La via dei Sospiri-dell'Abisso, c'est-à-dire la rue des
Soupirs-de-l'Abîme, donnait d'un côté sur le quai della strada Nuova, de
l'autre sur le Vieux-Marché, où se faisaient d'habitude les exécutions.
On l'appelait ainsi, parce qu'en entrant dans cette rue, les condamnés,
pour la première fois, apercevaient l'échafaud et qu'il était bien rare
que cette vue ne leur tirât point un amer soupir du fond des entrailles.
Dans une maison à porte si basse qu'il semblait qu'aucune créature
humaine n'y pût entrer la tête levée, et dans laquelle on n'entrait, en
effet, qu'en descendant deux marches et en se courbant, comme pour
entrer dans une caverne, deux hommes causaient à une table sur laquelle
étaient posés un fiasco de vin du Vésuve et deux verres.
L'un de ces hommes nous est complétement étranger; l'autre est notre
vieille connaissance Basso Tomeo, le pêcheur de Mergellina, le père
d'Assunta et des trois gaillards que nous avons vus tirer le filet le
jour de la pêche miraculeuse, qui fut le dernier jour des deux frères
della Torre.
On se rappelle à la suite de quelles craintes qui le poursuivaient à
Mergellina il était venu demeurer à la Marinella, c'est-à-dire à l'autre
bout de la ville.
En tirant ses filets, ou plutôt les filets de son père, Giovanni, son
dernier fils, avait remarqué, à la fenêtre de la maison faisant le coin
du quai de la strada Nuova et de la rue des Soupirs-de-l'Abîme, fenêtre
à fleur de terre à cause des deux marches à l'aide desquelles on
descendait dans l'appartement que, dans le jargon de nos constructeurs
modernes, on appellerait un sous-sol,--Giovanni avait, disons-nous,
remarqué une belle jeune fille dont il était devenu amoureux.
Il est vrai que son nom semblait la prédestiner à épouser un pêcheur:
elle s'appelait Marina.
Giovanni, qui arrivait de l'autre côté de la ville, ne savait pas ce que
personne n'ignorait du pont de la Madeleine à la strada del Piliere:
c'était à qui appartenait cette maison à porte basse et de qui était
fille cette belle fleur de grève qui s'épanouissait ainsi au bord de la
mer.
Il s'informa, et apprit que la maison et la fille appartenaient à maître
Donato, le bourreau de Naples.
Quoique les peuples méridionaux, et particulièrement le peuple
napolitain, n'aient point pour l'exécuteur des hautes oeuvres cette
répulsion qu'il inspire, en général, aux hommes du Nord, nous ne
saurions cacher à nos lecteurs que la nouvelle ne fut point agréable à
Giovanni.
Son premier sentiment fut de renoncer à la belle Marina. Comme nos deux
jeunes gens n'avaient encore échangé que des regards et des sourires, la
rupture n'exigeait pas de grandes formalités. Giovanni n'avait qu'à ne
plus passer devant la maison, ou, quand il y passerait, à tourner les
yeux d'un autre côté.
Il fut huit jours sans y passer; mais, le neuvième, il n'y put tenir: il
y passa. Seulement, en y passant, il tourna la tête vers la mer.
Par malheur, ce mouvement avait été fait trop tard, et, lorsqu'il avait
détourné la tête, la fenêtre où stationnait d'habitude la belle Marina
s'était trouvée comprise dans le cercle parcouru par son rayon visuel.
Il avait entrevu la jeune fille; il lui avait même semblé qu'un nuage de
tristesse voilait son visage.
Mais la tristesse, qui enlaidit les vilains visages, fait un effet
contraire sur les beaux.
La tristesse avait encore embelli Marina.
Giovanni s'arrêta court. Il lui sembla qu'il avait oublié quelque chose
à la maison. Il eût bien de la peine à dire quoi; mais cette chose,
quelle qu'elle fût, lui sembla si nécessaire, qu'il se retourna, mû par
une force supérieure, et qu'en se retournant, les mesures qu'il avait
déjà si mal prises, étant plus mal prises encore, il se trouva face à
face avec celle qu'il s'était promis à lui-même de ne plus regarder.
Cette fois, les regards des deux jeunes gens se croisèrent et se dirent,
avec ce langage si rapide et si expressif des yeux, tout ce qu'auraient
pu se dire leurs paroles.
Notre intention n'est point de suivre, quelque intérêt que nous serions
sûr de lui donner, cet amour dans ses développements. Il suffira à nos
lecteurs de savoir que, comme Marina était aussi sage que belle et que
l'amour de Giovanni allait toujours croissant, force lui fut, un beau
matin, de s'ouvrir à son père, de lui avouer son amour et de lui dire,
le plus sentimentalement qu'il put, qu'il n'y avait plus de bonheur pour
lui en ce monde s'il n'obtenait pas la main de la belle Marina.
