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Vivent donc félibrige et félibres!
A propos de la Félibrigeade, une vive discussion s’éleva, discussion
grave: Fallait-il dîner aux Chênes-Verts? Ne valait-il pas mieux dîner à
la Bartelasse? Grivolas tenait pour les Chênes-Verts, alléguant l’usage
d’abord, puis la beauté incomparable des arbres, l’art de la mère Abrieu
pour improviser un civet, et la proximité du château de l’ami Semenoff
dont la cave, paraît-il, n’a pas de verrous. Aubanel préférait la
Bartelasse.
--Aux Chênes-Verts, disait Grivolas, nous pourrions, avant dîner,
amasser appétit sur la levée, et aller voir les cabanes des pêcheurs
d’esturgeons et d’aloses.
--De la Bartelasse, en buvant, reprenait Aubanel, nous verrions Avignon
à travers les arbres; et il chantait: «Du gothique à Avignon--les
créneaux et les tours--font des dentelles--dans les étoiles!»
Cette strophe nous décida.
La table fut dressée à la Bartelasse en plein air et au bord du fleuve,
dans une enceinte de roseaux tressés et non loin d’un petit cirque où
les taureaux courent parfois le dimanche. Olives noires et olives
vertes, fritures d’ânes (rassurez-vous, ce sont d’exquis goujons du
Rhône!) écrevisses et coquilles de Vaucluse, avec cela trois doigts de
vieux Châteauneuf, ce vin papal désormais introuvable. On boit, on
brinde; l’ombre arrive tandis qu’Aubanel et Gras récitent des vers,
tandis que Grivolas me reproche de n’être pas allé au Musée admirer la
_Mort du jeune Barra_, ce chef-d’œuvre républicain du vieux David; de
grands feux sont allumés sous les arbres pour éloigner les moustiques;
tout à coup la lune se lève, si claire dans un ciel pur, qu’une cigale
attendrie, prenant cette nuit d’argent pour le jour, se mit à
s’égosiller sur nos têtes. C’était exquis de couleur locale.