Le mistral et le Rhône.--Les remparts.--Les nouvelles
rues.--Jaquemard.--Le café Février.--Le vieil Avignon.--Le marché.--La
juiverie.--Le Palais des Papes et le rocher.
O vous! qui aimez Avignon, bénissez le mistral et le Rhône.
--Quoi! le Rhône dévastateur?... le mistral, qui rend fou, qui arrache
les créneaux des tours, décorne les taureaux de Camargue et arrête les
trains de chemin de fer en Crau?
--Parfaitement, car c’est au Rhône et au mistral qu’Avignon doit d’avoir
gardé sa physionomie.
C’est pour se garder du mistral et lui casser les ailes à tous les
tournants, qu’on a bâti ces milliers de petites rues étroites et courtes
se coupant à angle droit, quand ce n’est pas à angle aigu, dont les
vieux noms pittoresques me ravissent, et où je rencontre à chaque pas
quelques débris, quelques souvenirs de l’Avignon républicain ou
pontifical.
Et ces remparts, si finement sarrazins, ouvragés de mâchicoulis, relevés
de tours qui s’espacent comme les chatons à jour d’une ceinture
moyen-âge, ces remparts à ce point dorés par le soleil que Dickens put
comparer Avignon à un pâté qui cuit dans sa croûte, il y a beau temps
que nous les aurions vu tomber sous la pioche s’ils n’étaient une digue
nécessaire contre les colères du fleuve qui coule majestueusement à
leurs pieds. Un savant aimable me fait remarquer que chaque pierre du
rempart porte, gravé en creux, un symbole, un monogramme. Ce sont les
marques des ouvriers qui les taillèrent. Il y a relevé un grand nombre
de signes maçonniques, ce qui tendrait à prouver, conclut-il, que la
franc-maçonnerie... J’ai d’ailleurs totalement oublié ses conclusions.
Les remparts sont monuments historiques, on n’y touche que pour les
restaurer, et avec quelle érudite discrétion? M. Viollet-le-Duc pourrait
le dire. Pourtant, M. Viollet-le-Duc dut un jour y faire brèche, à ces
chers remparts; les portes du XIVe siècle ne suffisaient plus au XIXe!
Mais pour la garder, cette brèche, sur la place de la porte démolie, il
éleva deux tours d’un si pur gothique, que Jean de Héredia, l’Architecte
d’Urbain V, s’il revenait, les croirait siennes.
Une tour minuscule, un bijou de tour, a fleuri là aux pieds des deux
grandes. Mon ami le savant semble embarrassé pour m’en expliquer la
destination.
--Que voulez-vous?... l’édilité a exigé ce monument... M. Viollet-le-Duc
l’a fait aussi gothique que possible... Et puis le moyen-âge avait aussi
ses besoins!
C’est sous l’empire que les trois tours, grandes et petite, furent
bâties, lorsqu’on perça le Cours ombragé et la large rue qui mènent de
la gare à la place de l’Hôtel-de-Ville.
A part le mistral, qui peut-être s’y joue à certains jours un peu trop
librement, ce cours et cette rue sont pour plaire. Les maisons neuves,
avec leurs hauts balcons fastueusement sculptés, leurs terrasses et
leurs colonnades, ont fort grand air et vraiment tournure de palais. Les
maçons avignonnais gardent dans le sang quelque chose de la magnificence
italienne.
La place est belle aussi, dans l’ombre que jette sur elle le Palais des
Papes. C’est là que s’abattit la mule de Grégoire XI--que ce présage ne
troubla pas--lorsqu’il partait pour transférer le Saint-Siège à Rome.
Comme toute place qui se respecte, elle a sa statue: un Crillon engoncé
dans une armure de bronze; et de plus un théâtre petit, mais fort
élégant, ce qui est rare en province, avec son portique surélevé. Le
Corneille et le Molière assis devant sont l’œuvre de deux Avignonnais,
des deux frères Brian. L’un d’eux était ce sculpteur mort en plein
triomphe, dont le Mercure inachevé, pur comme un antique, portait sur
son socle, il y quelques années, au Salon, la grande médaille d’honneur
à côté d’une couronne d’immortelles.
