_A Camille Mauclair_
_Acceptez la dédicace de ce petit ouvrage, non seulement comme un gage
de mon admiration pour l'artiste et le critique à qui nous devons tant
de belles pages, mais aussi de mon affection pour l'ami qui
m'accueillait, avec tant de cordiale sympathie, il y a plus de vingt
ans, à Marseille, quand je n'étais encore qu'un tout jeune homme
inconnu passionnément épris de littérature. Vous souvenez-vous de ce
petit salon du boulevard des Dames, tout tendu d'étoffes rouges et par
la fenêtre duquel, en se penchant, on voyait défiler vers la gare tant
d'Orientaux fantastiques qui montaient du port? Que d'ardentes
conversations n'avons-nous pas tenues dans cette pièce intime et
fleurie à laquelle je ne peux songer sans un plaisir ému! Vous
souvenez-vous aussi de ce petit jardin de Saint-Loup, tout en
terrasses, où nous allions admirer les ors et les brumes d'un
incomparable automne? Vous me parliez des grands poètes dont vous
étiez l'ami, de Stéphane Mallarmé et d'Élémir Bourges, dont je rêvais
d'approcher un jour. Aussi ai-je voulu, en souvenir de ces temps
lointains, vous offrir ce portrait d'un de leurs frères obscurs, d'un
de ceux qui n'ont pas eu le bonheur, comme eux, de donner une forme au
monde qu'ils portaient dans leur coeur et dans leur esprit.
Puissiez-vous accorder à mon héros un peu de la généreuse amitié que
vous m'avez accordée alors et dont je vous serai toujours
reconnaissant!_
_E.J._