--Monsieur Romain Caldas, fit M. Mareschal en se levant, vous nous
étiez annoncé, Monsieur, et vous êtes le bienvenu.
Charmé de cette façon ouverte et cordiale d'accueillir son monde,
Romain se sentit tout de suite pris d'une grande sympathie pour son
chef de division.
Et vraiment M. Mareschal est l'homme le plus aimable du ministère; il
a le don si rare de parler aux petits sans les écraser.
C'est le vrai signe de la force.
--Romain Caldas! continua M. Mareschal après avoir fait asseoir son
subordonné, eh mais! j'ai vu ce nom-là quelque part. Vous écrivez dans
les journaux?
--_Non bis in idem_, pensa le nouveau qui lisait quelquefois les
feuilletons de Janin; et il répondit avec une impudence qui
promettait:
--Je n'ai jamais fait imprimer une ligne, Monsieur.
--Ah! tant pis, dit le chef de division, nous avons ici quelques gens
de lettres, ce sont d'excellents garçons, je les aime beaucoup.
--Encore une école, se dit Romain; drôle de boutique, on ne sait sur
quel pied danser. Et comme il avait soif de faire son chemin, il se
promit d'avoir toujours quelques cocardes de rechange dans sa poche.
Il reprit tout haut:
--Me voici maintenant, Monsieur, tout à votre disposition, et je puis
aujourd'hui même, si vous voulez m'indiquer ma besogne...
--Oh! oh! fit M. Mareschal en riant avec bonhomie, le feu sacré du
premier jour, je connais ça; il se refroidira.
Caldas mit la main sur son coeur, comme pour prendre le ciel à témoin
de la sincérité de son intention.
Le chef de division continua:
--Écoutez, mon cher monsieur, on ne quitte pas ainsi ses occupations
(car je ne vous fais pas l'injure de supposer que vous n'en eussiez
pas), sans avoir quelques dispositions à prendre, quelques transitions
à ménager; je vous accorde huit jours de répit. Le service n'en
souffrira pas. Rien ne presse en ce moment, et d'ici là, je trouverai
quelque occupation intelligente à la mesure de vos capacités.
--C'est à vous que j'aurai l'honneur de me représenter? demanda
Romain.
--Inutile, répondit M. Mareschal, vous irez droit au bureau du
Sommier. J'aviserai de votre arrivée votre futur chef, M. Ganivet, un
homme charmant, avec qui vous n'aurez que des rapports agréables. Sans
adieu, Monsieur, et à huitaine.
Romain sortit en se confondant en remercîments, convaincu qu'entre son
chef de division et lui, c'en était désormais à la vie, à la mort.