Elle sanglotait:--«Que voulez-vous que je fasse?»

Il répliqua:--«Tout plutôt que de permettre cette infamie. Tout, vous

dis-je. Quittez-le. Fuyez cette maison souillée.»

Elle dit:--«Mais je n'ai pas d'argent, Monsieur l'abbé; et puis je suis

sans courage maintenant; et puis comment partir sans preuves? Je n'en

ai même pas le droit.»

Le prêtre se leva, frémissant:--«C'est la lâcheté qui vous conseille,

Madame, je vous croyais autre. Vous êtes indigne de la miséricorde de

Dieu!»

Elle tomba à ses genoux:--«Oh! je vous en prie, ne m'abandonnez pas,

conseillez-moi!»

Il prononça d'une voix brève:--«Ouvrez les yeux de M. de Fourville.

C'est à lui qu'il appartient de rompre cette liaison.»

A cette pensée une épouvante la saisit:--«Mais il les tuerait! Monsieur

l'abbé! Et je commettrais une dénonciation! Oh! pas cela, jamais!»

Alors, il leva la main comme pour la maudire, tout soulevé de

colère:--«Restez dans votre honte et dans votre crime; car vous êtes

plus coupable qu'eux. Vous êtes l'épouse complaisante! Je n'ai plus

rien à faire ici.»

Et il s'en alla, si furieux que tout son corps tremblait.

Elle le suivit éperdue, prête à céder, commençant à promettre. Mais il

demeurait vibrant d'indignation, marchant à pas rapides en secouant de

rage son grand parapluie bleu presque aussi haut que lui.

Il aperçut Julien debout près de la barrière, dirigeant des travaux

d'ébranchage; alors il tourna à gauche pour traverser la ferme des

Couillard; et il répétait: «Laissez-moi, Madame, je n'ai plus rien à

vous dire.»

Juste sur son chemin, au milieu de la cour, un tas d'enfants, ceux

de la maison et ceux des voisins, attroupés autour de la loge de la

chienne Mirza, contemplaient curieusement quelque chose, avec une

attention concentrée et muette. Au milieu d'eux le baron, les mains

derrière le dos, regardait aussi avec curiosité. On eût dit un maître

d'école. Mais, quand il vit de loin le prêtre, il s'en alla pour éviter

de le rencontrer, de le saluer, de lui parler.

Jeanne disait, suppliante:--«Laissez-moi quelques jours, Monsieur

l'abbé, et revenez au château. Je vous raconterai ce que j'aurai pu

faire, et ce que j'aurai préparé; et nous aviserons.»

Ils arrivaient alors auprès du groupe des enfants; et le curé

s'approcha pour voir ce qui les intéressait ainsi. C'était la chienne

qui mettait bas. Devant sa niche cinq petits grouillaient déjà autour

de la mère qui les léchait avec tendresse, étendue sur le flanc,

tout endolorie. Au moment où le prêtre se penchait, la bête crispée

s'allongea, et un sixième petit toutou parut. Tous les galopins alors,

saisis de joie, se mirent à crier en battant des mains: «En v'la encore

un, en v'la encore un!» C'était un jeu pour eux, un jeu naturel où rien

d'impur n'entrait. Ils contemplaient cette naissance comme ils auraient

regardé tomber des pommes.

L'abbé Tolbiac demeura d'abord stupéfait, puis, saisi d'une fureur

irrésistible, il leva son grand parapluie et se mit à frapper dans le

tas des enfants sur les têtes, de toute sa force. Les galopins effarés

s'enfuirent à toutes jambes; et il se trouva subitement en face de la

chienne en gésine qui s'efforçait de se lever. Mais il ne la laissa

pas même se dresser sur ses pattes, et, la tête perdue, il commença

à l'assommer à tour de bras. Enchaînée, elle ne pouvait s'enfuir,

et gémissait affreusement en se débattant sous les coups. Il cassa

son parapluie. Alors, les mains vides, il monta dessus, la piétinant

avec frénésie, la pilant, l'écrasant. Il lui fit mettre au monde un

dernier petit qui jaillit sous sa pression; et il acheva, d'un talon

forcené, le corps saignant qui remuait encore au milieu des nouveau-nés

piaulants, aveugles et lourds, cherchant déjà les mamelles.

