Caldas montra bien qu'il était un ambitieux. Il suivit strictement les
avis de Lorgelin-Mentor. Pendant quinze jours on ne le vit pas écrire
une seule ligne. Il allait dans la journée faire des parties de
billard au café de l'Équilibre. M. Izarn, qui entre cent fois par jour
dans le bureau de ses subordonnés, ne le trouvait jamais à sa place.
Surpris de ce changement à vue, le chef de bureau essaya d'abord de
ramener le réfractaire à de meilleurs sentiments; il lui parla
affectueusement, du ton de l'intérêt le mieux senti, et humecta à
propos sa paupière de deux ou trois petites larmes qu'il a à sa
disposition. Il lui représenta le désespoir de sa famille, lorsqu'elle
apprendrait que par des étourderies de jeune homme il compromettait sa
carrière. Caldas, que deux ans de bureaucratie avaient vigoureusement
trempé, ne s'attendrit point à ces larmes de crocodile. Il promit
hypocritement de s'amender, et resta huit jours sans venir.
Pendant sa maladie qui tomba bien, car le temps fut superbe, il fit
savoir adroitement à son chef qu'il écrivait dans les journaux.
Lorsqu'il reparut, il trouva sa place prise. Il alla demander une
explication à M. Izarn.
--Je m'étais bien trompé sur votre compte, répondit celui-ci; vous
êtes, je le vois, de ceux qui désertent devant l'ennemi.
--Quel ennemi? demanda Caldas.
--Le travail, puisque le travail est votre ennemi, à vous autres,
mauvais employés.
Caldas, ravi au fond de l'âme, baissa la tête comme un coupable.