II

Les publications à bon marché ont pu être avantageuses à certains

auteurs dont les «trompettes de la renommée» n’avaient pas porté le nom

dans tous les lieux où le public qui leur est destiné réside. Le public

des auteurs les moins asservis au public réside partout. Il n’est pas

forcément où se trouve le public dit «d’élite». Le public d’élite n’est

pas groupé comme un troupeau de moutons. Il est dispersé, nous ne savons

pas où il est. Les collections à bon marché ont pu l’atteindre, par

hasard, en prenant sur la masse du public une autorité qui les imposait

à des cinquantaines, à des centaines de mille acheteurs. Mais, ne nous y

trompons pas: l’élite capable d’apprécier une œuvre non vulgaire, si

dispersée qu’elle soit, ne doit pas être très nombreuse: et des

cinquantaines, des centaines de mille acheteurs ont dû reconnaître

qu’ils s’étaient trompés en faisant entrer tel ou tel nom dans leur

bibliothèque. L’achèteront-ils de nouveau? C’est une question qui n’est

pas résolue. L’entreprise n’en est qu’à sa première phase.

Quant à l’influence exercée par ces publications sur les œuvres, eh

bien, elle pourra être excellente à certains talents qui sont faits pour

le grand nombre; il y en a; elle les obligera tout de suite à

communiquer à leurs œuvres les qualités requises. Pour les autres, si

ces tirages les influencent, c’est qu’ils eussent pu être influencés

aussi bien par un éditeur ordinaire, par un directeur de revue, par un

ami, par leur femme, ou par leur maîtresse. Ceux qui sont forts feront

leur œuvre sans se soucier du sort qui l’attend. Ceux-là seuls comptent.

A quelques scrupuleux elle pourrait donner un certain souci moral.

Opinions sur le roman · 第 15 / 36 题