«A bord du _Foudroyant_, 29 juin 1799, au matin.
»Horace Nelson, amiral de la flotte britannique, dans la rade de Naples,
donne avis à tous ceux qui ont servi, comme officiers dans l'armée, ou
comme officiers dans les charges civiles, l'infâme soi-disant
république napolitaine, que, s'ils se trouvent dans la ville de Naples,
ils doivent, dans le terme de vingt-quatre heures, pour tout délai, se
présenter aux commandants du Château-Neuf et du château de l'Oeuf, se
fiant en tous points à la clémence de Sa Majesté Sicilienne; et, s'ils
sont hors de la ville à la distance de cinq milles, ils doivent
également se présenter auxdits commandants, seulement, à ceux-ci, il est
accordé le terme de quarante-huit heures;--autrement, ils seront
considérés comme rebelles et ennemis de Sa susdite Majesté Sicilienne.
»HORACE NELSON.»
Mais, si étonné que fût le cardinal du billet de son frère, qui lui
annonçait que milord Nelson l'envoyait à Palerme sans lui demander si
c'était son bon plaisir d'y aller, il le fut bien davantage eu recevant
cette lettre des patriotes:
_A l'éminentissime cardinal Ruffo, vicaire général du royaume de
Naples._
«Toute cette partie de la garnison qui, aux termes des traités, a été
embarquée pour faire voile vers Toulon, se trouve à cette heure dans la
plus grande consternation. Dans sa bonne foi, elle attendait l'exécution
du traité, quoique peut-être, dans sa précipitation à sortir du château,
toutes les clauses de cette capitulation n'aient pas été strictement
observées. Maintenant, voici deux jours que le temps est propice pour
mettre à la voile, et les approvisionnements ne sont pas encore faits
pour le voyage. En outre, hier, nous avons vu, avec une profonde
douleur, enlever, des tartanes, vers sept heures du soir, les généraux
Manthonnet, Massa et Bassetti,--les présidents de la commission
exécutive, Ercole et d'Agnese,--celui de la commission législative,
Dominique Cirillo,--et plusieurs autres de nos compagnons, parmi
lesquels Emanuele Borgo et Piati. Tous ont été conduits sur le bâtiment
de l'amiral Nelson, où ils ont été retenus toute la nuit, et,
finalement, où ils se trouvent encore maintenant, c'est-à-dire à sept
heures du matin.
»La garnison attend de votre loyauté l'explication de ce fait et
l'accomplissement loyal du traité.
»ALBANESE.
«De la rade de Naples, 29 juin 1799, six heures du matin.»
Un quart d'heure après, le capitaine Baillie et le chevalier Micheroux
étaient près du cardinal, et celui-ci expédiait Micheroux à Nelson, en
l'invitant à lui expliquer sa conduite, à laquelle il avouait ne rien
comprendre, et en le suppliant, si son intention était celle qu'il
craignait de deviner, de ne point faire une pareille tache non-seulement
à son nom, mais encore au drapeau anglais.
Nelson ne fit que rire de la réclamation du chevalier Micheroux en
disant:
--De quoi le cardinal se plaint-il? _J'ai promis de ne pas m'opposer à
l'embarquement de la garnison: j'ai tenu parole, puisque la garnison est
embarquée. Maintenant qu'elle l'est, je suis dégagé de ma parole et je
puis faire ce que je veux._
Et, comme le chevalier Micheroux lui faisait observer que l'équivoque
qu'il invoquait était indigne de lui, le sang lui monta au visage
d'impatience, et il ajouta:
--D'ailleurs, j'agis selon ma conscience, et j'ai carte blanche du roi.
--Avez-vous les mêmes pouvoirs de Dieu? lui demanda Micheroux. J'en
doute.
--Ceci n'est point votre affaire, répliqua Nelson; c'est moi qui agis,
et je suis prêt à rendre compte de mes actions au roi et à Dieu. Allez.
Et il renvoya le messager au cardinal, sans prendre la peine de lui
faire une autre réponse et de voiler sa mauvaise foi sous une excuse
quelconque.
En vérité, la plume tombe des mains de tout honnête homme forcé, par la
vérité, à écrire de pareilles choses.
En recevant cette réponse du chevalier Micheroux, le cardinal Ruffo jeta
un regard plein d'éloquence au ciel, prit une plume, écrivit quelques
lignes, les signa et les expédia à Palerme par un courrier
extraordinaire.
C'était sa démission qu'il envoyait à Ferdinand et à Caroline.