Au grand étonnement de Giovanni, le vieux Basso Tomeo ne vit point à ce
mariage une insurmontable difficulté. C'était un grand philosophe que le
pêcheur de Mergellina, et la même raison qui lui avait fait refuser sa
fille à Michele le poussait à offrir son fils à Marina.
Michele, au su de tout le monde, n'avait pas le sou, tandis que maître
Donato, exerçant un métier, exceptionnel, c'est vrai, mais, par cela
même, lucratif, devait avoir une escarcelle bien garnie.
Le vieux pêcheur consentit donc à s'aboucher avec maître Donato.
Il alla le trouver et lui exposa le motif de sa visite.
Quoique Marina, ainsi que nous l'avons dit, fût charmante, et quoique le
préjugé social soit moins grand chez les Méridionaux que chez les hommes
du Nord, à Naples qu'à Paris, une fille de bourreau n'est point
marchandise facile à placer, et maître Donato ouvrit l'oreille aux
propositions du vieux Basso Tomeo.
Toutefois, le vieux Basso Tomeo, avec une franchise qui lui faisait
honneur, avouait que l'état de pêcheur, suffisant à nourrir son homme,
ne suffisait pas à nourrir une famille, et qu'il ne pouvait pas donner à
son fils le moindre ducat en mariage.
Il fallait donc que les jeunes époux fussent dotés par maître Donato, ce
qui lui serait d'autant plus facile qu'on entrait dans une phase de
révolution, et, comme il est de tradition qu'il n'est point de
révolution sans exécutions, maître Donato, qui, à six cents ducats,
c'est-à-dire à deux mille quatre cents francs de fixe par an, joignait
dix ducats de prime, c'est-à-dire quarante francs à chaque exécution,
allait, en quelques mois, faire une fortune, non-seulement rapide, mais
colossale.
Dans la perspective de ce travail lucratif, il promit de donner à Marina
une dot de trois cents ducats.
Seulement, voulant donner cette somme, non point sur ses économies déjà
faites, mais sur son gain à venir, il avait remis le mariage à quatre
mois. C'était bien le diable si la révolution ne lui donnait point à
faire huit exécutions en quatre mois, une par quinzaine.
Ce bas chiffre représentait trois cents vingt ducats; ce qui lui donnait
encore vingt ducats de bénéfice.
Par malheur pour Donato, on a vu de quelle façon philanthropique s'était
faite la révolution de Naples; de sorte que, trompé dans son calcul et
n'ayant pas eu la moindre pendaison à exécuter, maître Donato se faisait
tirer l'oreille pour consentir au mariage de Marina avec Giovanni, ou
plutôt au versement de la dot qui devait assurer l'existence des deux
jeunes gens.
Voilà pourquoi il était assis à la même table que Basso Tomeo; car, nous
ne le cacherons pas plus longtemps à nos lecteurs, cet homme qui leur
est inconnu, qui est assis en face du vieux pêcheur, qui saisit le
fiasco par son col mince et flexible et qui remplit le verre de son
partner, c'est maître Donato, le bourreau de Naples.
--Si, ce n'est pas fait pour moi! Comprenez-vous, compère Tomeo?
c'est-à-dire que, quand j'ai vu s'établir la République, que j'ai
demandé à des gens instruits ce que c'était que la République, et que
ceux-ci m'ont expliqué que c'était une situation politique dans laquelle
la moitié des citoyens coupait le cou à l'autre, je me suis dit: «Ce
n'est point trois cents ducats que je vais gagner, c'est mille, cinq
mille, dix mille ducats, c'est-à-dire une fortune!»
--C'était à penser, en effet. On m'a assuré qu'en France il y avait un
citoyen nommé Marat qui demandait trois cent mille têtes dans chaque
numéro de son journal. Il est vrai qu'on ne les lui donnait pas toutes;
mais enfin on lui en donnait quelques-unes.
--Eh bien, pendant cinq mois qu'a duré notre révolution, à nous, pas un
seul Marat: des Cirillo, des Pagano, des Charles Laubert, des Manthonnet
tant qu'on en a voulu, c'est-à-dire des philanthropes qui ont crié sur
les terrasses: «Ne touchez pas aux individus! respectez les propriétés!»
--Ne m'en parlez pas, compère, dit Basso Tomeo en haussant les épaules;
on n'a jamais vu une pareille chose. Aussi, vous voyez où ils en sont,
MM. les patriotes: cela ne leur a point porté bonheur.
--C'est au point que, quand j'ai vu qu'on pendait à Procida et à Ischia,
j'ai réclamé. Partout où l'on pend, il me semble que je dois en être;
mais savez-vous ce que l'on m'a répondu?
--Non.
--On m'a répondu qu'on ne pendait pas dans les îles pour le compte de la
République, mais pour le compte du roi; que le roi avait envoyé de
Palerme un juge pour juger, et que les Anglais avaient fourni un
bourreau pour pendre. Un bourreau anglais! Je voudrais bien voir comment
il s'y prend!
