Caresses, tendresses. Presque trop. Puis des larmes tout à coup... C’est
la première fois qu’elle pleure chez moi. Je m’inquiète. Elle dit:
--Ce n’est rien: je suis nerveuse...
Ce n’est pas cela qui me rassure!... Enfin elle se remet, et la voilà
qui cause, cause!...
--Oh! lui dis-je, vous êtes trop intelligente!
Elle se fâche, puis s’apaise, rit, se moque d’elle-même et se remet à
parler, encore, à parler, oui, c’est sûr, trop intelligemment. J’essaie
de la suivre, elle ne m’écoute pas.
Puis, tout à coup, sur le point de me quitter, piquant l’épingle dans
son chapeau, elle me dit, comme la chose la plus ordinaire du monde:
--Vous savez qu’Amédée est ici?
Je répète bêtement, malgré moi:
--Amédée?
Et je m’assieds.
Mais enfin, il fallait bien qu’elle apprît, un jour ou l’autre, qu’il
est ici!... Elle l’appelle «Amédée», sans doute; eh bien?...
Je dis:
--Vous l’avez vu?
--Non.
--Vous le verrez?
--Oh!
Et elle me parle de notre prochain rendez-vous. Ordinairement, c’est moi
qui fais cela. Et elle me tend sa bouche. Ordinairement, c’est moi qui
la cherche. Elle est sur le palier, elle revient, elle descend quatre
marches, et les remonte... Je regarde son gant blanc descendre en
spirale sur la rampe et diminuer comme un objet qui vous a échappé au
bord d’un puits profond.