LA CHANSON DU SABOT

La rivière entre nos deux fermes--est comme un ruban le dimanche--au

corsage de Rietje.

J’ai mis une touffe aromatique dans un sabot,--j’ai poussé le sabot sur

l’eau--en soufflant dessus.--Va, léger bateau, la rivière te mènera

là--où une main sortira des roseaux.

Mon amour, Rietje, est un grand bateau comblé de présents;--il descend

au fil de mes pensées vers ta présence là-bas.--Je ne vois plus le petit

sabot; il a tourné derrière les joncs.--La rivière est comme ta

jarretière autour de ton genou.--Maintenant j’attends inquiet qu’il

reparaisse.

Un gros nuage a passé sur nous et nous a--séparés comme une mauvaise

pensée--comme si nos cœurs devaient rester disjoints.--Que fait à cette

heure ma Rietje? Son esprit--s’en est allé loin,--il erre avec ses yeux

vers la route poudreuse--où roule une carriole.--J’écraserai les fleurs

sous mes talons,--je briserai le sabot contre une pierre.

Mais voilà qu’enfin il sort des joncs,--il se remet à glisser sur

l’eau.--Rietje n’a pas cessé d’être avec moi.

J’irai dans la saulaie, je taillerai--une branche de saule, j’y ferai un

bec comme à une flûte pour siffler--amoureusement sous ta fenêtre, le

soir.

(1889)

La petite femme de la mer · 第 35 / 43 题