'intrigues où l'on avait
espéré d'abord de nous égarer. Voici ce que nous avons appris d'un
homme que sa position met éminemment en mesure d'être bien informé.
[265] Variante: a _paru_.
Les quatre cours n'ont point cessé d'être alliées en ce sens que les
sentiments avec lesquels elles ont fait la guerre lui ont survécu, et
que l'esprit avec lequel elles ont combattu est le même qu'elles
portent dans les arrangements de l'Europe. Leur projet était de faire
ces arrangements seules. Puis, elles ont senti que l'unique moyen de
les faire considérer comme légitimes était de les faire revêtir d'une
apparente sanction. Voilà pourquoi le congrès a été convoqué. Elles
auraient désiré d'en exclure la France, mais elles ne le pouvaient pas
après l'heureux changement qui s'y était opéré, et sous ce rapport, ce
changement les a contrariées. Cependant, elles se sont flattées que la
France, longtemps et uniquement occupée de ses embarras intérieurs,
n'interviendrait au congrès que pour la forme. Voyant qu'elle s'y
présentait avec des principes qu'elles ne pouvaient point[266]
combattre, et qu'elles ne voulaient pas suivre, elles ont pris le
parti de l'écarter de fait, sans l'exclure, et de concentrer tout
entre leurs mains, pour marcher sans obstacle à l'exécution de leur
plan. Ce plan n'est au fond que celui de l'Angleterre. C'est elle qui
est l'âme de tout. Son peu de zèle pour les principes ne doit pas
surprendre: ses principes sont son intérêt. Son but est simple: elle
veut conserver sa prépondérance maritime, et, avec cette
prépondérance, le commerce du monde. Pour cela, elle a besoin que la
marine française ne lui devienne jamais redoutable, ni combinée avec
d'autres, ni seule. Déjà elle a pris soin d'isoler la France des
autres puissances maritimes par les engagements qu'elle leur a fait
prendre. Le rétablissement de la maison de Bourbon lui ayant fait
craindre le renouvellement du pacte de famille, elle s'est hâtée de
conclure avec l'Espagne le traité du 5 juillet, lequel porte que ce
pacte ne sera jamais renouvelé. Il lui reste de placer la France,
comme puissance continentale, dans une situation qui ne lui
permette[267] de vouer qu'une petite partie de ses forces au service
de mer. Dans cette vue, elle veut unir étroitement l'Autriche et la
Prusse en rendant celle-ci aussi forte que possible[268], et les
opposer toutes deux comme rivales à la France. C'est par suite de ce
plan que lord Stewart a été nommé ambassadeur à Vienne. Il est tout
Prussien; c'est là ce qui l'a l'ait choisir. On tâchera de placer de
même à Berlin un homme qui soit lié d'inclination à l'Autriche. Rien
ne convient mieux aux desseins de rendre la Prusse forte, que de lui
donner la Saxe; l'Angleterre veut donc qu'on sacrifie ce pays et qu'on
le donne à la Prusse. Lord Castlereagh et M. Cook[269] sont si
déterminés dans cette question, qu'ils osent dire que le sacrifice de
la Saxe, sans aucune abdication, sans aucune cession du roi, ne
blesse aucun principe. Naturellement l'Autriche devrait repousser
cette doctrine. La justice, la bienséance, sa sûreté même, tout l'en
presse. Qu'a-t-on fait pour vaincre sa résistance? Rien que de très
simple: on l'a placée vis-à-vis de deux difficultés en l'aidant à
surmonter l'une, à condition qu'elle cédera[270] sur l'autre.