L’Hôtel-de-ville est grec, grec moderne bien entendu! Mais par-dessus
ses corniches et ses colonnes, se dresse la vieille tour communale, la
tour gothique de Jaquemard. Comme autrefois, à toutes les heures,
Jaquemard frappe sur la cloche, tandis que Jaquemarde lui présente un
bouquet fané. A la hauteur où ils sont, il faut de bons yeux pour
percevoir les mouvements des personnages. Pourtant ce spectacle enfantin
me ravit. Mais je regrette une chose: Jaquemarde et Jaquemard ont un
costume moderne, et je me rappelle avoir vu, dans un coin du musée, le
Jaquemard et la Jaquemarde authentiques, l’un en pourpoint à crevés,
l’autre en robe rouge à taille aiguë, deux caricatures renaissance d’un
bien autre caractère! Ne pourrait-on pas les replacer?
Jaquemard sonne: cinq heures! Tout Avignon est sur la place à se
promener de long en large, achetant des brins de lavande, des bouquets
de thym à de vieilles femmes, ou bien assis devant les cafés. Cafés
superbes, hauts de plafond, peints, sculptés et dorés, avec de larges
terrasses et des caisses de lauriers-roses. Dans tout le Midi, le café
tient grande place, et l’on a peu le goût du confort, ni de l’intérieur.
--Venez voir ma maison, me disait l’autre jour un brave homme,
Avignonnais pur sang, enrichi par les chardons après s’être laissé
ruiner par la garance, je l’ai fait arranger à la moderne; vous verrez
mon salon surtout, c’est grandiose, dans le genre du café Février!
Ce café Février est un singulier café pour un café de province. Si on
tourne le dos à la place et à Jaquemard, on se croirait dans un de ces
établissements du boulevard Montmartre, où se réunissent à l’époque des
vacances théâtrales les comédiens et les comédiennes sans engagement.
Mêmes châles dramatiquement drapés, mêmes bonnes figures tragiquement ou
comiquement bleuies par le rasoir, mêmes conversations émaillées de
«_vois-tu?_», de «_non, tu sais!_» de «_camarades_», de «_vieilles
branches!_»; seulement un peu d’accent provençal sous ces façons de
parler parisiennes. Ce sont des chanteurs de café-concert. Depuis que la
Provence et le Comtat ont pris la fièvre du café-concert, depuis qu’on
ne peut plus sans café-concert donner de fête à Barbentane ou à Gadagne,
Avignon, grâce à son conservatoire, et, dans Avignon, le café Février,
sont devenus centre artistique. Saluons le roi du lieu, ce gros homme
vêtu de velours et cousu de chaînes d’or. Il a dans la plus étroite rue
de la ville un bureau avec cette enseigne au cinquième:--MONSIEUR Z...,
AGENT LYRIQUE.--Il fait les engagements, sert d’intermédiaire et fournit
le pays à vingt lieues à la ronde de Bordas et de Thérésa.
Nous rencontrâmes là, gaiement attablé, un garçon que j’avais connu à
Paris, un peu poète, un peu acteur, et qui s’est trouvé un métier
étrange. Il fait le quatrième couplet. Ceci demande explication: la mode
s’est mise, dans les cafés-concerts, de chanter les chansons des
opérettes en vogue. Mais ces chansons n’ont jamais guère que trois
couplets, morceau insuffisant pour l’appétit d’un public de province.
Chaque artiste fait donc ajouter un quatrième couplet, un cinquième
couplet, aux chansons de son répertoire, et quelquefois un compliment au
public, en cas de rappel.
--Je suis heureux, dit le faiseur de quatrièmes couplets. Le pays me
plaît, le soleil y est bon, et je vis de ma lyre. C’est égal, jamais
Halévy, jamais Meilhac ne soupçonneront combien j’ai collaboré avec eux!
Mais tout cela, c’est l’Avignon nouveau.