--C'est un passe-droit, compère Donato.
--Enfin, il me restait un dernier espoir. Il y avait dans les prisons du
Château-Neuf deux conspirateurs; ceux-là ne pouvaient m'échapper: ils
avouaient hautement leur crime, ils s'en vantaient même.
--Les Backer?
--Justement... Avant-hier, on les condamne à mort. Je dis: «Bon! c'est
toujours vingt ducats et leur défroque.» Comme ils étaient riches, leurs
habits auraient une valeur. Pas du tout: savez-vous ce que l'on fait?
--On les fusille: je les ai vu fusiller.
--Fusiller! A-t-on jamais vu fusiller à Naples? Tout cela pour faire sur
un pauvre diable une économie de vingt ducats! Oh! tenez, compère, un
gouvernement qui ne pend pas et qui fusille ne peut pas tenir. Aussi,
voyez, dans ce moment-ci, comment nos lazzaroni les arrangent, vos
patriotes!
--Mes patriotes, compère? Ils n'ont jamais été à moi. Je ne savais pas
même ce que c'était qu'un patriote. Je l'ai demandé à fra Pacifico, qui
m'a répondu que c'était un jacobin; alors, je lui ai demandé ce que
c'était qu'un jacobin, et il m'a répondu que c'était un patriote,
c'est-à-dire un homme qui avait commis toute sorte de crimes, et qui
serait damné.
--En attendant, nos pauvres enfants?
--Que voulez-vous, père Tomeo! Je ne peux pourtant pas me tirer le sang
des veines pour eux. Qu'ils attendent. J'attends bien, moi! Peut-être
que, si le roi rentre, cela changera et que j'aurai à pendre (maître
Donato grimaça un sourire), même votre gendre Michele.
--Michele n'est pas mon gendre, Dieu merci! Il a voulu l'être; j'ai
refusé.
--Oui, quand il était pauvre; mais, depuis qu'il est riche, il n'a plus
reparlé de mariage.
--Ça, c'est vrai. Le bandit! Aussi, le jour où vous le pendrez, je
tirerai la corde; et, s'il nous faut l'aide de nos trois fils, ils la
tireront avec moi.
En ce moment, et comme Basso Tomeo offrait obligeamment son aide et
celle de ses trois fils à maître Donato, la porte de cette espèce de
cave qui servait de demeure à maître Donato s'ouvrit, et beccaïo,
secouant toujours sa main sanglante, parut devant les deux amis.
Le beccaïo était bien connu de maître Donato, étant son voisin. Aussi, à
la vue du beccaïo, appela-t-il sa fille Marina pour qu'elle apportât un
verre.
Marina parut, belle et gracieuse comme une vision. On se demandait
comment une si belle fleur avait pu pousser en un pareil charnier.
--Merci, merci, dit le beccaïo. Il ne s'agit point ici de boire, même à
la santé du roi: il s'agit, maître Donato, de venir pendre un rebelle.
--Pendre un rebelle? dit maître Donato, cela me va.
--Et un vrai rebelle, maître, vous pouvez vous en vanter; et, en cas de
doute, vous enquérir à Pasquale de Simone. Nous avons été chargés
ensemble de son exécution et nous l'avons manqué comme des imbéciles.
--Ah! ah! fit maître Donato; et lui ne t'a pas manqué? Car je présume
que c'est lui qui t'a donné ce fameux coup de sabre qui t'a balafré le
visage.
--Et celui-ci qui m'a coupé la main, répliqua le beccaïo montrant sa
main mutilée et sanglante.
--Oh! oh! voisin, dit maître Donato, laissez-moi panser cela. Vous savez
que nous sommes un peu chirurgiens, nous autres.
--Non, sang du Christ! non! dit le beccaïo. Quand il sera mort, à la
bonne heure; mais, tant qu'il sera vivant, saigne ma main, saigne.
Allons, venez, maître: on vous attend.
--On m'attend? C'est bientôt dit; mais qui me payera?
--Moi.
--Vous dites cela parce qu'il est vivant; mais quand il sera pendu?
--Nous ne sommes qu'à un pas de ma boutique, nous nous y arrêterons, et
je te conterai dix ducats.
--Hum! fit maître Donato, c'est dix ducats pour les exécutions légales;
mais, pour les exécutions illégales, cela en vaut vingt, et encore je ne
sais pas si c'est bien prudent à moi.
--Viens, et je t'en donnerai vingt; seulement, décide-toi; car, si tu ne
veux pas le pendre, je le pendrai, moi, et ce sera vingt ducats de
gagnés.
Maître Donato réfléchit qu'en effet, ce n'était pas chose difficile que
de pendre un homme, puisque tant de gens se pendent tout seuls, et,
craignant que cette aubaine ne lui échappât:
--C'est bien, dit-il: je ne veux pas désobliger un voisin.
