PRÉFACE

Il est toujours bon de consulter les hommes spéciaux.

Aussi, avant de livrer ce volume à mon imprimeur, j'ai cru devoir

soumettre le manuscrit à un de mes amis, sous-chef dans une de nos

administrations publiques.

Huit jours après, il me retournait mon livre avec le billet suivant:

«Je ne sais en vérité, mon cher, où vous avez puisé vos

renseignements. Vos personnages n'ont pas la moindre

vraisemblance. Ils n'existent pas. Que vous connaissez peu les

employés! Ce sont tous, sans exception, des hommes de mérite,

intelligents, laborieux, actifs, fanatiques de leurs

devoirs. Savez-vous qu'on n'ouvre pas les portes avant dix heures

pour les empêcher d'arriver trop tôt? Savez-vous que le soir il

faut leur faire violence pour les mettre dehors sur le coup

de quatre heures? J'en connais qui ont refusé à la fin du mois de

toucher leurs appointements, parce qu'ils ne croyaient pas les avoir

assez bien gagnés. Et le mécanisme administratif, quelle singulière

idée vous vous en faites! Y a-t-il exemple d'une seule affaire qui

ait traîné en longueur dans n'importe quel ministère? Et quelle

politesse dans tout le personnel, quelle urbanité parfaite, quel

savoir-vivre!... Demandez au public.--Quant au favoritisme, chacun

sait qu'il n'existe plus depuis les immortels principes de 89.

Donc, puisque vous voulez un conseil, croyez-moi,

brûlez ces pages, et venez me demander ma collaboration.

A nous deux nous ferons quelque chose de bien.

Ce conseil si désintéressé m'a touché l'âme. Mais je me suis souvenu

que M. Josse est toujours orfèvre.

Voilà pourquoi je publie ce volume.

Les gens de bureau · 第 7 / 132 题