Filez, quenouille! Les fuseaux d’hiver--là-haut filent de la neige,--le
moulin dans le vent file de la farine.--Mon cœur comme une araignée file
la toile bise,--mon cœur file les lins de ma cornette de veuve.--Filez,
filez, quenouille!
En Palestine, l’homme avec le roi est parti.--Ils ont emporté le soleil
à leurs étendards.--Je suis comme un champ sous le givre,--l’hiver
maintenant neige sur mes épaules.--Je suis comme un champ où parmi la
neige--est restée enfoncée la charrue.--Filez, quenouille!
L’homme pendant les adieux--m’a dit: Ils ont cloué Notre Seigneur sur la
croix!--Ils lui ont percé le flanc de leurs lances!--Alors les rameaux
verdoyaient, la rosée--sur la lande brillait comme les pleurs de Notre
Seigneur!--Les rameaux n’ont plus reverdi,--l’hiver filait de la
neige.--J’ai filé toute seule dans l’âtre,--les lins de mon agonie.
Filez, quenouille!
Quelle est cette femme?--La mienne avait des cheveux blonds--comme les
froments mûrs.--Dites, savez-vous ce qu’elle est devenue?--L’homme est
revenu et ne m’a pas reconnue,--portez-moi sur le lit et me couchez dans
le suaire,--lequel j’ai tissé avec mes cheveux gris.
Filez, filez, quenouille!