Et il alla prendre un rouleau de corde suspendu au mur par un clou.
--Où allez-vous donc? demanda le beccaïo.
--Vous le voyez bien, je vais prendre mes instruments.
--Des cordes? Nous en avons de reste là-bas.
--Mais elles ne sont point préparées; plus une corde a servi, mieux elle
glisse, et, par conséquent, plus elle est douce au patient.
--Plaisantes-tu? s'écria le beccaïo. Est-ce que je veux que sa mort soit
douce? Une corde neuve, mordieu! une corde neuve!
--Au fait, dit maître Bonato avec son sourire sinistre, c'est vous qui
payez: c'est à vous de faire votre carte. Au revoir, père Tomeo!
--Au revoir, répondit le vieux pêcheur, et bon courage, compère! J'ai
idée que voilà votre mauvaise veine coupée.
Puis, à lui-même:
--Légale ou illégale, qu'importe! c'est toujours vingt ducats à compte
sur la dot.
On sortit de la rue des Soupirs-de-l'Abîme et l'on se rendit chez le
beccaïo.
Celui-ci alla droit au tiroir du comptoir et y prit vingt ducats, qu'il
allait donner à maître Donato, quand tout à coup, se ravisant:
--Voilà dix ducats, maître, lui dit-il; le reste après l'exécution.
--L'exécution de qui? demanda la femme du beccaïo en sortant de la
chambre du fond.
--Si on te le demande, tu diras que tu ne l'as jamais su ou que tu l'as
oublié.
S'apercevant alors seulement de l'état dans lequel était la main de son
mari:
--Jésus Dieu! dit-elle, qu'est-ce que cela?
--Rien.
--Comment, rien? Trois doigts coupés, tu appelles cela rien!
--Bon! dit le beccaïo, s'il faisait du vent, ce serait déjà séché.
Venez, maître.
Et il sortit de sa boutique: le bourreau le suivit.
Les deux hommes gagnèrent la rue de Lavinago, le beccaïo guidant maître
Donato, et marchant si vite, que maître Donato avait de la peine à le
suivre.
Lorsque le beccaïo rentra, tout était dans la même situation que
lorsqu'il était parti. Le prisonnier, toujours couché sur la table,
insulté et frappé par les lazzaroni, n'avait pas fait un seul mouvement
et semblait plongé dans une immobilité complète.
Au reste, il avait fallu presque autant de force morale pour supporter
les injures, qu'il avait fallu de force physique pour supporter les
coups et les blessures même à l'aide desquels on avait, à vingt reprises
différentes, essayé de réveiller ce dormeur obstiné. Injures et coups,
nous l'avons dit, tout avait été inutile.
Des cris de joie et des acclamations de triomphe saluèrent l'apparition
du tueur de boucs et du tueur d'hommes, et les cris: _Il boïa! il boïa!_
s'élancèrent de toutes les bouches.
Si ferme que fût Salvato, il tressaillit à ce cri; car il venait de
comprendre la véritable cause du succès qu'il avait obtenu.
Non-seulement, dans sa vengeance, le beccaïo voulait sa mort, mais il
voulait qu'il mourût d'une main infâme.
Il réfléchit, toutefois, que sa mort, résultat d'une main exercée,
serait plus prompte et moins douloureuse.
L'oeil qu'il avait entr'ouvert se referma, et il retomba dans son
impassibilité, dont personne, d'ailleurs, ne s'était aperçu qu'il fût
sorti.
Le beccaïo s'approcha de lui, et, le montrant à maître Donato:
--Tenez, dit-il, voici votre homme.
Maître Donato jeta les yeux autour de lui pour chercher un endroit
convenable où établir un gibet provisoire; mais le beccaïo lui montra
l'anneau et la corde.
--On t'a préparé la besogne, lui dit-il. Cependant, ne te presse pas, tu
as le temps.
Maître Donato monta sur la table; mais, plus respectueux que le beccaïo
pour le pauvre bipède qui se prétend fait à la ressemblance de Dieu et
que l'on appelle l'homme, il n'osa monter sur le corps du patient, comme
avait fait le beccaïo.
Il monta sur une chaise pour s'assurer que l'anneau était solide et le
noeud coulant bien fait.
L'anneau était solide; mais le noeud coulant ne coulait pas.
Maître Donato haussa les épaules, murmura quelques paroles railleuses à
l'adresse de ceux qui se mêlaient de choses qu'ils ne savaient pas, et
refit le noeud mal fait.
Pendant ce temps, le beccaïo insultait de son mieux le prisonnier,
toujours muet et immobile comme s'il eût été mort.
La pendule sonna sept heures.
--Compte maintenant les minutes, dit le tueur de boucs à Salvato; car tu
as fini de compter les heures.