Jeanne s'était sauvée; mais le prêtre soudain se sentit pris au cou;

un soufflet fit sauter son tricorne; et le baron, exaspéré, l'emporta

jusqu'à la barrière et le jeta sur la route.

Quand M. Le Perthuis se retourna, il aperçut sa fille à genoux,

sanglotant au milieu des petits chiens et les recueillant dans sa jupe.

Il revint vers elle à grands pas, en gesticulant, et il criait:--«Le

voilà, le voilà, l'homme en soutane! L'as-tu vu, maintenant?»

Les fermiers étaient accourus, tout le monde regardait la bête

éventrée; et la mère Couillard déclara:--«C'est-il possible d'être

sauvage comme ça!»

Mais Jeanne avait ramassé les sept petits et prétendait les élever.

On essaya de leur donner du lait; trois moururent le lendemain. Alors

le père Simon courut le pays pour découvrir une chienne allaitant.

Il n'en trouva pas, mais il rapporta une chatte en affirmant qu'elle

ferait l'affaire. On tua donc trois autres petits et on confia le

dernier à cette nourrice d'une autre race. Elle l'adopta immédiatement,

et lui tendit sa mamelle en se couchant sur le côté.

Pour qu'il n'épuisât point sa mère adoptive, on sevra le chien quinze

jours après, et Jeanne se chargea de le nourrir elle-même au biberon.

Elle l'avait nommé Toto. Le baron changea son nom d'autorité, et le

baptisa «Massacre».

Le prêtre ne revint pas, mais, le dimanche suivant, il lança du haut

de la chaire des imprécations, des malédictions et des menaces contre

le château, disant qu'il faut porter le fer rouge dans les plaies,

anathématisant le baron qui s'en amusa, et marquant d'une allusion

voilée, encore timide, les nouvelles amours de Julien. Le vicomte fut

exaspéré, mais la crainte d'un scandale affreux éteignit sa colère.

Alors, de prône en prône, le prêtre continua l'annonce de sa vengeance,

prédisant que l'heure de Dieu approchait, que tous ses ennemis seraient

frappés.

Julien écrivit à l'archevêque une lettre respectueuse, mais énergique.

L'abbé Tolbiac fut menacé d'une disgrâce. Il se tut.

On le rencontrait maintenant faisant de longues courses solitaires,

à pas allongés, avec un air exalté. Gilberte et Julien dans leurs

promenades à cheval l'apercevaient à tout moment, parfois au loin

comme un point noir au bout d'une plaine ou sur le bord de la falaise,

parfois lisant son bréviaire dans quelque étroit vallon où ils allaient

entrer. Ils tournaient bride alors pour ne point passer près de lui.

Le printemps était venu, ravivant leur amour, les jetant chaque jour

aux bras l'un de l'autre, tantôt ici, tantôt là, sous tout abri où les

portaient leurs courses.

Comme les feuilles des arbres étaient encore claires, et l'herbe

humide, et qu'ils ne pouvaient, ainsi qu'au cœur de l'été, s'enfoncer

dans les taillis des bois, ils avaient adopté le plus souvent, pour

cacher leurs étreintes, la cabane ambulante d'un berger, abandonnée

depuis l'automne au sommet de la côte de Vaucotte.

Elle restait là toute seule, haute sur ses roues, à cinq cents mètres

de la falaise, juste au point où commençait la descente rapide du

vallon. Ils ne pouvaient être surpris dedans, car ils dominaient la

plaine; et les chevaux attachés aux brancards attendaient qu'ils

fussent las de baisers.

Mais voilà qu'un jour, au moment où ils quittaient ce refuge, ils

aperçurent l'abbé Tolbiac assis, presque caché dans les joncs marins de

la côte.

