Les publications à bon marché ont pu être avantageuses à certains
auteurs dont les «trompettes de la renommée» n’avaient pas porté le nom
dans tous les lieux où le public qui leur est destiné réside. Le public
des auteurs les moins asservis au public réside partout. Il n’est pas
forcément où se trouve le public dit «d’élite». Le public d’élite n’est
pas groupé comme un troupeau de moutons. Il est dispersé, nous ne savons
pas où il est. Les collections à bon marché ont pu l’atteindre, par
hasard, en prenant sur la masse du public une autorité qui les imposait
à des cinquantaines, à des centaines de mille acheteurs. Mais, ne nous y
trompons pas: l’élite capable d’apprécier une œuvre non vulgaire, si
dispersée qu’elle soit, ne doit pas être très nombreuse: et des
cinquantaines, des centaines de mille acheteurs ont dû reconnaître
qu’ils s’étaient trompés en faisant entrer tel ou tel nom dans leur
bibliothèque. L’achèteront-ils de nouveau? C’est une question qui n’est
pas résolue. L’entreprise n’en est qu’à sa première phase.
Quant à l’influence exercée par ces publications sur les œuvres, eh
bien, elle pourra être excellente à certains talents qui sont faits pour
le grand nombre; il y en a; elle les obligera tout de suite à
communiquer à leurs œuvres les qualités requises. Pour les autres, si
ces tirages les influencent, c’est qu’ils eussent pu être influencés
aussi bien par un éditeur ordinaire, par un directeur de revue, par un
ami, par leur femme, ou par leur maîtresse. Ceux qui sont forts feront
leur œuvre sans se soucier du sort qui l’attend. Ceux-là seuls comptent.
A quelques scrupuleux elle pourrait donner un certain souci moral.