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| LE PUBLIC N'EST ADMIS QUE DE 2 HEURES 1/4 |
| A 3 HEURES 1/2. |
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--Tout ceci ne m'apprend pas grand'chose, murmura Caldas. Bast,
entrons!
Il ouvrit la porte... et reçut une pomme cuite sur l'oeil.
--Sacrrrrebleu! s'écria-t-il en portant la main au siège de la
douleur.
--Vous ne savez donc pas lire? lui cria un monsieur armé d'un balai et
perché sur une échelle; le public n'est admis que de deux heures un
quart à trois heures et demie.
Deux autres messieurs, dont l'un brandissait des pincettes, tandis que
l'autre se faisait un bouclier de son pupitre, lui crièrent aussi:
--Le public n'est admis...
--Mais sapristi! je ne suis pas le public, riposta Caldas, je suis
employé dans ce bureau; M. Ganivet...
--Tiens, c'est le nouveau, dit le monsieur aux pincettes.
--Vous arrivez à propos, dit le monsieur sur l'échelle, nous sommes
accablés de besogne.
--Voici votre place, ajouta le monsieur au bouclier, en lui montrant
une table non occupée.
Et, profitant d'un moment d'inattention du monsieur aux pincettes, il
lui asséna sur les reins un coup de règle plate à assommer un boeuf.
La petite guerre recommença, sans qu'on fit davantage attention au
nouveau, qui s'assit piteusement à sa place.
La victoire ne tarda pas à se déclarer en faveur du monsieur à
l'échelle et du monsieur aux pincettes. Forcé dans ses derniers
retranchements, l'homme au pupitre lâcha pied et courut se réfugier
derrière Caldas pour éviter la bagarre. Le nouveau se leva
brusquement; sa chaise roula à trois pas, et, du coup, il fut atteint
par les pincettes.
Ma foi, la moutarde lui monta au nez; il saisit un plumeau et se
rangea du côté de l'homme au pupitre, qui, grimpé sur une table, se
défendait courageusement.
Caldas tapait comme un sourd, et le vacarme redoublait.
Tout à coup la porte s'ouvrit; un quatrième monsieur entra.
C'était un petit homme sec, jaune, bilieux, à l'oeil cave. Comme on
était au lundi, il était rasé de frais.
M. Rafflard (tel était son nom) ne se fait raser que tous les
dimanches. M. Rafflard s'enrhume facilement; c'est pourquoi il porte
des chaussons fourrés et une calotte; il y a même une plaisanterie de
tradition à ce sujet dans le neuvième bureau: tous les ans, au 1er
janvier, les collègues de M. Rafflard lui offrent une calotte de
velours; il s'est fâché la première année, depuis il s'est fait à ce
cadeau, peut-être même se fâcherait-il si on négligeait cette
prévenance.
Malheureusement on ne lui donne pas de paletot pour remplacer celui
qu'il porte à son bureau depuis l'année du retour des cendres; ce
paletot a juste deux ans de service de moins que M. Rafflard. C'est en
1838 qu'il fut nommé surnuméraire; il a mis vingt-trois ans à devenir
commis principal; on n'avançait pas vite de son temps; il croit qu'il
sera sous-chef au moment de sa retraite; mais il est le seul à le
croire. Rafflard a son bâton de maréchal; tout le monde sait qu'il
n'ira pas plus loin. Et s'il ne va pas plus loin, c'est simplement
parce qu'il n'a pas été plus vite.
Son peu de chance dans l'administration a aigri son humeur; il avait
le caractère difficile en entrant au ministère de l'Équilibre; il est
devenu tout à fait insupportable. C'est la faute d'une gastrite,
produit de son ambition rentrée.
Profondément inintelligent, il rachète son incapacité par une gravité
imperturbable. Il est fainéant, mais on ne l'a jamais vu inoccupé.
C'est le paresseux le plus actif et la nullité la plus solennelle de
l'Équilibre.