--«Il faudra laisser nos chevaux dans le ravin, dit Julien, ils

pourraient nous dénoncer de loin.» Et ils prirent l'habitude d'attacher

les bêtes dans un repli du val plein de broussailles.

Puis un soir, comme ils rentraient tous deux à la Vrillette où ils

devaient dîner avec le comte, ils rencontrèrent le curé d'Étouvent qui

sortait du château. Il se rangea pour les laisser passer; et salua sans

qu'ils rencontrassent ses yeux.

Une inquiétude les saisit, qui se dissipa bientôt.

Or Jeanne, un après-midi, lisait auprès du feu par un grand coup de

vent (c'était au commencement de mai), quand elle aperçut soudain le

comte de Fourville qui s'en venait à pied et si vite qu'elle crut un

malheur arrivé.

Elle descendit vivement pour le recevoir et, quand elle fut en face de

lui, elle le pensa devenu fou. Il était coiffé d'une grosse casquette

fourrée qu'il ne portait que chez lui, vêtu de sa blouse de chasse, et

si pâle que sa moustache rousse, qui ne tranchait point d'ordinaire sur

son teint coloré, semblait une flamme. Et ses yeux étaient hagards,

roulaient, comme vides de pensée.

Il balbutia:--«Ma femme est ici, n'est-ce pas?» Jeanne, perdant la

tête, répondit:--«Mais non, je ne l'ai point vue aujourd'hui.»

Alors il s'assit, comme si ses jambes se fussent brisées; il ôta sa

coiffure et s'essuya le front avec son mouchoir, plusieurs fois, par un

geste machinal; puis se relevant d'une secousse, il s'avança vers la

jeune femme, les deux mains tendues, la bouche ouverte, prêt à parler,

à lui confier quelque affreuse douleur; puis il s'arrêta, la regarda

fixement, prononça dans une sorte de délire:--«Mais c'est votre mari...

vous aussi...» Et il s'enfuit du côté de la mer.

Jeanne courut pour l'arrêter, l'appelant, l'implorant, le cœur crispé

de terreur, pensant: «Il sait tout! que va-t-il faire? Oh! pourvu qu'il

ne les trouve point!»

Mais elle ne le pouvait atteindre, et il ne l'écoutait pas. Il allait

devant lui sans hésiter, sûr de son but. Il franchit le fossé, puis,

enjambant les joncs marins à pas de géant, il gagna la falaise.

Jeanne, debout sur le talus planté d'arbres, le suivit longtemps des

yeux; puis, le perdant de vue, elle rentra, torturée d'angoisse.

Il avait tourné vers la droite, et s'était mis à courir. La mer

houleuse roulait ses vagues; les gros nuages tout noirs arrivaient

d'une vitesse folle, passaient, suivis par d'autres; et chacun d'eux

criblait la côte d'une averse furieuse. Le vent sifflait, geignait,

rasait l'herbe, couchait les jeunes récoltes, emportait, pareils à des

flocons d'écume, de grands oiseaux blancs qu'il entraînait au loin dans

les terres.

Les grains, qui se succédaient, fouettaient le visage du comte,

trempaient ses joues et ses moustaches où l'eau glissait, emplissaient

de bruit ses oreilles et son cœur de tumulte.

Là-bas, devant lui, le val de Vaucotte ouvrait sa gorge profonde. Rien

jusque-là qu'une hutte de berger auprès d'un parc à moutons vide. Deux

chevaux étaient attachés aux brancards de la maison roulante.--Que

pouvait-on craindre par cette tempête?

Dès qu'il les eut aperçus, le comte se coucha contre terre, puis il

se traîna sur les mains et sur les genoux, semblable à une sorte de

monstre avec son grand corps souillé de boue et sa coiffure en poil de

bête. Il rampa jusqu'à la cabane solitaire et se cacha dessous pour

n'être point découvert par les fentes des planches.

Les chevaux, l'ayant vu, s'agitaient. Il coupa lentement leurs brides

avec son couteau qu'il tenait ouvert à la main; et une bourrasque étant

survenue, les animaux s'enfuirent harcelés par la grêle qui cinglait le

toit penché de la maison de bois, la faisant trembler sur ses roues.