L'empereur de Russie est là fort à propos avec le désir d'avoir le
duché de Varsovie entier, et de former[271] un simulacre de royaume de
Pologne. Lord Castlereagh s'y oppose et dresse un mémoire qu'il
montrera à son parlement, pour faire croire qu'il a eu tant de peine à
arranger les affaires de Pologne, qu'on ne saurait lui imputer à blâme
de n'avoir pas sauvé la Saxe, et, pour prix de ses efforts, il presse
l'Autriche de consentir à la disparition de ce royaume. Qui sait si le
désir de former un simulacre de Pologne n'a pas été suggéré à
l'empereur Alexandre par ceux mêmes qui le combattent, ou si ce désir
est sincère? si l'empereur, pour se rendre agréable aux Polonais, ne
leur a pas fait des promesses qu'il serait très fâché de tenir? si la
résistance qu'on lui oppose n'est pas ce qu'il souhaite le plus, et si
on ne le mettrait pas dans le plus grand embarras en consentant à ce
qu'il parait vouloir? Cependant M. de Metternich, qui se pique de
donner à tout l'impulsion, la reçoit lui-même, sans s'en douter, et,
jouet des intrigues qu'il croit mener, il se laisse tromper comme un
enfant.
[266] Variante: qu'elles ne _pourraient pas_.
[267] Variante: qui ne lui _permettra_.
[268] Variante: _qu'il est_ possible.
[269] Édouard Cook ou Cooke, homme d'État anglais, fut d'abord
premier greffier de la Chambre des communes d'Irlande, puis
secrétaire du département de la guerre dans ce pays, et député. Il
contribua par ses écrits à la réunion des parlements d'Angleterre
et d'Irlande, fut ensuite nommé par lord Castlereagh
sous-secrétaire d'État de l'intérieur et des affaires étrangères,
et l'accompagna comme plénipotentiaire au congrès de Vienne. Il se
retira en 1817 et mourut en 1820.
[270] Variante: qu'elle _céderait_.
[271] Variante: et de _servir_.
Sans assurer que toutes ces informations soient parfaitement exactes,
je dois dire qu'elles me paraissent extrêmement vraisemblables.
Il y a peu de jours que M. de Metternich réunit près de lui un certain
nombre de personnes qu'il est dans l'habitude de consulter. Toutes
furent d'avis que la Saxe ne devait point être abandonnée. Rien ne fut
conclu, et, avant-hier soir, j'appris par une voix sûre que M. de
Metternich, personnellement abandonnait la Saxe, mais que l'empereur
d'Autriche luttait encore.
L'un des commissaires pour le projet de constitution fédérale a dit
que les propositions qui leur étaient faites supposaient que la Saxe
ne devait plus exister.
La journée d'hier fut consacrée tout entière à deux fêtes: l'une
militaire et commémorative de la bataille de Leipsick: la légation de
Votre Majesté n'y pouvait pas être; j'assistai à l'autre, donnée par
le prince de Metternich, en l'honneur de la paix. Je désirais pouvoir
y trouver l'occasion de dire un mot à l'empereur d'Autriche. Je ne fus
point assez heureux (je l'avais été davantage au bal précédent, où
j'avais pu placer vis-à-vis de lui quelques mots sur les circonstances
et de nature à produire quelque effet sur son esprit; il parut alors
me très bien comprendre.) Lord Castlereagh lui parla près de vingt
minutes, et il m'est revenu que la Saxe avait été le sujet de cette
conversation.
La disposition qui donnerait ce pays à la Prusse serait regardée en
Autriche, même par les hommes du cabinet, comme un malheur pour la
monarchie autrichienne, et en Allemagne comme une calamité. On l'y
regarderait comme destinant infailliblement l'Allemagne même à être
partagée plus tôt ou plus tard, comme l'a été la Pologne.
Le roi de Bavière ordonnait encore hier à son ministre de faire de
nouvelles démarches pour la Saxe et lui disait: «Ce projet est de
toute injustice et m'ôte tout repos.»
Si l'Autriche veut conserver la Saxe, il est probable qu'elle voudra à
tout événement s'assurer de notre coopération et c'est pour être prêt
à répondre à toute demande de cette nature que j'ai supplié Votre
Majesté de m'honorer de ses ordres. Toutefois, comme j'ai eu l'honneur
de le lui dire, je tiens pour certain que la Russie et la Prusse
n'engageraient point la lutte.
Si l'Autriche cédait sans avoir demandé notre concours, c'est qu'elle
serait décidée à n'en pas vouloir. Elle ôterait par là, à Votre
Majesté, toute espérance de sauver la Saxe, mais elle ne saurait lui
ôter la gloire de défendre les principes qui font la sûreté de tous
les trônes.
Au surplus, tant que l'Autriche n'aura pas définitivement cédé, je ne
désespérerai pas, et je crois même avoir trouvé un moyen, sinon
d'empêcher que la Saxe ne soit sacrifiée, du moins d'embarrasser ceux
qui la veulent sacrifier: c'est de faire connaître à l'empereur de
Russie que nous ne nous opposons point à ce qu'il possède, sous
quelque dénomination [272] que ce soit, la partie de la Pologne qui
lui sera [273] dévolue, et qui n'étendrait point ses frontières de
manière à inquiéter ses voisins, pourvu qu'en même temps la Saxe soit
[274] conservée.
[272] Variante: sous quelque _domination_.
[273] Variante: qui lui _serait_ dévolue.
[274] Variante: _et pourvu en même temps que la Saxe fût_.
Si l'empereur n'a réellement point envie de faire un royaume de
Pologne, et qu'il ne cherche qu'une excuse à donner aux Polonais,
cette déclaration le gênera. Il ne pourra pas dire aux Polonais, et
ceux-ci ne pourront pas croire que c'est la France qui s'oppose à
l'accomplissement de leur voeu le plus cher. De son côté, lord
Castlereagh sera embarrassé d'expliquer au parlement comment il s'est
opposé à une chose que beaucoup de personnes désirent en Angleterre,
quand la France ne s'y opposait pas.
Que si l'empereur Alexandre tient véritablement à l'idée de ce royaume
de Pologne, le consentement de la France sera pour lui une raison d'y
persister; l'Autriche, rejetée par là dans l'embarras d'où elle aurait
cru se tirer par l'abandon de la Saxe, reviendra forcément sur cet
abandon et sera ramenée à nous.
Dans aucune hypothèse, cette déclaration ne peut nous nuire. Ce qui
nous importe, c'est que la Russie ait le moins de Pologne qu'il est
possible et que la Saxe soit sauvée. Il nous importe moins, ou même,
il ne nous importe pas que la Russie possède d'une manière ou d'une
autre ce qui doit être à elle et qu'elle doit posséder. C'est à
l'Autriche que cela importe. Or, quand elle sacrifie sans nécessité ce
qu'elle sait nous intéresser et ce qui doit l'intéresser davantage
elle-même, pourquoi hésiterions-nous à la replacer dans la situation
d'où elle a voulu se tirer, surtout lorsqu'il dépend d'elle de finir à
la fois ses embarras et les nôtres, et qu'elle n'a besoin pour cela
que de s'unir à nous?
Je suis informé que l'empereur Alexandre a exprimé ces jours derniers,
et à plusieurs reprises, l'intention de me faire appeler. S'il le
fait, je tenterai le moyen dont je viens d'avoir l'honneur
d'entretenir Votre Majesté.
Le général Pozzo, qui est ici depuis quelques jours, parle de la
France de la manière la plus convenable.
L'électeur de Hanovre ne pouvant plus conserver ce titre, puisqu'il ne
doit plus y avoir d'empire germanique ni d'empereur électif, et ne
voulant point être dans un rang inférieur à celui du souverain du
Wurtemberg, sur lequel il l'emportait autrefois de beaucoup, a pris le
titre de roi. Le comte de Munster (qui est à peu près guéri de sa
chute) me l'a notifié. J'attends pour lui répondre et reconnaître le
nouveau titre[275] que son maître a pris, l'autorisation que Votre
Majesté jugera sans doute convenable de me donner.
Je suis...
[275] Variante: _les nouveaux titres_.
* * * * *
Nº 7 bis.--LES AMBASSADEURS DU ROI AU CONGRÈS, AU MINISTRE DES
AFFAIRES ÉTRANGÈRES, A PARIS.
Vienne, le 20 octobre 1814.
Monsieur le comte,
Dans une de nos précédentes dépêches, nous avons eu l'honneur de vous
mander que les quatre puissances alliées, conformément à leurs
arrangements, continuent à suivre un système de convenance arrêté pour
le cas où Bonaparte serait resté sur le trône de France; qu'elles ne
comptent pour rien le rétablissement de la maison de Bourbon, qui
change l'état de l'Europe et qui aurait dû faire retourner tout dans
le système existant en 1792. Mais comme la force de la France les
épouvante encore, c'est avec un singulier aveuglement que le prince de
Metternich continue à seconder les projets des trois puissances, qu'il
facilite à la Russie les moyens de s'emparer du duché de Varsovie, à
la Prusse d'occuper la Saxe, et à l'Angleterre d'exercer l'influence
la plus absolue sur ce qu'on appelait, et sur ce qu'on peut encore
appeler la coalition. Cet état de choses produit un effet très
étrange; tout ce qui tient à la monarchie autrichienne s'approche de
nous, tout ce qui tient au ministère s'éloigne.
Il n'y a plus eu de conférence depuis celle dont nous avons eu
l'honneur de vous entretenir. Les ministres des quatre puissances se
voient, parlent, projettent, changent, et rien ne finit. Cependant le
moment d'une décision approche. Nous sommes au courant de tous ces
petits mouvements politiques, quoiqu'ils se soient donné leur parole
d'honneur de ne nous instruire de rien de ce qu'ils méditent.
Le système des puissances naît de l'effroi dans lequel elles sont
encore. Elles veulent exécuter l'engagement pris le 13 juin 1813, de
finir les affaires de Pologne, sans que la France puisse y intervenir.
Elles tendent enfin à isoler la France, et se repentent de la paix
qu'elles ont signée.
Le système anglais se présente ici partout avec évidence. Alarmés
encore de l'effet qu'a produit sur l'Angleterre le système
continental, les ministres anglais veulent que dans le nord et sur la
Baltique, il y ait des puissances assez fortes pour que la France ne
puisse, à aucune époque, entraver le commerce de l'Angleterre avec
l'intérieur du continent. Ils se prêtent par cette raison à tout ce
que la Prusse exige, et soutiennent ses prétentions par tous leurs
efforts.
C'est de cette combinaison que résulta l'agrandissement de la Hollande
par les Pays-Bas, du Hanovre et de la Prusse. C'est dans ce même
esprit que l'Angleterre a exigé que l'Espagne ne renouvelât point les
stipulations du pacte de famille. Elle a craint que le roi n'ajoutât
par ce système d'alliance une nouvelle force à celle que possède la
France. Le voyage empressé de lord Wellington de Paris à Madrid a eu
cette négociation pour objet.
Lord Castlereagh prouve au surplus par cette même combinaison qu'il ne
sait juger ni la situation du continent ni celle de la France, et
qu'il ne voit pas que l'un et l'autre ont été victimes de ce système
et le craindraient plus que l'Angleterre même.
Dans cet état de choses, placés entre les passions d'une part, et
l'ambition des puissances de l'autre, les ministres du roi ont à
soutenir avec la plus grande fermeté les principes conservateurs du
droit des gens, à ne condescendre à aucune complaisance qui renverse
ces principes, à opposer toute la dignité et le calme possibles à cet
égarement, et attendre enfin que la raison et le temps éclairent les
différentes puissances sur leurs véritables intérêts.
Au bal qu'a donné hier soir le prince de Metternich, le comte de
Schulenburg s'est approché du maréchal de Wrède et lui a demandé ce
qu'il pourrait lui dire à l'égard de la Saxe? Celui-ci lui a répondu:
«Approchez-vous du maître de la maison, et voyez s'il ose lever les
yeux sur vous.»
Le roi de Bavière à ce même bal a demandé à M. de Labrador s'il voyait
quelquefois le prince de Talleyrand? L'ambassadeur d'Espagne a dit que
oui: «Je le voudrais bien aussi, dit le roi, mais je n'ose pas. Je
vous fais au reste ma profession de foi: je suis très dévoué à la
maison de Bourbon.»