* * * * *
Quant au vieux, au vrai Avignon, le seul moyen de le voir c’est de s’y
perdre. Rien d’ailleurs de plus aisé dans cet écheveau embrouillé des
rues: rue Étroite, rue de l’Ombre, du Migrénier, de l’Olivier, du
Diable, du Chat, de la Monnaie, de l’Anguille, des Amoureux, des Anes,
des Clefs, des Ciseaux d’or, rue Philonarde, rue du Vieux Sentier, rue
de la Pignote, rue de la Fonderie, rue de la Fusterie, rue de la
Banasterie, du Grand Paradis, du Petit Muguet, de l’Oriflan!
La rue Saint-Étienne où sont les restes d’un cirque romain que le
moyen-âge appelait, Dieu sait pourquoi! le _Cirque des Chèvres_.
La rue où saint Agricol, pour l’étonnement des Avignonnais, faisait
venir à son plaisir puis congédiait les cigognes.
La rue Rouge où le sang des Sarrasins ruissela.
La rue des Fourbisseurs, où le Duc de Guise se fournissait d’armures,
montrant encore sa miraculeuse Vierge peinte qui saigna sous le soufflet
d’un joueur.
La rue de la Tarasque et son bas-relief naïf qui représente un monstre
rugueux et cornu en train de dévorer un chevalier dont on ne voit plus
que les jambes.
La rue de la Bonneterie célèbre pour sa légende réaliste de l’égout de
monsieur Cambaud, véritable enfer des cuisinières, où une servante peu
charitable, qui jetait le pain des pauvres aux chiens, hurle changée en
chien pendant les nuits d’orage.
La rue des Teinturiers, un morceau de l’Isle-sur-Sorgues transporté dans
Avignon, avec son canal et sa procession de grandes roues en marche sous
les platanes.
La place Saint-Pierre et son église dont Saboly l’exquis faiseur de
noëls, fut le maître de chapelle.
La place Pie, où des fanatiques démolirent la maison du docteur Perrinet
Parpaille, primicier de l’Université d’Avignon, décapité comme Huguenot
et puis pendu (supplice étrange) et qui dut embarrasser l’exécuteur! en
1563.
Et près de la rue, maintenant, hélas! débaptisée, du Cimetière du
Bourreau, la place Saint-Didier au milieu de laquelle se dressait une
croix surmontée d’un coq en pierre qui devait chanter à la fin du monde.
Partout des ruines de couvent, partout des chapelles: pénitents bleus,
violets, blancs et rouges; partout des restes d’hôtels seigneuriaux, de
palais cardinalices. Mais où sont, hélas! les hôtelleries de l’Avignon
des papes et des vice-légats que chantèrent la Belaudière et d’Assoucy,
le Coq, les Trois Testons, les Quatre Deniers, le Chapeau d’or, le
Sauvage, la Lamproie; où sont les mails, les lices, le jeu de paume, et
cette rue de la Madeleine couchée avec ses bains publics et ses lieux de
plaisir si célèbres vers 1500?
Le hasard, Providence des voyageurs! nous conduit au marché, à l’heure
voulue. Une foule: des Avignonnaises, des Contadines en négligé,
fraîches sous les brides flottantes de leur _Catalane_, quelques
costumes arlésiens, à la fois sévères et somptueux. On crie et on cause,
en provençal toujours! Qui veut des raisins, des jujubes, des pastèques
à la tranche, des grenades mûres en train de saigner? Les tentes rayées
de rouge et de bleu, dont la longue rue, dans toute sa longueur, est
plafonnée, laissent passer çà et là un rayon matinal, comme une barre
d’or, et jettent sur ce mouvant tableau leurs gais reflets multicolores.
Quelques pas sous un arceau, et nous voici en pleine Juiverie: la rue
Abraham, la rue Jacob, deux étroits boyaux où descend d’entre les toits
un peu de lumière, mais où jamais le soleil n’a lui; la place Jérusalem
entourée de hautes maisons tristes, aux fenêtres serrées, quelque chose
comme un préau de prison, et dans un coin, la synagogue. Là se trouvent
le puits de la communauté, et le four pour les pains azymes.