La nuit n'était point encore venue; mais, dans les rues étroites et aux
hautes maisons de Naples, l'obscurité commence à descendre bien avant
que se couche le soleil.
On commençait à voir un peu confusément dans cette salle à manger, où se
préparait un spectacle dont personne ne voulait perdre le moindre
détail.
Plusieurs voix s'écrièrent:
--Des torches! des torches!
Il était bien rare que, dans une réunion de cinq ou six lazzaroni, il
n'y eût pas un homme muni d'une torche. Incendier était une des
recommandations faites par le cardinal Ruffo au nom de saint Antoine,
et, en effet, l'incendie est un des accidents qui jettent le plus de
trouble dans une ville.
Or, comme il y avait dans la salle à manger quarante ou cinquante
lazzaroni, il s'y trouvait sept ou huit torches.
En une seconde, elles furent allumées, et au jour triste du crépuscule
tombant succéda la lumière funèbre et enfumée des torches.
A cette lumière, mêlée de grandes ombres, à cause du mouvement qui leur
était imprimé par ceux qui les portaient, les figures de tous ces hommes
de meurtre et de pillage prirent une expression plus sinistre encore.
Cependant, le noeud coulant était fait, et la corde n'attendait plus que
le cou du condamné.
Le bourreau mit un genou en terre près du patient, et, soit pitié, soit
conscience de son état:
--Vous savez que vous pouvez demander un prêtre, lui dit-il, et que nul
n'a le droit de vous le refuser.
A ces paroles, dans lesquelles il sembla à Salvato sentir luire la
première étincelle de sympathie qui lui eût été témoignée depuis qu'il
était tombé aux mains des lazzaroni, sa résolution de garder le silence
s'évanouit.
--Merci, mon ami, dit-il d'une voix douce en souriant au bourreau: je
suis soldat, et, par conséquent, toujours prêt à mourir; je suis honnête
homme, et, par conséquent, toujours prêt à me présenter devant Dieu.
--Quel temps voulez-vous pour faire votre dernière prière? Foi de
Donato, ce temps vous sera accordé, ou vous ne serez pas pendu par moi.
--J'ai eu le temps de faire ma prière depuis que je suis couché sur
cette table, dit Salvato. Ainsi, mon ami, si vous êtes pressé, que je ne
vous retarde pas.
Maître Donato n'était point habitué à trouver cette courtoisie chez ceux
auxquels il avait affaire. Aussi, tout bourreau qu'il était, et par cela
même qu'il était le bourreau, elle le toucha profondément.
Il se gratta l'oreille un instant.
--Je crois, dit-il, qu'il y a des préjugés contre ceux qui exercent
notre état, et que certaines personnes délicates n'aiment pas à être
touchées par nous. Voulez-vous dénouer votre cravate et rabattre le col
de votre chemise vous-même, ou voulez-vous que je vous rende ce dernier
service?
--Je n'ai pas de préjugés, répondit Salvato, et, non-seulement vous êtes
pour moi ce qu'est un autre homme, mais encore je vous sais gré de ce
que vous faites pour moi, et, si j'avais la main libre, ce serait pour
vous serrer la main avant de mourir.
--Par le sang du Christ! vous me la serrerez alors, dit maître Donato
en se mettant en devoir de délier les cordes qui liaient les poignets de
Salvato: ce sera un bon souvenir pour le reste de ma vie.
--Ah! c'est comme cela que tu gagnes ton argent! s'écria le beccaïo,
furieux de voir que Salvato allait mourir aussi impassiblement aux mains
du bourreau qu'à celles d'un autre homme. Du moment que cela est ainsi,
je n'ai plus besoin de toi.
Et, poussant maître Donato hors de la plate-forme que représentait la
table, il y prit sa place.
--Défaire la cravate! rabattre la chemise! à quoi bon tout cela? dit le
beccaïo. Je vous le demande un peu! Non pas! non pas! Mon bel ami, nous
ne ferons pas tant de cérémonies avec vous. Vous n'avez pas besoin de
prêtre? vous n'avez pas besoin de prières? Tant mieux! la chose va plus
couramment.
Et, pressant le noeud coulant de la corde, il souleva la tête de Salvato
par les cheveux et lui passa le lacet au cou.
Salvato était retombé dans son impassibilité première. Cependant
quelqu'un qui eût pu voir son visage, plongé dans l'ombre, eût reconnu,
à l'oeil entr'ouvert, au cou légèrement tendu du côté de la fenêtre, que
quelque bruit extérieur attirait son attention, bruit que, dans leur
préoccupation haineuse, ne remarquait aucun des assistants.
En effet, tout à coup deux ou trois lazzaroni, restés dans la cour, se
précipitèrent dans la salle à manger en criant: «Alarme! alarme!» en
même temps qu'une décharge de mousqueterie se faisait entendre, que les
vitres de la fenêtre volaient en éclats, et que le beccaïo, en poussant
un horrible blasphème, tombait sur le prisonnier.
Une effroyable confusion succéda à cette première décharge, qui avait
tué ou blessé cinq ou six hommes et cassé la cuisse au beccaïo.
Puis, par une fenêtre ouverte, une troupe armée s'élança, ayant à sa
tête Michele, dont la voix, dominant le tumulte, criait de toute la
force de ses poumons:
--Est-il encore temps, mon général? Si vous êtes vivant, dites-le; mais,
si vous êtes mort, par la madone del Carmine! je jure qu'aucun de ceux
qui sont ici n'en sortira vivant!
--Rassure-toi, mon bon Michele, répondit Salvato de sa voix ordinaire,
et sans qu'on pût remarquer dans son accent la moindre altération; je
suis vivant et parfaitement vivant.
En effet, en tombant sur lui, le beccaïo l'avait protégé contre les
balles qui s'égaraient dans ce combat nocturne et qui pouvaient
atteindre l'ami aussi bien que l'ennemi, la victime aussi bien que le
meurtrier.
Puis, il faut le dire à l'honneur de maître Donato, le digne exécuteur,
trompant complètement les espérances que l'on avait mises en lui, avait
tiré Salvato de dessus la table, si bien qu'en un clin d'oeil le jeune
nomme s'était trouvé dessous. En un autre clin d'oeil, et avec une
adresse qui démontrait une habitude longtemps exercée, Donato avait
achevé de dénouer la corde qui lui liait les mains, et dans la main
droite de l'ex-prisonnier il avait glissé à tout hasard un couteau.
Salvato avait fait un bond en arrière, s'était adossé à la muraille et
s'apprêtait à vendre chèrement sa vie, si par hasard le combat se
prolongeait et si la victoire paraissait ne pas favoriser ses
libérateurs.
C'était de là, l'oeil ardent, la main repliée contre la poitrine, le
corps ramassé comme un tigre prêt à s'élancer sur sa proie, qu'il avait
répondu à Michele et l'avait rassuré en lui répondant.
Mais ce qu'il avait craint n'arriva pas. La victoire ne fut pas un
instant douteuse. Ceux qui avaient des torches les jetèrent ou les
éteignirent pour fuir plus rapidement, et, au bout de cinq minutes, il
ne restait dans la salle que les morts et les blessés, le jeune
officier, maître Donato, Michele, Pagliucella, son fidèle lieutenant, et
les trente ou quarante hommes que les deux lazzaroni avaient réussi à
rassembler à grand'peine, lorsque Michele avait appris que Salvato était
prisonnier du beccaïo et avait deviné le danger qu'il courait.
Par bonheur, se croyant absolument maître de la ville aux cris de
désolation que l'on poussait de tous côtés, le beccaïo n'avait point
songé à poser des sentinelles, de sorte que Michele avait pu s'approcher
de la maison où on lui avait dit que Salvato était prisonnier.
Arrivé là, il était monté sur les débris des meubles brisés, était
parvenu à la hauteur des fenêtres du rez-de-chaussée et avait pu voir le
beccaïo passant la corde au cou de Salvato.
Il avait alors fort judicieusement jugé qu'il n'y avait pas de temps à
perdre; il avait visé le beccaïo et avait fait feu en criant:
--A l'aide du général Salvato!
Puis, le premier, il s'était élancé; tous l'avaient suivi, faisant feu
chacun de l'arme qu'il avait en ce moment: celui-ci de son fusil,
celui-là de son pistolet.
Le premier soin de Michele, une fois dans la salle à manger, fut de
ramasser une torche jetée par un sanfédiste et qui avait continué de
brûler, quoique dans la position horizontale; de sauter sur la table et
de secouer la torche pour éclairer l'appartement jusque dans ses
profondeurs.
C'est alors qu'il avait vu clair sur le champ de bataille, qu'il avait
reconnu le beccaïo râlant à ses pieds, distingué deux ou trois cadavres,
quatre ou cinq blessés se traînant dans leurs sang et cherchant à
s'appuyer contre la muraille; Salvato, le couteau à la main droite et
prêt au combat, tandis qu'il protégeait de la main gauche un homme qu'à
son grand étonnement il reconnut peu à peu pour maître Donato.
Si intelligent que fût Michele, il avait peine à s'expliquer le dernier
groupe. Comment Salvato, qu'il venait de voir, cinq minutes auparavant,
la corde au cou et les poignets liés, se retrouvait-il libre et le
couteau à la main? et comment enfin le bourreau, qui ne pouvait être
venu là que pour pendre Salvato, se trouvait-il protégé par lui?
En deux mots, Michele fut au courant de ce qui s'était passé; mais
l'explication ne fut donnée qu'après que Salvato se fut jeté dans ses
bras.
