SCÈNE PREMIÈRE.

LE CHEVALIER de LA MOTTE, LA CHÂTELAINE sa femme, assise et brodant.

LE CHEVALIER, _lisant_. Cette lettre est de votre soeur, la comtesse du

Guesclin. Elle vous écrit que son fils aîné lui donne du chagrin, qu'il

a fui de la maison paternelle.

LA CHÂTELAINE. Ils n'en feront jamais rien de ce petit misérable-là.

LE CHEVALIER. Ma foi, ils en auraient pu faire un bon soldat; cela

vaudrait mieux que d'en faire un vagabond.

LA CHÂTELAINE. Vous blâmez donc ma soeur?

LE CHEVALIER. Certainement; et si Bertrand était mon fils, j'aurais

cherché à diriger son caractère au lieu de le faire plier.

LA CHÂTELAINE. Vous lui auriez inspiré votre passion pour les armes,

cette passion qui vous conduit à la gloire, mais qui fait le malheur de

ceux qui vous aiment. Voilà ce que redoute sa mère, et moi je le redoute

comme elle, et j'approuve sa sévérité.

LE CHEVALIER. Et si Bertrand vous demandait asile, vous ne le recevriez

pas?

LA CHÂTELAINE. Non, je le renverrais à son père et à sa mère; ce sont

eux qui doivent le gouverner.

Enfances célèbres · 第 21 / 86 题