Tel est le Ghetto où, du temps des papes et jusqu’à la révolution
française, les juifs d’Avignon étaient renfermés. Dans le mur, à
l’entrée, le guichet grillé du gardien se voit encore.
D’après les statuts d’Avignon de 1580, il est défendu aux juifs de
sortir de la Juiverie à partir du mercredi saint jusqu’au second jour de
Pâques inclusivement.
Ils doivent en tous temps porter un chapeau de couleur jaune qui
permette de les distinguer des chrétiens, et les juives, un signe de
même couleur.
Les juifs ne pouvaient avoir ni acquérir aucun domaine direct dans la
ville et son territoire.
La populace les pillait souvent.
L’inquisiteur général les brûlait quelquefois.
Mais ils se faisaient médecins, ils se faisaient surtout banquiers et
cela sans concurrence, les papes leur permettant l’usure, interdite aux
chrétiens par la loi chrétienne. Ils soumissionnaient les fermes de la
chambre apostolique, devenaient les argentiers du Saint-Siège.
Aussi ai-je pu entendre un juif de ma connaissance soutenir gaiement ce
paradoxe: qu’à part quelques avanies et grillades sans importance, ses
ancêtres étaient heureux et qu’en somme le départ des papes, puis des
vice-légats, fut une calamité pour l’Israël Avignonnais.
--A propos, me dit mon ami qui est un touriste consciencieux,
quitterons-nous donc Avignon sans avoir vu le château des Papes?
Mais nous ne faisons que cela depuis trois jours! A cinq lieues à la
ronde et quelque part qu’on aille dans la ville, il est impossible au
regard de fuir cette masse énorme, ces terrasses, ces six tours
groupées, dont l’une porte là-haut, poussé dans une fente de mur, ce
gros arbre comme un panache.
--L’intérieur pourtant!...
Nous visiterons donc l’intérieur. On passe sous le grand portail armorié
d’un blason papal, que cachait, sous l’Empire, un aigle en plâtre; on
s’extasie sur les gigantesques mâchicoulis qui, en cas d’assaut,
pouvaient, laissant passer des poutres entières par leur travers,
balayer d’un coup vingt pieds de murailles, et l’on se trouve dans une
vaste cour fermée, terrible comme une forteresse, hautaine et froide
comme la papauté. C’est sans doute ici que le mistral loge. Trois fois
en dix ans je suis entré dans cette cour, et trois fois un affreux
mistral, beuglant comme un taureau, se brisait les cornes aux
encoignures.
Un gardien nous montre la chapelle, les fresques d’un maître primitif,
Simon Memmi de Sienne. Par malheur des soldats italiens, casernés là je
ne sais quand, ont détaché au couteau, pour les vendre, la plupart des
têtes nimbées d’or. Nous visitons ensuite la salle de l’estrapade, salle
de supplices, disent les uns, salle de cuisine, disent les autres. C’est
en tout cas une cuisine étrange que cet éteignoir de pierre qui tient
toute la hauteur d’une tour. Une fine galerie ogivale percée dans
l’épaisseur d’un mur, jadis peinte et dorée, maintenant simplement
blanche, sous une couche de lait de chaux, nous ravit encore par son
élégance. Nous essayons de reconstituer, coupée qu’elle est dans sa
hauteur par des plafonds, dans sa largeur par des murs de briques, cette
salle de Jules de Médicis et de Georges d’Armagnac, caserne aujourd’hui
et jadis si belle qu’on l’avait surnommée _La Mirande_. Notre guide,
homme doux et ennemi des souvenirs sanglants, refuse de nous montrer _La
Glacière_, mais il nous fait descendre dans le cachot agrémenté
d’oubliettes où les papes enfermèrent le tribun romain Cola Rienzi.
--Dieu! que c’est laid! s’écrie en sortant mon ami.
--Quoi! laid?
--Là sur la place, en face du palais, cette boîte carrée, trapue, au
toit en terrasse où sont perchés d’horribles monstres, ce mur sans yeux
le long duquel quatre gros anges suspendent deux lourdes guirlandes...