C'était la contre-partie de la scène du largo del Pigne, quand Salvato
avait sauvé la vie à Michele qu'on allait fusiller. Cette fois, c'était
Michele qui avait sauvé la vie à Salvato qu'on allait pendre.
--Ah! ah! fit Michele lorsqu'il eut su, par maître Donato lui-même,
comment il avait été invité à la fête et ce qu'il y était venu faire, il
ne sera pas dit, compère, qu'on t'aura dérangé pour rien. Seulement, au
lieu de pendre un honnête homme et un brave officier, tu vas pendre un
misérable assassin, un vil bandit.
--Colonel Michele, répondit maître Donato, je ne me refuse pas plus à
votre demande que je ne m'étais refusé à celle du beccaïo, et je dois
dire que je pendrai même avec moins de regret le beccaïo que ce brave
officier. Mais je suis honnête homme avant tout, et, comme j'avais reçu
du beccaïo dix ducats pour pendre ce jeune homme, je ne crois pas qu'il
soit dans mes droits de garder les dix ducats quand ce n'est plus le
jeune homme que je pends, mais lui-même. Tous êtes donc témoins, tous
tant que vous êtes ici, que j'ai rendu au voisin ses dix ducats avant de
me porter à aucune voie de fait contre lui.
Et, tirant les dix ducats de sa poche, il les aligna sur la table où le
beccaïo était couché.
--Maintenant, dit-il s'adressant à Salvato, je suis prêt à obéir aux
ordres de Votre Seigneurie.
Et, prenant la corde qu'un instant auparavant il tenait pour la passer
au cou de Salvato, il s'apprêta à la passer au cou du beccaïo,
n'attendant qu'un signe de Salvato pour commencer l'opération.
Salvato étendit son regard calme sur tous les assistants, amis comme
ennemis.
--Est-ce en effet à moi de donner des ordres ici? demanda-t-il, et, si
j'en donne, seront-ils exécutés?
--Là où vous êtes, général, dit Michele, personne ne peut songer à
commander, et personne, vous commandant, n'aurait l'audace de désobéir.
--Eh bien, alors, reprit Salvato, tu vas me reconduire avec tes hommes
jusqu'au Château-Neuf; car, ayant des ordres de la plus haute importance
à faire passer à Schipani, il est important que j'arrive le plus
promptement possible, et sain et sauf. Pendant ce temps-là, maître
Donato...
--Grâce! murmura le beccaïo, qui croyait entendre sortir de la bouche du
jeune homme la sentence de mort, grâce! Je me repens.
Mais lui, sans l'écouter, continua:
--Pendant ce temps, vous ferez porter cet homme chez lui, et vous
veillerez à ce que tous les soins que nécessite sa blessure lui soient
donnés. Cela lui apprendra peut-être qu'il y a des hommes qui combattent
et qui tuent, et des gens qui assassinent et qui pendent. Seulement,
comme les abominables actions de ces derniers sont contraires aux
saintes volontés du Seigneur, ils n'assassinent qu'à moitié et ne
pendent pas du tout.
Puis, tirant de sa poche un papier de banque:
--Tenez, maître Donato, dit-il, voici une police de cent ducats pour
vous indemniser des vingt ducats que vous avez perdus.
Maître Donato prit les cent ducats d'un air mélancolique qui donnait à
sa figure une expression plus grotesque que sentimentale.
--Vous m'aviez promis autre chose que de l'argent si vous aviez les
mains libres, Excellence.
--C'est vrai, dit Salvato, je t'avais promis ma main, et, comme un
honnête homme n'a que sa parole, la voici.
Maître Donato saisit la main du jeune officier avec reconnaissance et la
baisa avec effusion.
Salvato la lui laissa quelques secondes, sans que sa physionomie
exprimât la moindre répugnance, et, quand maître Donato la lui eut
rendue:
--Allons, Michele, dit-il, nous n'avons pas un instant à perdre:
rechargeons les fusils, et droit au Château-Neuf!
Et en effet, Salvato et Michele, à la tête des lazzaroni libéraux qui
venaient de seconder ce dernier dans la délivrance du prisonnier,
s'élancèrent dans la strada dei Tribunali, gagnèrent la rue de Tolède
par Porta-Alba et le Mercatello, la suivirent jusqu'à la strada de
Santa-Anna-dei-Lombardi, et prirent enfin celles de Monte-Oliveto et de
Medina, qui les conduisirent droit à la porte du Castello-Nuovo.
Lorsque Salvato se fut fait reconnaître, il apprit que l'événement qui
venait de lui arriver était déjà parvenu aux oreilles des patriotes
enfermés dans le château et que le gouverneur Massa venait de donner
l'ordre à une patrouille de cent hommes de partir au pas de course et
d'aller le délivrer.
Salvato songea dans quelle inquiétude devait être Luisa, si la nouvelle
de son arrestation était parvenue jusqu'à elle; mais, toujours esclave
de son devoir, il chargea Michele d'aller la rassurer, tandis qu'il
aviserait avec le directoire aux moyens de faire passer à Schipani les
ordres de son général en chef.
