Paraît au bureau tous les deux ou trois jours, et c'est vers deux
heures qu'il y arrive.
Il confère alors dix minutes avec son sous-chef, qui est un homme
capable.
Ensuite, il lit son journal, fait sa correspondance particulière, et
donne quelques signatures.
Ces signatures à donner l'ennuient beaucoup.
Dans les premiers temps il lisait exactement tout ce qu'on lui
présentait, il redoutait de parapher quelque absurdité. Il s'est
façonné depuis; il sait qu'il peut se reposer absolument sur son
sous-chef, et il signe les yeux fermés. Il signerait, comme on dit, sa
condamnation à mort.
Oh! combien il regrette que l'administration n'autorise pas l'usage
des griffes pour les chefs de bureau! Comme il serait heureux de
confier la sienne à son sous-chef!
Le chef qui ne fait rien est ordinairement gras; c'est un excellent
père de famille; il n'a point de vice à proprement parler, sauf qu'il
s'occupe parfois de littérature ou de jardinage. C'est lui qui
trouvera la verveine noire, et il est en correspondance avec Alphonse
Karr.
Le bureau du chef qui ne fait rien marche admirablement. Ses employés
l'aiment, car ils n'ont pas affaire à lui. Son sous-chef encourage et
exploite la nonchalance de son supérieur au profit de son ambition.
On dit dans l'administration que le chef qui ne fait rien a de grandes
capacités.