--C’est de Michel-Ange cependant.
--De Michel-Ange?
--Oui! ou du moins fait sur un dessin pris dans ses cartons. Ce devait
être l’hôtel des Monnaies.
Dûment averti, mon ami découvre alors que cette lourdeur pesante
symbolise bien le veau d’or, et m’assure que ces monstres de pierre,
moitié griffons, moitié vautours, se découpant ainsi sur le ciel, ne
manquent pas de grandeur sauvage.
Mon ami devient insatiable: il nous faut encore, en montant au Rocher,
entrer dans l’église de Notre-Dame-des-Doms où est le tombeau de Jean
XXII. Ce tombeau n’est pas le seul que l’église possède, et c’est même à
cause du mot _DOM_ inscrit en maint endroit sur les dalles sépulcrales
qu’elle a reçu du peuple ce nom bizarre. Notre-Dame-des-Doms est une
église romane à coupole peinte, et qui serait belle sans les tribunes
déplorablement fastueuses dont le XVIIe siècle a obstrué l’entre-deux de
ses piliers. On nous montre le trône en marbre d’un pape, des fresques
de Deveria; les Deveria sortent d’Avignon comme les Parrocel et les
Vernet. Dans une chapelle, au fond d’une niche, je découvre un saint
Pierre en extase, de Puget. Une chose me manque: je crois me rappeler
qu’enfant j’avais vu ici des chapeaux de cardinaux suspendus à la voûte.
Ces chapeaux rouges m’avaient frappé. Mais je les cherche en vain, et
peut-être avais-je rêvé.
Nous voici sur le Rocher, autrefois aride et nu, livré aux ébats du
mistral et des sorcières: on y montre encore _lou trau di Masco_. C’est
maintenant un agréable jardin public, avec une grotte, un café, des
cygnes. Au milieu, la statue de Jean Althen, le mendiant arménien, qui
réapprit aux Avignonnais la culture de la garance. Un carré de garance,
détail touchant, verdoie au pied. Mais, hélas! la garance a cessé
d’enrichir Avignon et le Comtat, et la plante de Jean Althen s’en va,
depuis que les chimistes ont imaginé d’extraire l’arc-en-ciel de la
houille.
D’ici, le paysage est merveilleux: au pied du palais, Avignon, groupé là
comme au pied d’une montagne, Avignon et ses toits rouges ou gris, d’où
se dressent des murs crénelés, des terrasses à l’italienne, les mille
clochers de l’_Isle sonnante_, et des tours plus humbles que nous avions
déjà remarquées, debout au milieu des maisons, avec leur plate-forme et
leur escalier à vis extérieur. Ce sont les tours des _bourguets_, petits
enclos fortifiés, petites villes dans la ville, où, tant bien que mal,
au dur moyen-âge, les bourgeois se groupaient, se défendaient.
On a beaucoup démoli de ces tours de bourguet, pourtant il en reste.
--Ils font des embarras à Pise, avec leur tour penchée, disait un
Avignonnais retour d’Italie. Elle est penchée un peu, comme ça, pas
beaucoup... Ça les étonne qu’elle soit penchée. Des tours? Nous en avons
à Avignon plus de quarante complètement par terre, et nous n’en sommes
pas plus fiers!
Cet Avignonnais, je l’appris plus tard, était d’origine marseillaise.
Tout autour, entre la croupe énorme du Ventoux et les crêtes fines des
Alpilles, le grand Rhône, qui embrasse la Bartelasse et fuit vers la
mer, empourpré des rayons du soleil couchant. Au-dessous de nous, le
pont démoli de Saint-Benezet et sa chapelle, le pont d’Avignon où
personne ne passe plus, et plus bas, le pont nouveau vers la porte de
l’Oule où fut assassiné le maréchal Brune.
En face, de l’autre côté du Rhône, dans les rochers et les oliviers,
Villeneuve, le fort Saint-André, tout un décor militaire et religieux,
qui emporte l’esprit vers le passé et fait rêver de Palestine et de
Croisades.