APPENDICES

I

Note sur les plantes fossiles recueillies aux environs du cap Flora.

Lettre du professeur A.-G. NATHORST au DR FRIDTJOF NANSEN.

Les empreintes les plus abondantes dans votre collection appartiennent à

une espèce de conifère très voisine du _Pinus Nordenskiöldii_ Heer,

trouvée dans les assises jurassiques du Spitzberg, de la Sibérie

orientale et du Japon. Votre série renferme également des aiguilles

d'une autre espèce de pin, des empreintes de fleurs ainsi que des

fragments d'un cône encore muni de quelques graines (fig. 1 et 2). L'une

d'elles ressemble à celle du _Pinus Maakiana_ Heer, du jurassique de

Sibérie. Je dois encore signaler les empreintes d'un Taxites à larges

feuilles, ressemblant au _Taxites gramineus_ Heer (jurassique du

Spitzberg et de Sibérie). Ses feuilles ont à peu près les mêmes

dimensions que celles du _Cephalotaxus Fortunei_, existant actuellement

en Chine et au Japon. Il est intéressant de trouver également dans votre

collection des débris appartenant au genre _Feildenia_ (fig. 4 et 5),

qui n'a jusqu'ici été rencontré que dans les régions polaires. Ce genre

a été découvert par Nordenskiöld dans les couches tertiaires du cap

Staratschin, au Spitzberg, en 1868, et décrit par Heer sous le nom de

_Torellia_. Ultérieurement, il fut rapporté par Feilden des strates

tertiaires de la baie de la Découverte (Discovery Bay), à la terre de

Grinnell pendant l'expédition polaire anglaise de 1875–1876. A la suite

de cette trouvaille, Heer remplaça la dénomination générique _Torellia_

par celle de _Feildenia_, la première ayant déjà été attribuée à des

mollusques. En 1882, j'ai trouvé cette espèce dans les assises

supérieures du jurassique au Spitzberg. Les feuilles ressemblent à

celles d'une sous-espèce (_nageia_) du genre actuel _Podocarpus_.

Le plus bel échantillon rapporté par vous est une feuille complète d'un

petit _ginkgo_ (fig. 6). Ce genre, caractérisé par des feuilles munies

d'une véritable tige, ne se trouve aujourd'hui qu'au Japon; encore n'y

est-il représenté que par une seule espèce. A une époque antérieure, il

se rencontrait sous des formes très variées et dans un grand nombre de

régions. Pendant le jurassique, il était particulièrement abondant dans

la Sibérie orientale. Il a été également rapporté du Spitzberg, du

Grönland oriental (Scoresby Sound) et de nombreuses localités en Europe.

Pendant le crétacé et le tertiaire, il existait sur la côte ouest du

Grönland jusqu'au 70°. La feuille reproduite ci-contre appartient à une

nouvelle espèce que l'on peut appeler _ginkgo polaris_, très voisine du

_g. flabellata_ Heer, du jurassique de Sibérie. Il présente également

une certaine ressemblance avec le _ginkgo digitata_ Lindley et Hutton,

découvert dans les assises jurassiques brunes d'Angleterre et du

Spitzberg; ses feuilles, toutefois, sont notablement plus petites. Outre

cette espèce, votre série en renferme peut-être une ou deux autres,

représentées par des fragments de feuilles appartenant au genre

_Czekanowskia_ de la famille des _ginkgo_.

[Illustration: 1 2 6 5 4

PLANTES FOSSILES DE LA TERRE FRANÇOIS-JOSEPH]

Les fougères sont très pauvrement représentées. Votre collection ne

contient que des fragments d'empreintes se rapportant à quatre types

différents, dont il est impossible de déterminer les espèces. L'un

appartient au genre _cladophlebis_; commun dans le jurassique, un autre

rappelle le _thyrsopteris_ abondant dans le jurassique de la Sibérie

orientale et d'Angleterre; le troisième, l'_onychiopsis_,

caractéristique du jurassique supérieur. Le quatrième paraît pouvoir

être rapporté à l'_asplenium_ (_Petruschinense_) décrit par Heer, et

provenant du jurassique de Sibérie.

La prédominance des conifères, la rareté des fougères et l'absence des

cycadées donnent à la flore fossile de la terre François-Joseph un

facies semblable à celui de la flore jurassique supérieure du Spitzberg,

bien que, dans les deux pays, les espèces soient différentes. Comme la

flore fossile du Spitzberg, celle de la terre François-Joseph,

correspond à un climat, sinon très chaud, du moins beaucoup plus tempéré

que celui régnant actuellement dans ces régions. Les dépôts fossilifères

ont dû s'opérer dans le voisinage d'une forêt de pins. Autant que je

puis en juger par les spécimens rapportés, il est beaucoup plus probable

que cette flore appartient au jurassique supérieur qu'au jurassique

moyen.

Vers le pôle · 第 32 / 37 题