CANTABILE chanté par M. Vergnet.
Heureux celui dont la vie
Pour le bien aura lutté toujours!
Car son âme est ravie
Au bonheur éternel des célestes séjours.
Les douleurs qu'il eut sur la terre
Lui deviendront là-haut des voluptés sans fin.
S'il eut soif, c'est le vin qui toujours désaltère;
Et c'est le pain servi pour jamais, s'il eut faim.
O sort divin de celui qui sans trêve, sans trêve
Contre Ahriman aura nourri le feu,
Il va, joyeux, au ciel conquis, vivre son rêve,
Vêtu de gloire et d'or comme son Dieu!
[Illustration: HISTOIRE DE LA SEMAINE]
La semaine parlementaire.--La Chambre a voté la semaine dernière la
proposition de M. Méline tendant à venir en aide aux agriculteurs dont
les récoltes ont été perdues par suite de la persistance de la gelée.
Cette proposition, on se le rappelle, avait rencontré une assez vive
opposition, un grand nombre de députés estimant qu'elle était à la fois
inefficace et contraire aux principes sur lesquels repose notre
organisation sociale. Mais ceux-là mêmes qui l'avaient combattue à ce
double point de vue pensaient qu'il y avait des mesures à prendre en
faveur de l'agriculture, et M. Rivet s'est fait leur interprète en
déposant à son tour un projet de loi ayant pour but «l'organisation
d'une caisse nationale d'assurance agricole, laquelle serait alimentée
par les ressources des communes.» M. Rivet demandait l'urgence; mais
elle a été repoussée conformément à la déclaration du ministre des
Finances. M. Rouvier estimait en effet qu'on ne pouvait discuter au pied
levé une question aussi grave, puisque la proposition aurait pour effet
d'engager le principe de l'assurance obligatoire qui n'existe pas dans
notre législation. Cependant le sujet vaut d'être étudié et il est
probable que l'auteur de la proposition fera en sorte que le rejet de
l'urgence ne constitue pas un ajournement indéfini de la discussion.
--La Chambre n'a pas voulu laisser au Sénat le monopole de l'étude des
questions qui se rattachent à la situation de l'Algérie. Deux
propositions intéressant notre grande colonie ont été déposées par M.
Martineau: la première concerne le service militaire des indigènes
musulmans; la seconde, leur naturalisation progressive. Ces deux
propositions ont été renvoyées à une commission spéciale de onze
membres.
--Le projet de loi portant modification du régime fiscal en matière de
successions et de donations entre vifs est venu en première
délibération. Il s'agit de savoir si les droits du fisc continueront à
porter sur l'ensemble de la succession, comme le veut la législation
actuelle, ou seulement sur le montant de la succession diminuée du
passif, ce qui semble plus équitable. Un long débat juridique s'est
engagé à ce sujet entre MM. Dumas, Raiberti, Borie et le rapporteur, M.
Jamais; après quoi la Chambre a décidé de passer à une deuxième
délibération dans laquelle seront discutés les divers amendements
présentés.
--La Chambre a voté une résolution en vertu de laquelle tous les vins de
fabrication ou plâtrés devront porter une étiquette apparente indiquant
leur nature, de façon à prévenir le public.
--Quand la Chambre veut se débarrasser d'une interpellation inopportune
ou gênante, elle profite de la latitude que lui laisse le règlement, et
elle la renvoie à un mois. Un mois, c'est l'éternité quand il s'agit
d'un débat que l'interpellateur a voulu provoquer le plus souvent sur un
fait dont l'actualité constitue le principal intérêt. C'est ce qui était
arrivé pour l'interpellation déposée par M. Francis Laur, au lendemain
de la faillite Macé-Berneau, dans le but de demander au ministre de la
justice «les mesures qu'il comptait prendre pour empêcher les
escroqueries publiques par prospectus promettant un revenu
invraisemblable et garantissant le capital.» Le mois s'est écoulé et,
par exception, le temps n'a pas amorti l'intérêt du sujet, car M.
Francis Laur a très habilement profité de la crise qui vient de frapper
le marché financier, en rattachant à son interpellation l'affaire de la
Société des dépôts et comptes courants.
Le ministre de la justice aurait pu séparer les deux causes, qui n'ont
aucun rapport entre elles, mais il a tenu à s'expliquer sur l'une et sur
l'autre. En ce qui concerne l'affaire Macé, il a fait remarquer que pas
une des victimes du banquier en fuite n'a porté plainte, preuve évidente
que ses nombreux clients avaient accepté d'avance le caractère aléatoire
de ses opérations. Au sujet de la Société des Dépôts, M. Fallières s'est
appliqué d'abord à justifier l'intervention de l'État et des banques de
crédit; mais le point intéressant de son discours est celui relatif aux
mesures préparées par le gouvernement pour prévenir autant que possible
de pareilles catastrophes. Le ministre a annoncé en effet un projet de
loi destiné à sauvegarder les intérêts des déposants.
Aux termes de cette loi les Sociétés de crédit ne pourront employer les
dépôts qu'en papier commercial revêtu de deux signatures, ou en avances
sur titres, compris parmi ceux que la Banque de France admet elle-même
au bénéfice de ses avances.
Sur ces déclarations, l'ordre du jour pur et simple a été voté par assis
et levé.
Elections sénatoriales.--Les trois élections sénatoriales qui ont eu
lieu dimanche dernier ont donné les résultats suivants:
Calvados: M. Turgis, conseiller général, républicain, élu par 788 voix
contre 370 à M. Thomine-Desmazures, maire de Mouen, monarchiste.
Eure: M. le docteur Guindey, conseiller général, républicain, élu par
558 voix, contre 497, à M. Pouyer-Quertier.
