Jean Pic de La Mirandole, enfant, célèbre et savant universel,
descendait de François Pic de La Mirandole, qui fut podestat de Modène,
en 1312, et chef du parti gibelin. Il naquit à la Mirandole, en 1463.
C'était le troisième fils de Jean-François, seigneur de La Mirandole et
comte de Concordia. Il passait, à dix ans, pour le poëte et l'orateur le
plus distingué de toute l'Italie. Sa mère, persuadée que la Providence
avait des vues sur lui, ne voulut céder à personne le soin de sa
première éducation, dont elle se chargea elle-même. Elle le confia
ensuite aux maîtres les plus habiles, sous lesquels il fit de rapides
progrès. A quatorze ans, il alla étudier le droit canon à Bologne, puis
passa sept ans à parcourir les plus célèbres universités de la Péninsule
et de la France. Revenu à Rome, en 1486, il publia une liste de neuf
cents propositions sur _tout ce qu'on pouvait savoir (De omni re
scibili)_, et il s'engagea à les soutenir publiquement contre quiconque
voudrait les attaquer; mais quelques hauts personnages, jaloux de la
réputation que cette publication lui avait acquise, lui firent défendre
toute discussion publique, et déférèrent au pape plusieurs de ses
propositions, qui furent condamnées. Il retourna alors en France, puis
se retira à Florence, où il mourut en 1494, le jour même de l'entrée de
Charles VIII dans cette ville.
L'illustration de cette famille, qui avait commencé lors des guerres des
Guelfes et des Gibelins, dans la première partie du seizième siècle,
prit fin en 1688, époque à laquelle Marie, le dernier des ducs de La
Mirandole, fut dépouillé de ses États par l'empereur Joseph Ier, et se
retira en France, où ses descendants existent peut-être encore.
La dernière et la plus complète édition des oeuvres de Jean Pic de La
Mirandole est celle de Bâle, en seize volumes in-folio.
Son neveu Pic, qui a écrit son histoire, prétend qu'au moment de sa
naissance on vit des tourbillons de flammes s'arrêter au-dessus de la
chambre à coucher de sa mère, puis s'évanouir aussitôt. «Ce phénomène,
dit-il, eut lieu sans doute pour prouver que son intelligence brillerait
comme ces flammes, et que lui serait semblable à ce feu; qu'il
paraîtrait pour disparaître bientôt, et étonnerait le monde par
l'excellence et l'éclat de son génie; que son éloquence serait des
traits de flamme qui célébreraient le Dieu des chrétiens, qui lui-même
est le véritable feu inspirateur. On a remarqué, en effet, qu'à la
naissance ou à la mort des hommes doctes et saints, des signes
extraordinaires se sont produits pour indiquer que c'étaient des
créatures à part, qu'il y avait en eux quelque chose de divin, et qu'ils
étaient destinés à de grandes choses. Pour n'en pas citer d'autres, je
ne parlerai que du grand saint Ambroise. Un essaim d'abeilles se posa
sur sa bouche, s'y introduisit, et en sortant aussitôt, s'envola au plus
haut des airs, se cacha dans les nues, et disparut aux yeux de ses
parents et de tous ceux qui étaient présents à ce spectacle.»
Nous citons ce fragment sans attacher ni créance ni importance au
phénomène dont il est question, mais seulement pour donner une idée de
l'opinion qu'avaient sur lui les contemporains de Pic de La Mirandole.