Je pourrais commencer l'éloge de mon voyage par dire qu'il ne m'a rien
coûté; cet article mérite attention. Le voilà d'abord prôné, fêté par
les gens d'une fortune médiocre; il est une autre classe d'hommes auprès
de laquelle il est encore plus sûr d'un heureux succès, par cette même
raison qu'il ne coûte rien.--Auprès de qui donc? Eh quoi! vous le
demandez? C'est auprès des gens riches. D'ailleurs de quelle ressource
cette manière de voyager n'est-elle pas pour les malades? Ils n'auront
point à craindre l'intempérie de l'air et des saisons.--Pour les
poltrons, ils seront à l'abri des voleurs; ils ne rencontreront ni
précipices, ni fondrières. Des milliers de personnes qui avant moi
n'avaient point osé, d'autres qui n'avaient pu, d'autres enfin qui
n'avaient pas songé a voyager, vont s'y résoudre à mon exemple. L'être
le plus indolent hésiterait-il à se mettre en route avec moi pour se
procurer un plaisir qui ne lui coûtera ni peine ni argent?--Courage
donc, partons.--Suivez-moi, vous tous qu'une mortification de l'amour,
une négligence de l'amitié, retiennent dans votre appartement, loin de
la petitesse et de la perfidie des hommes. Que tous les malheureux, les
malades et les ennuyés de l'univers me suivent!--Que tous les paresseux
se lèvent en _masse_!--Et vous qui roulez dans votre esprit des projets
sinistres de réforme ou de retraite pour quelque infidélité; vous qui,
dans un boudoir, renoncez au monde pour la vie; aimables anachorètes
d'une soirée, venez aussi: quittez, croyez-moi, ces noires idées; vous
perdez un instant pour le plaisir sans en gagner un pour la sagesse:
daignez m'accompagner dans mon voyage; nous marcherons à petites
journées, en riant, le long du chemin, des voyageurs qui ont vu Rome et
Paris;--aucun obstacle ne pourra nous arrêter; et, nous livrant gaîment
à notre imagination, nous la suivrons partout où il lui plaira de nous
conduire.