Seine-et-Marne: M. Benoist, républicain, élu par 513 voix, contre 408, à
M. Chazal.
Les catholiques, les monarchistes et la république.--L'opinion publique
suit avec une attention justifiée l'évolution qui se produit depuis
quelque temps dans une partie du monde catholique français et qui a eu
pour point de départ le fameux discours prononcé par Mgr Lavigerie, à
Alger. On se rappelle qu'à cette époque, si le langage du cardinal n'a
pas reçu la confirmation officielle du Saint-Père, de nombreux indices
permettaient aux partisans de l'évolution de croire que Léon XIII ne la
désapprouvait pas.
Depuis, M. d'Haussonville a tracé de son côté le programme des
monarchistes intransigeants, en laissant entendre clairement qu'il
existait une puissante fraction du parti royaliste parfaitement décidée
à n'accepter aucun compromis. Or, on a fort remarqué qu'un journal, qui
passe pour un organe officieux du Vatican, le _Moniteur de Rome_, a
vivement protesté contre les doctrines de l'orateur et lui a reproché
notamment «d'avoir fait le procès de la politique de l'épiscopat, qui
veut le salut de la France et la fin des regrettables malentendus.
Faut-il voir dans les déclarations que vient de faire le cardinal
Richard, archevêque de Paris, la confirmation de celles qu'a publiées le
_Moniteur de Rome?_ Ce serait aller un peu loin, car l'archevêque de
Paris se tient dans la réserve que lui commande sa haute situation dans
l'épiscopat. Toutefois, en raison même de cette réserve, son langage a
une importance toute particulière.
Un certain nombre de catholiques lui ayant demandé son avis sur la façon
dont ils devaient comprendre leur «devoir social», l'illustre prélat
leur a donné une sorte de consultation qui contient un passage du plus
haut intérêt. Il y est dit: «D'abord faisons trêve aux dissentiments
politiques. Quand la foi est en péril, redirons-nous avec Léon XIII, tous
doivent s'unir d'un commun accord pour la défendre. Le pays a besoin de
stabilité gouvernementale et de liberté religieuse... Apportons un loyal
concours aux affaires publiques, mais demandons aussi que les sectes
anti-chrétiennes n'aient pas la prétention d'identifier avec elles le
gouvernement républicain et de faire d'un ensemble de lois
anti-religieuses la constitution essentielle de la République.» Ce sera
là, en effet, tout le fait prévoir, que portera principalement l'effort
de ceux qui, parmi les catholiques, se résignent à accepter le régime
actuel: plus d'opposition systématique contre la forme de gouvernement,
mais propagande constante dans le but de faire réformer les lois qui
touchent aux intérêts religieux, c'est-à-dire celles qui concernent
l'enseignement, le service militaire et les congrégations.
Puisque nous parlons du parti monarchiste, nous devons signaler un fait
important, la retraite de M. Bocher, le confident et le représentant du
comte de Paris en France. M. Bocher a exercé ces délicates fonctions
pendant de longues années et, dans ce rôle souvent difficile, il a su se
concilier l'estime générale. Il a invoqué, pour résigner son mandat,
l'âge et la fatigue causée par un travail incessant. Son droit au repos
est trop évident pour qu'il soit permis de chercher un autre mobile à
cette décision, qui peut amener une modification nouvelle dans
l'attitude du parti dont il était le représentant.
M. le comte d'Haussonville, l'orateur de Nîmes, que l'on supposait
désigné pour remplacer M. Bocher, a été en effet appelé par le comte de
Paris, qui se trouve en ce moment en Espagne.
Les courses et les paris.--On continue à occuper militairement les
champs de courses et, jusqu'ici, le public s'est en général soumis aux
dispositions prises pour empêcher le fonctionnement des paris. C'est à
peine si quelques arrestations ont été opérées pour infraction aux
arrêtés ministériels. Mais on sent que les choses ne peuvent durer ainsi
et on devine que cette patience apparente est motivée par l'attente de
la loi spéciale qui doit régler la question une fois pour toutes.
En vertu de cette loi, seront seules autorisées les courses ayant pour
but l'amélioration de la race chevaline et organisées par des Sociétés
dont les statuts auront été approuvés par le ministre de l'agriculture.
Les Sociétés de courses auraient la police de leurs hippodromes. Elles
organiseraient donc sous leur surveillance le fonctionnement des paris
et s'entendraient avec les municipalités pour la redevance à payer au
profit d'oeuvres de bienfaisance.
Mais, comme on le voit, d'après ce projet, le point spécial relatif à la
légalité du pari mutuel n'est pas tranché. Aussi, pour prévenir les
difficultés qui ne manqueraient pas de se produire de nouveau, certains
députés voudraient-ils que la question fût nettement posée et ils
demandent une modification catégorique à la loi de 1836 sur les
loteries, loi à laquelle celle qui concerne le pari mutuel serait
assimilée.
Allemagne: _les passe-ports en Alsace._--A la suite des mesures prises
par l'administration allemande, dans le but de rendre plus rigoureuses
encore que par le passé les prescriptions relatives aux passe-ports, une
délégation de la représentation d'Alsace-Lorraine s'est rendue auprès de
l'empereur pour essayer de le faire revenir sur sa décision. Guillaume
Il a reçu les délégués en grand apparat; il avait pris place sur le
trône, entouré des dignitaires de la couronne, et il était revêtu de
l'uniforme des gardes du corps. Dans le discours qu'il leur a adressé,
l'empereur a fait entendre que, pour le moment du moins, il n'était
disposé à faire aucune concession. En revanche, il a saisi l'occasion
qui lui était offerte pour proclamer hautement les droits de l'Allemagne
en Alsace-Lorraine.
Nécrologie.--Le général de Narp, commandeur de la Légion d'honneur.