Nous attendons que ces dispositions nous parviennent officiellement
pour nous expliquer, et nous ne manquerons, en attendant, aucune
occasion de répéter que cet oubli de toute mesure prolonge la
Révolution et doit nécessairement conduire à de nouvelles agitations.
Le temps nous éclairera sur les dernières déterminations que nous
aurons à prendre.
Le roi doit être bien convaincu que le système qu'il a adopté, qu'il
nous a tracé dans ses instructions et dont nous ne nous écartons en
rien, lui assure la considération et la reconnaissance de tous ceux
qui ne sont pas aveuglés par les passions et le plus funeste délire.
Agréez...
* * * * *
Nº 3 _ter_.--LE ROI LOUIS XVIII AU PRINCE DE TALLEYRAND.
Paris, le 21 octobre 1814.
Mon cousin,
J'ai reçu vos numéros 4 et 5.
La preuve la plus certaine que votre note du 1er octobre était bonne,
c'est qu'elle a déplu aux plénipotentiaires des cours ci-devant
alliées, et qu'en même temps elle les a forcés de revenir _un
peu_[276] sur leurs pas; mais ne nous endormons pas sur ce succès.
L'existence de la ligue dont vous me parlez dans le numéro 4 est
démontrée à mes yeux, et surtout le projet de se venger sur la France,
_ut sic_, des humiliations que le directoire et bien davantage
Buonaparte[277] ont fait subir à l'Europe. Jamais je ne me laisserai
réduire là; aussi j'adopte très fort l'idée de la déclaration et je
désire que vous m'en envoyiez[278] le projet plus tôt que plus tard.
Mais ce n'est pas tout[279]; il faut prouver _qu'il y a quelque chose
derrière_, et, pour cela, il me paraît nécessaire de faire des
préparatifs pour porter au besoin l'armée sur un pied plus
considérable que celui où elle est maintenant.
[276] Supprimé dans le texte des archives.
[277] Variante: _Bonaparte_.
[278] Variante: que vous _m'envoyiez_.
[279] Variante: mais ce n'est pas _le_ tout.
Je vous ferai incessamment écrire par M. de Jaucourt la lettre que
vous désirez; mais, entre nous, je dépasserais[280] les stipulations
du 11 avril[281], si l'excellente idée des Açores[282] était mise à
exécution.
[280] Variante: _je dépasserai_.
[281] Traité du 11 avril qui détermine la situation de Napoléon et
des membres de sa famille.
[282] Variante: _d'une_ des Açores.
Je serai fort satisfait si l'on rend Parme, Plaisance et Guastalla au
jeune prince[283]; c'est son patrimoine. La Toscane était un bien peu
justement acquis.
[283] Le jeune roi d'Étrurie, fils de l'ancien duc de Parme,
dépossédé de Parme en 1801 et de la Toscane en 1807.
L'infortuné Gustave IV[284] m'a annoncé son intention de venir ici
sous peu de jours. Si l'on en parle à Vienne, vous pouvez hardiment
affirmer que ce voyage ne cache aucune stipulation politique, mais
que jamais ma porte ne sera fermée à qui m'ouvrit toujours la sienne.
[284] Gustave IV, roi de Suède, fils de Gustave III, né en 1778,
succéda à son père en 1792 sous la tutelle de son oncle le duc de
Sudermanie. Battu par la Russie et par la France, ayant mécontenté
la noblesse et le peuple, il suscita contre lui un soulèvement et
abdiqua en 1809. La diète l'exila à perpétuité et proclama roi le
duc de Sudermanie sous le nom de Charles XIII. Quant au roi
Gustave, il vécut désormais à l'étranger sous le nom de colonel
Gustavson, et mourut en 1837.
Je ne finirai pas cette lettre sans vous exprimer[285] ma satisfaction
de votre conduite. Sur quoi je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin,
en sa sainte et digne garde.