LA BÉNÉDICTION DES RAMEAUX

Y a-t-il rien de plus charmant dans la liturgie catholique, rien de plus

adorable que cette fête de Pâques-Fleuries, où tout renaît pour nous

charmer!

A Paris, autant qu'en province, la coutume est très suivie par les

chrétiens même incroyants d'acheter du buis béni. Le saint rameau se

trouve dans toute les familles. Il nous a paru curieux de montrer la

touchante cérémonie qui prélude aux prières de la matinée, et pour cela

la ravissante église de Saint-Germain-l'Auxerrois nous a fourni le plus

charmant des cadres.

C'est à peine si l'aube pointe et déjà, devant les grilles de la vieille

église, se démène tout un petit monde de vieillards, de femmes et

d'enfants. Parmi les voussures ouvragées, où depuis des temps séculaires

ils ont fait leur nid, les pierrots tendent leur tête curieuse. Ravis de

voir l'ample moisson de feuillage, dont rapidement le sol se couvre, ils

piaillent gaiement en se lissant de leur bec. Une odeur délicieuse

d'herbe et de terre mouillées monte vers eux. Sous le ciel blanchissant

et déjà plus léger toute la fraîcheur et toute la joie du printemps

chantent là.

Le moment solennel de la bénédiction du buis est proche.

Faibles d'abord, venant du fond de la nef de pierre, puis plus vibrants,

les sons d'une clochette d'enfant de choeur se sont fait entendre. Sans

bruit, la porte du cloître a roulé sur ses gonds: elle livre passage au

suisse de corpulente stature, dont la haute canne scande la marche.

Derrière lui, entre les fines colonnettes du seuil, le prêtre est

apparu.

Il n'a pas revêtu encore tous les insignes dont il se couvrira bientôt

pour la messe de six heures. En aube simplement et l'étole retombant à

droite et à gauche sur la poitrine, il tient d'une main sa barrette et de

l'autre un livre de prière. Entre sainte Clotilde et sainte Radegonde,

reines de France, dont la naïve effigie semble sourire, il passe et

descend les marches du parvis pour ne s'arrêter qu'à la grille. Devant

lui, sur le sol, la foule des marchands s'est prosternée. Un couple

matinal, en fraîche toilette, déjà s'approche avec respect. Tout le

monde a fait silence. Ce petit marchand de rameaux qui, il n'y a qu'une

seconde, caquetait de concert avec les moineaux, s'est lui-même tu.

Alors, l'officiant prend un goupillon des mains du servant qui

l'accompagne et lentement, avec toute l'onction sacerdotale, son bras

s'élève pour asperger d'eau lustrale les branches entassées à ses pieds.

De ses lèvres s'échappent, pressées, les paroles consacrées.

Le buis des rameaux est béni.

Il fait grand jour maintenant. Une admirable matinée se prépare. Au

fronton du Louvre s'allume de roses clartés; sur la place, les

vieillards, les enfants et les femmes vont et viennent.

--Achetez-moi, disent-ils, un joli rameau de buis.

L'Illustration, No. 2508, 21 Mars 1891 · 第 14 / 28 题