Le comte alors, redressé sur les genoux, colla son œil au bas de la

porte, et regarda dedans.

Il ne bougeait plus; il semblait attendre. Un temps assez long

s'écoula; et tout à coup il se releva, fangeux de la tête aux pieds.

Avec un geste forcené il poussa le verrou qui fermait l'auvent au

dehors, et, saisissant les brancards, il se mit à secouer cette niche

comme s'il eût voulu la briser en pièces. Puis soudain il s'attela,

pliant sa haute taille dans un effort désespéré, tirant comme un bœuf,

et haletant; et il entraîna, vers la pente rapide, la maison voyageuse

et ceux qu'elle enfermait.

Ils criaient là dedans, heurtant la cloison du poing, ne comprenant pas

ce qui leur arrivait.

Lorsqu'il fut en haut de la descente, il lâcha la légère demeure qui se

mit à rouler sur la côte inclinée.

Elle précipitait sa course, emportée follement, allant toujours plus

vite, sautant, trébuchant comme une bête, battant la terre de ses

brancards.

Un vieux mendiant blotti dans un fossé la vit passer d'un élan sur sa

tête; et il entendit des cris affreux poussés dans le coffre de bois.

Tout à coup elle perdit une roue arrachée d'un heurt, s'abattit sur le

flanc et se remit à dévaler comme une boule, comme une maison déracinée

dégringolerait du sommet d'un mont. Puis, arrivant au rebord du dernier

ravin, elle bondit en décrivant une courbe, et, tombant au fond, s'y

creva comme un œuf.

Dès qu'elle se fut brisée sur le sol de pierre, le vieux mendiant, qui

l'avait vue passer, descendit à petits pas à travers les ronces; et, mû

par sa prudence de paysan, n'osant approcher du coffre éventré, il alla

jusqu'à la ferme voisine annoncer l'accident.

On accourut; on souleva les débris; on aperçut deux corps. Ils étaient

meurtris, broyés, saignants. L'homme avait le front ouvert et toute la

face écrasée. La mâchoire de la femme pendait, détachée dans un choc;

et leurs membres cassés étaient mous comme s'il n'y avait plus d'os

sous la chair.

On les reconnut cependant; et on se mit à raisonner longuement sur les

causes de ce malheur.

--«Qué qui faisaient dans c'té cahute?» dit une femme. Alors, le vieux

pauvre raconta qu'ils s'étaient apparemment réfugiés là dedans pour

se mettre à l'abri d'une bourrasque, et que le vent furieux avait dû

chavirer et précipiter la cabane. Et il expliquait que lui-même allait

s'y cacher quand il avait vu les chevaux attachés aux brancards, et

compris par là que la place était occupée.

Il ajouta d'un air satisfait:--«Sans ça, c'est moi qu'j'y passais.» Une

voix dit:--«Ça aurait-il pas mieux valu?» Alors le bonhomme se mit

dans une colère terrible:--«Pourquoi qu'ça aurait mieux valu? Parce

qu'je sieus pauvre et qu'i sont riches! Guettez-les, à c't'heure...»

Et, tremblant, déguenillé, ruisselant d'eau, sordide avec sa barbe

mêlée et ses longs cheveux coulant du chapeau défoncé, il montrait les

deux cadavres du bout de son bâton crochu; et il déclara: «J'sommes

tous égaux, là devant.»

Mais d'autres paysans étaient venus, et regardaient de coin, d'un œil

inquiet, sournois, effrayé, égoïste et lâche. Puis on délibéra sur ce

qu'on ferait; et il fut décidé, dans l'espoir d'une récompense, que les

corps seraient reportés aux châteaux. On attela donc deux carrioles.

Mais une nouvelle difficulté surgit. Les uns voulaient simplement

garnir de paille le fond des voitures; les autres étaient d'avis d'y

placer des matelas par convenance.

La femme qui avait déjà parlé cria:--«Mais y s'ront pleins d'sang ces

matelas, qu'y faudra les r'laver à l'ieau de javelle.»