En conséquence, il monta droit à la salle où les directeurs tenaient
leurs séances. A sa vue, un cri de joie s'échappa de toutes les
poitrines. On le savait pris, et, comme on connaissait, en pareille
occasion, la rapidité d'exécution des lazzaroni, on le croyait fusillé,
poignardé ou pendu.
On voulut le féliciter, mais lui:
--Citoyens, dit-il, nous n'avons pas une minute à perdre. Voici l'ordre
de Bassetti en duplicata, prenez-en connaissance et veillez, en ce qui
vous regarde, à ce qu'il soit exécuté. Je vais, si vous le voulez bien,
m'occuper, moi, de trouver des messagers pour le porter.
Salvato avait une manière claire et résolue de présenter les choses qui
ne permettait que l'acceptation ou le refus. Dans cette circonstance, il
n'y avait qu'à accepter. Les directeurs acceptèrent, gardèrent un double
de l'ordre, pour le cas où le premier serait intercepté, et remirent
l'autre à Salvato.
Salvato, sans perdre une seconde, prit congé d'eux, descendit
rapidement, et, sûr de retrouver Michele près de Luisa, il courut à
l'appartement vers lequel, il n'en doutait pas, l'appelaient les voeux
les plus ardents.
Et, en effet, Luisa l'attendait sur le seuil de la porte. Dès qu'elle
aperçut son amant, un long cri de «Salvato!» s'élança de la bouche de la
jeune femme. Elle était dans les bras de celui qu'elle attendait, que,
les yeux fermés, le coeur palpitant, renversée en arrière, comme si elle
allait s'évanouir, elle murmurait encore:
--Salvato! Salvato!
Ce nom qui, en italien, veut dire _sauvé_, avait, dans la bouche de la
jeune femme, la double tendresse de sa double signification,
c'est-à-dire, qu'il alla, frémissant, éveiller jusqu'aux dernières
fibres du coeur de celui qu'il appelait.
Salvato prit Luisa dans ses bras et l'emporta dans sa chambre, où, comme
il l'avait présumé, l'attendait Michele.
Puis, quand la San-Felice fut un peu revenue à elle, que son coeur,
encore bondissant dans sa poitrine, mais se calmant peu à peu, eut
permis au cerveau de reprendre le fil de ses idées momentanément
interrompu:
--Tu l'as bien remercié, n'est-ce pas, lui dit Salvato, ce cher Michele?
Car c'est à lui que nous devons le bonheur de nous revoir. Sans lui, à
cette heure, au lieu de serrer entre tes bras un corps vivant qui
t'aime, te répond, vit de ta vie et frissonne sous tes baisers, tu ne
tiendrais qu'un cadavre froid, inerte, insensible, et avec lequel tu
tenterais vainement de partager cette flamme précieuse qui, une fois
éteinte, ne se rallume plus!
--Mais non, dit avec étonnement Luisa; il ne m'a rien dit de tout cela,
le mauvais garçon! Il m'a dit seulement que tu étais tombé aux mains des
sanfédistes, et que, grâce à ton courage et à ton sang froid, tu t'en
étais tiré.
--Eh bien, dit Salvato, connais enfin ton frère de lait pour un affreux
menteur. Moi, je m'étais laissé prendre comme un sot, et j'allais être
pendu comme un chien, lorsque... Mais attends: sa punition va être de
te raconter la chose lui-même.
--Mon général, dit Michele, le plus pressé, je crois, est de faire
passer la dépêche au général Schipani: elle doit être d'une certaine
importance, à en juger par le danger que vous avez affronté pour vous la
procurer. Il y a une barque en bas prête à partir au premier ordre que
vous donnerez.
--Es-tu sûr de ceux qui la montent?
--Autant qu'un homme peut l'être d'autres hommes; mais au nombre des
matelots, déguisé en matelot, sera Pagliucella, dont je suis sûr comme
de moi-même. Je vais expédier la barque et la dépêche. Vous, pendant ce
temps-là, racontez à Luisa comment je vous ai sauvé la vie: vous
raconterez la chose beaucoup mieux que moi.
Et, poussant Luisa dans les bras de Salvato, il referma la porte sur les
deux amants, et descendit l'escalier en chantant la chanson, si
populaire à Naples, des _Souhaits_, et qui commence par ce couplet:
Que ne suis-je, hélas! l'enfant sans demeure
Qui marche courbé sous son tombereau!
Devant ton palais, j'irais à toute heure
Criant: «Voici l'eau! Je suis porteur d'eau.»
Tu dirais: «Quel est cet enfant qui crie?
De cette eau qu'il vend qu'il me monte un seau.»
Et je répondrais: «Cruelle Marie,
Ce sont pleurs d'amour et non pas de l'eau!»