Le voyez-vous, ce plumitif,
Qui s'avance d'un pas massif?
Voyez son oeil louche et furtif,
Et son doux air de lénitif.
Plus pâle il est qu'un vomitif
Et plus froid qu'un récitatif.
Son aspect réfrigératif
Fait l'effet d'un soporatif.
Devant ses chefs il est craintif
Cent fois plus qu'un filou fautif
Qu'on conduit devant le shérif
Après un vol bien positif.
Cet homme, peu récréatif,
D'un faubourg de Caen est natif.
Un vieux paysan processif
Est, dit-on, son père adoptif.
Ce fait est très-explicatif
Et surtout significatif.
Ce Normand, rien moins que naïf,
Se masque sous un air fictif;
Sa bêtise n'est qu'un faux pif.
Oui, son visage dormitif
Ment comme une face de juif.
Son oeil, rien moins qu'intuitif,
Cache un esprit alerte et vif.
Il affecte le ton plaintif,
Mais nous connaissons son motif,
Nous tous qui l'avons vu, pensif,
Presser son front méditatif.
Cet ambitieux spéculatif
Roule en son cerveau subversif
Plus d'un projet résolutif
Pour lui très-rémunératif.
Attentif, décisif, actif,
Doué d'un sens pénétratif,
Il médite un plan offensif
Qui le fera grand, lui chétif.
Et ce plan n'est pas évasif,
Excessif, exagératif.
Il est sûr et facultatif,
Et non le rêve convulsif
D'un sous-chef imaginatif.
Ce Normand n'est pas expansif
Ni certes communicatif,
Encore moins démonstratif.
Mais, sans être interrogatif,
Je suis bien certain qu'un oisif,
S'il était insinuatif,
Adroit, fin, interprétatif,
Partant de son dispositif,
Pour nous assez indicatif,
Saurait son plan définitif.
Mais laissons ce plan présomptif.
Lui, va vers son but effectif;
Il va d'un pas sûr, peu hâtif,
Train continu, s'il est tardif,
Sans penser modificatif;
Nul obstacle législatif,
Aucun décret prohibitif
N'auront d'effet coërcitif.
Rusé, mais au superlatif,
Sans heurter contre aucun récif,
Il saura guider son esquif
Vers quelque port très-lucratif.
Maître alors, maître exécutif
Du grand corps administratif,
Il n'aura plus l'air abusif
Qu'il donne à son front maladif.
Alors, pacha cumulatif,
Incisif, accélératif,
Vindicatif, expéditif,
Il quittera son ton passif.
Nous qui l'avons vu subjonctif
Nous le verrons impératif.
En achevant cette tirade que Romain avait bien essayé d'interrompre
par des gestes de protestation, le poëte Jouvard se laissa tomber sur
une chaise, sans force et sans haleine.
Caldas avait le mal de mer.
--Que le diable vous emporte! s'écria-t-il, avec votre poésie en
canif.
--Je tiens aussi la poésie en grattoir, reprit l'émule de M.
Belmontet, et il recommença avec une volubilité nouvelle: