LA CHANSON DE L’ÉPOUSÉE

Ma fille, mets ton linge le plus fin,--le boucher a tué hier l’agnel,

l’agnel n’avait que peu de sang.--Rappelle-toi comme il gambadait dans

le pré!--Sa petite laine était blanche--comme la laine de Noël!

Le boucher, ma mère, a passé par la maison,--tous les agneaux sont

morts.--Mon cœur aussi gambadait sur le chemin--par où arrivait là-bas

le noir ami.

Elle va vers la porte et elle dit à celui qui vient:--Maintenant, ils

ont mis mon cœur en croix comme l’agnel,--j’ai gardé pour toi trois

gouttes de sang.

Je mettrai ma ceinture rouge--celle que tu me donnas aux Pâques

dernières--et m’en irai vers ta mère comme un fils.

Ma mère, je suis venu à l’aube,--la maison était close,--j’ai repassé au

soir, j’ai trouvé un homme sur la porte.--Un autre homme que moi a-t-il

passé l’anneau--au doigt de mon amour?--J’ai cueilli en m’en allant--une

rose dans le cimetière.--Je l’arroserai avec les trois gouttes de ton

sang.

Ma fille, accroche tes beaux pendants d’oreille,--les cavaliers font

voler la poussière devant les portes.--Ce soir, un bel homme te

ramènera--avec lui à sa ferme.

Ma mère, dites de quel homme vous voulez parler--afin que mon couteau

frappe là où il doit frapper.--Je boirai à la bonde--comme une cuvée de

bière--les jets fumants.

A présent j’ai vêtu le voile--et accroché les pendants d’oreille.--Dites

au fossoyeur, ma mère, qu’il sonne le glas--comme si j’entrais sous la

nef dans mon cercueil.--Et ensemble ils sont allés entre les aubépines

vers les cloches.--Un des hommes dansait devant--en jouant de

l’harmonica.

Ton sang, homme fourbe--qui m’as volé mon amour, criera vers les

cloches--car mon couteau, je viens de l’aiguiser--sur ton cœur.

La petite femme de la mer · 第 24 / 43 题