Au-dessus de cette flamme, et au milieu de chaque mât, était un faisceau
de trois bannières, dont les extrémités venaient caresser le front des
convives.
L'une était tricolore: c'était la bannière de la liberté.
L'autre était rouge: c'était le symbole du sang répandu et qui restait à
répandre encore.
L'autre était noire: c'était l'emblème du deuil qui couvrirait la patrie
lorsque la tyrannie, un instant chassée, reviendrait régner sur elle.
Au milieu de la place, au pied de l'arbre de la liberté, s'élevait
l'autel de la patrie.
On commença par y célébrer une messe mortuaire en l'honneur des martyrs
morts pour la liberté. L'évêque della Torre, membre du corps législatif,
y prononça leur oraison funèbre.
Puis on se mit à table.
Le repas fut sobre, triste, presque muet.
Trois fois seulement, il fut interrompu par un double toast: «A la
liberté et à la mort!» ces deux grandes déesses invoquées par les
peuples opprimés.
De leurs avant-postes, les sanfédistes pouvaient voir le suprême festin;
mais ils n'en comprenaient point la sublime tristesse.
Seul le cardinal calculait de quels efforts désespérés sont capables des
hommes qui se préparent à la mort avec cette solennelle tranquillité; il
n'en était, soit crainte, soit admiration, que plus affermi dans la
résolution de traiter avec eux.