Alors, un gros fermier à face réjouie répondit:--«Y les payeront donc.

Plus qu'ça vaudra, plus qu'ça sera cher.» L'argument fut décisif.

Et les deux carrioles, haut perchées sur des roues sans ressorts,

partirent au trot, l'une à droite, l'autre à gauche, secouant et

ballottant à chaque cahot des grandes ornières ces restes d'êtres qui

s'étaient étreints et qui ne se rencontreraient plus.

Le comte, dès qu'il avait vu rouler la cabane sur la dure descente,

s'était enfui de toute la vitesse de ses jambes à travers la pluie et

les bourrasques. Il courut ainsi pendant plusieurs heures, coupant les

routes, sautant les talus, crevant les haies; et il était rentré chez

lui à la tombée du jour, sans savoir comment.

Les domestiques effarés l'attendaient et lui annoncèrent que les deux

chevaux venaient de revenir sans cavaliers, celui de Julien ayant suivi

l'autre.

Alors M. de Fourville chancela; et, d'une voix entrecoupée:--«Il leur

sera arrivé quelque accident par ce temps affreux. Que tout le monde se

mette à leur recherche.»

Il repartit lui-même; mais, dès qu'il fut hors de vue, il se cacha sous

une ronce, guettant la route par où allait revenir morte, ou mourante,

ou peut-être estropiée, défigurée à jamais, celle qu'il aimait encore

d'une passion sauvage.

Et bientôt, une carriole passa devant lui, qui portait quelque chose

d'étrange.

Elle s'arrêta devant le château, puis entra. C'était cela, oui,

c'était Elle; mais une angoisse effroyable le cloua sur place, une peur

horrible de savoir, une épouvante de la vérité; et il ne remuait plus,

blotti comme un lièvre, tressaillant au moindre bruit.

Il attendit une heure, deux heures peut-être. La carriole ne sortait

pas. Il se dit que sa femme expirait; et la pensée de la voir, de

rencontrer son regard, l'emplit d'une telle horreur, qu'il craignit

soudain d'être découvert dans sa cachette et forcé de rentrer pour

assister à cette agonie, et qu'il s'enfuit encore jusqu'au milieu du

bois. Alors, tout à coup, il réfléchit qu'elle avait peut-être besoin

de secours, que personne sans doute ne pouvait la soigner; et il revint

en courant éperdument.

Il rencontra, en rentrant, son jardinier et lui cria: «Eh bien?»

L'homme n'osait pas répondre. Alors, M. de Fourville hurlant

presque:--«Est-elle morte?» Et le serviteur balbutia:--«Oui, Monsieur

le comte.»

Il ressentit un soulagement immense. Un calme brusque entra dans son

sang et dans ses muscles vibrants; et il monta d'un pas ferme les

marches de son grand perron.

L'autre carriole avait gagné les Peuples. Jeanne de loin l'aperçut, vit

le matelas, devina qu'un corps gisait dessus, et comprit tout. Son

émotion fut si vive qu'elle s'affaissa sans connaissance.

Quand elle reprit ses sens, son père lui tenait la tête et lui

mouillait les tempes de vinaigre. Il demanda en hésitant:--«Tu

sais?...» Elle murmura:--«Oui, père.» Mais, quand elle voulut se lever,

elle ne le put tant elle souffrait.

Le soir même elle accoucha d'un enfant mort; d'une fille.

Elle ne vit rien de l'enterrement de Julien; elle n'en sut rien. Elle

s'aperçut seulement au bout d'un jour ou deux que tante Lison était

revenue; et, dans les cauchemars fiévreux qui la hantaient, elle

cherchait obstinément à se rappeler depuis quand la vieille fille était

repartie des Peuples, à quelle époque, dans quelles circonstances. Elle

n'y pouvait parvenir, même en ses heures de lucidité, sûre seulement

qu'elle l'avait vue après la mort de petite mère.

Œuvres complètes de Guy de Maupassant - volume 05 · 第 54 / 66 题